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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302573

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302573

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302573
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 février 2023 et 11 mai 2023, Mme C A, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet aurait dû s'enquérir d'une éventuelle autorisation de travail qui lui aurait été délivrée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle fait valoir des éléments relatifs à sa situation professionnelle en France, puisqu'elle occupe un emploi figurant sur la liste des métiers en tension, à sa situation privée, puisque la totalité de ses attaches professionnelles et personnelles sont sur le territoire français, et des considérations humanitaires en raison des risques d'excision pour sa fille ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée des mêmes vices de légalité externe que le refus de séjour ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa fille à naitre risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en raison du risque d'excision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté interministériel du 18 janvier 2008 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;

- l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née en août 1992, déclare être entrée en France le 20 août 2016. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 28 août 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Son recours contre la décision de l'OFPRA a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 janvier 2018. Elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour entre le 20 août 2019 et le 23 avril 2020 pendant l'examen d'une demande de titre de séjour présentée en raison de son état de santé, laquelle demande a été classée sans suite. Elle a par la suite sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 21 novembre 2022, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions du 21 novembre 2022.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 5 septembre 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, dont les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué du 21 novembre 2022 que le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de titre de séjour en qualité de salariée présentée par Mme A au motif d'une part, en ce qui concerne l'application des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette dernière ne justifiait ni d'un visa de long séjour ni d'un contrat de travail visé, et d'autre part, en ce qui concerne l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du même code qu'elle ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires en se bornant à justifier avoir travaillé quelques mois entre fin 2019 et début 2020. Il suit de là que quelle que soit l'argumentation développée par le préfet défendeur dans ses écritures devant le tribunal, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait opposé à Mme A la situation de l'emploi en méconnaissance de l'arrêté du 1er avril 2021. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

4. En troisième lieu, l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a exercé une activité salariée sous un contrat de travail à durée déterminée, elle ne bénéficiait ni d'une autorisation de travail ni d'un contrat de travail visé par les services compétents, et n'était pas non plus titulaire d'un visa de long séjour. Il suit de là que la requérante, qui au demeurant ne justifie que d'un contrat à durée déterminée achevé depuis le début de l'année 2020, et quelques heures de travail auprès d'un particulier depuis, n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si la requérante, qui est entrée sur le territoire français le 20 août 2016 à l'âge de 24 ans, indique résider en France depuis plusieurs années, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a résidé régulièrement dans ce pays que d'une part en qualité de demandeure d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la CNDA du 3 janvier 2018, et d'autre part sous couvert d'autorisations de séjour délivrées pendant l'examen de sa demande de titre de séjour présentée en raison de son état de santé, dont elle n'a pas demandé le renouvellement. Elle est célibataire avec deux enfants nés en 2011 et 2013, dont il n'est pas contesté qu'ils résident dans son pays d'origine. Elle n'est pas dépourvue d'attaches personnelles dans son pays d'origine où elle a vécu la majorité de sa vie, et où vivent sa mère et sa sœur et ses deux enfants mineurs. Ses engagements associatifs et la production de cinq bulletins de salaire entre fin décembre 2019 et janvier 2020 ne permettent pas d'établir l'intensité de sa vie privée et familiale en France. La requérante verse aux débats des certificats médicaux attestant qu'elle est enceinte d'une fille, et soutient que cette dernière risque de subir des traitements inhumains en raison des risques liés à la pratique de l'excision, dont elle a elle-même été victime dans son pays d'origine. Toutefois, ces seuls éléments, postérieurs à la décision attaquée, ne permettent pas de qualifier l'existence d'une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de la requérante, n'a pas commis d'erreur d'appréciation, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 et dès lors que Mme A se borne à faire état de l'emploi qu'elle a occupé et de la naissance à venir de sa petite fille, circonstance postérieure à la décision attaquée, elle n'établit pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions n'est pas fondé et doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme A.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que l'annulation de cette décision devrait entrainer, par voie de conséquence, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du jugement.

13. En deuxième lieu, dès lors que le présent jugement rejette les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour devrait entrainer, par voie de conséquence, l'annulation de la décision portant fixation du pays de destination ne peut qu'être écarté.

14. En dernier lieu, si Mme A entend se prévaloir de sa grossesse, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'enfant n'était pas née à la date de l'arrêté attaqué. En outre, l'excision dont Mme A a été victime en Guinée ne permet pas, en elle-même, de démontrer l'existence d'une situation de particulière vulnérabilité faisant obstacle à ce qu'elle regagne la Guinée ou un autre pays dans lequel elle est éligible, l'intéressée pouvant si elle s'y croit fondée, après la naissance de sa petite fille, déposer en son nom une demande d'asile au regard des risques d'excision. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 septembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Béria-Guillaumie, présidente,

- M. Hannoyer, premier conseiller,

- Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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