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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302309

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302309

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 14 février et 2 mars 2023, la société " Free mobile ", représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° DP 044 082 22 W2152 du 21 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Ligné (Loire-Atlantique) a fait opposition à la déclaration de travaux déposée le 27 octobre 2022 en vue de la construction d'un relais de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée YL n° 302 à Ligné ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Ligné, à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition, ou, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de sa demande et de prendre une décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ligné la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le territoire communal concerné n'est pas couvert par ses réseaux 3G et 4G, ce qui préjudicie de manière grave et immédiate à l'intérêt public qui s'attache à la couverture réseau du territoire national ; la décision litigieuse préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts dès lors qu'en faisant obstacle à la réalisation des travaux, elle l'empêche de satisfaire à ses obligations de couverture métropolitaine, qui s'entendent hors itinérance ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'erreurs de droit au regard des dispositions de l'article A 4.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) et de celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors, d'une part, que ces deux articles contenant les mêmes dispositions, elle aurait dû être fondée sur les dispositions du PLU et non sur celles du code de l'urbanisme et que, d'autre part, l'appréciation de l'insertion ou de l'impact d'un projet de construction sur son milieu environnant, qu'il soit proche ou lointain, passe toujours par la confrontation d'intérêts divergents et la recherche, à cet égard, d'une forme d'équilibre, de sorte que seuls les impacts qui dépassent le raisonnable peuvent être sanctionnés, la décision en litige ne mentionnant pas à cet égard les caractéristiques du milieu environnant auxquelles le projet serait susceptible de porter atteinte ; le projet litigieux, consistant en l'édification d'une station relais de téléphonie mobile composée d'un pylône treillis, n'entre pas dans le champ des " constructions nouvelles " au sens des dispositions de l'article A 4.1.1 du règlement du PLU dès lors que la station relais dont il est ici question n'est pas une construction générant un espace utilisable par l'Homme mais une installation purement technique qui n'a pas vocation à accueillir d'activité humaine ; par ailleurs, les installations techniques de petites dimensions ne sont pas considérées comme des constructions ;

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation des caractéristiques du milieu dans lequel le projet est destiné à venir s'implanter ainsi que sur son impact dès lors que le milieu en cause, constitué par une petite zone artisanale entourée de champs, ne présente pas de caractéristiques particulières auxquelles le projet pourrait porter atteinte, alors qu'il comprend déjà des superstructures servant de support à des lignes électriques d'apparence et d'importance similaires au pylône dont l'implantation est projetée, ainsi que des bâtiments industriels ; le milieu environnant ne présente donc pas de caractéristiques esthétiques et paysagères telles qu'elles justifieraient la décision litigieuse ; le choix a par ailleurs été fait de retenir la technique du pylône treillis, qui permet une plus grande transparence et permet à son projet de s'intégrer au mieux à son milieu environnant.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2023, la commune de Ligné, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société " Free mobile " la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* s'agissant de l'erreur de droit, les dispositions de l'article A 4.1.1 et celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme n'ayant pas le même objet, l'autorité administrative pouvait donc se fonder sur l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et l'article A 4.1.1 du PLU, et ce sans commettre aucune erreur de droit puisqu'à la différence de l'article R. 111-27, l'article 11 du PLU impose le respect de principes architecturaux ; un tel moyen est en tout état de cause inopérant puisqu'une telle erreur de droit, à la supposer établie, ce qui n'est pas le cas, ne saurait conduire à l'annulation de la décision contestée dès lors qu'il résulte d'une jurisprudence constante que, même en présence d'un motif erroné, une décision d'opposition ou de refus n'est pas entachée d'illégalité pour autant que l'un des motifs invoqués l'a été à juste titre et que la décision prise aurait été strictement identique si le motif erroné en droit n'avait pas été invoqué ;

* s'agissant de l'impact du projet sur son environnement, le terrain se situe dans un environnement agricole qui n'est pas artificialisé, à la différence du terrain d'assiette du projet en lui-même ; il est situé au sein d'un vaste espace naturel dépourvu de toute construction ; l'environnement du projet est particulièrement végétalisé et boisé ; la présence de deux pylônes qui culminent à plus de 30 mètres de haut sur deux parcelles voisines entraînant une saturation visuelle pour les habitants ;

* s'agissant de la méconnaissance de l'article A. 4.1.1 du PLU, force est de constater que la hauteur du pylône n'est pas en harmonie avec celle du bâtiment existant, le pylône devant s'implanter à proximité immédiate de la voie publique de sorte qu'il serait particulièrement visible depuis l'espace public, eu égard en particulier à sa hauteur et à sa proximité avec un autre pylône, ce qui impacterait fortement le paysage visuel proche et lointain, en tout point.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 2300867 sous le numéro 17 janvier 2023 par laquelle la société " Free mobile " demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mars 2023 à 9 heures :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,

- les observations de Me Candelier, substituant Me Martin, représentant la société " Free mobile " ;

- et les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, représentant la commune de Ligné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La " société Free mobile " demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de de l'arrêté n° DP 044 082 22 W2152 du 21 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Ligné (Loire-Atlantique) a fait opposition à la déclaration de travaux qu'elle avait déposée le 27 octobre 2022 en vue de la construction d'un relais de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée YL n° 302 à Ligné.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société " Free mobile ", qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau, ainsi qu'à la circonstance, non contestée par la commune de Ligné, que le territoire de cette dernière n'est pas couvert par les réseaux de téléphonie mobile 3G et 4G de la société requérante, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées :

5. Le moyen soulevé par la société " Free mobile " à l'appui de sa demande de suspension de l'exécution de l'arrêté n° DP 044 082 22 W2152 du 21 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Ligné a fait opposition à la déclaration de travaux déposée le 27 octobre 2022 en vue de la construction d'un relais de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée YL n° 302 à Ligné, tiré de ce que celle-ci procèderait d'une erreur d'appréciation, paraît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

6. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Lorsque le juge suspend un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de l'ordonnance y fait obstacle. La décision de l'administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu'un caractère provisoire dans l'attente du jugement à intervenir sur la requête tendant à l'annulation de l'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable en cause.

8. En l'espèce il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision suspendue interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Ligné, par une décision qui revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation n° 2300867, de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 044 082 22 W2152 déposée le 27 octobre 2022 par la société " Free mobile ", dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Ligné la somme dont la société " Free mobile " demande le versement au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

10. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société " Free mobile ", qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont la commune de Ligné demande le versement à ce titre.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° DP 044 082 22 W2152 du 21 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Ligné a fait opposition à la déclaration de travaux déposée le 27 octobre 2022 par la société " Free mobile " en vue de la construction d'un relais de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée YL n° 302 à Ligné est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Ligné, par une décision qui revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation n° 2300867, de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 044 082 22 W2152 déposée le 27 octobre 2022 par la société " Free mobile " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la société " Free mobile " est rejeté.

Article 4 : Le conclusions présentées par la commune de Ligné sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société " Free mobile " ainsi qu'à la commune de Ligné.

Fait à Nantes, le 8 mars 2023.

La juge des référés,

M. A

La greffière,

M-C. MinardLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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