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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302511

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302511

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 3ème chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2023, Mme B E, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation de celui-ci à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle,

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 541-1 à L. 541-3 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la demande d'asile de sa fille F, déposée le 3 décembre 2021, est en cours d'examen ; la décision est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle indique que la demande d'asile de l'enfant F C a été rejetée ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 20 juin 2023, à 11h30, le rapport de M. Degommier, magistrat désigné.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, ressortissante tchadienne, né le 16 mars 1991 à N'Djamena, est entré en France le 8 juillet 2019, munie d'un visa de court séjour et a sollicité le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée le 8 novembre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis le 12 décembre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Par sa requête, Mme E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ". L'article L. 541-1 de ce code précise que : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 541-2 du même code dispose que " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner à ce titre sur le territoire national jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant elle, jusqu'à la date de lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Il est constant que la demande d'asile de Mme E a été rejetée, par décision du 12 décembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile.

4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, postérieurement au dépôt de sa demande d'asile et à la décision de l'OFPRA, Mme E a donné naissance, le 16 novembre 2021, à une fille, F A C. Dans sa décision précitée du 12 décembre 2022 rejetant la demande d'asile de Mme E, la CNDA a estimé qu'il ne lui appartenait pas de se prononcer sur les craintes propres de son enfant F A, dès lors qu'une demande d'asile pour celle-ci a fait l'objet d'un enregistrement distinct en préfecture le 3 décembre 2021, du fait de craintes qui lui sont personnelles et indépendantes du récit de sa mère et " que la décision de l'Office rejetant la demande d'asile de Mme E, rendue le 8 novembre 2021, antérieurement à la naissance de l'enfant F C le 16 novembre 2021, ne saurait être réputée avoir été prise également à son égard ". Il en résulte que le préfet a fondé son arrêté sur des faits matériellement inexacts en considérant que la demande d'asile de l'enfant F A C a été rejetée. Cette erreur, susceptible d'avoir affecté l'appréciation à laquelle s'est livrée le préfet, entache d'illégalité l'arrêté préfectoral du 3 janvier 2023.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme E est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2023 du préfet de Maine-et-Loire.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

6. L'annulation de l'arrêté attaqué implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Maine-et-Loire- de réexaminer la situation de Mme E dans un délai de deux mois courant de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 200 euros à verser à Me Roulleau, avocat de Mme E, au titre de ces dispositions et sous réserve que Me Roulleau renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 janvier 2023 du préfet de Maine-et-Loire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de la situation de Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Roulleau, avocat de la requérante, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Roulleau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le magistrat désigné,

S. DEGOMMIER La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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