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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302677

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302677

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2023, M. K E et Mme J, agissant en leur nom et en tant que représentants légaux des enfants A, H, C et M G E, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 10 août 2022 de l'autorité consulaire française à I (République Démocratique du Congo) refusant de délivrer à Mme J et aux enfants mineurs A, H, C et M G E des visas d'entrée et de long séjour en France en qualité de membres de famille de réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder à un réexamen des demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission de recours est insuffisamment motivée ;

- la commission n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation des demandeurs ;

- cette même décision est entachée d'erreurs d'appréciation, au regard des actes d'état civil produits que des éléments de possession d'état fournis aux dossiers, y compris sur l'identité même de Mme B J ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F G E, ressortissant congolais (RDC), né le 28 avril 1987, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 18 septembre 2019. Mme J, qu'il présente comme son épouse et les enfants mineurs A G E, née le 30 mai 2006, H G E, né le 12 mars 2012, C G E, né le 31 mai 2014 et M G E, né le 8 janvier 2016, qu'il présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas d'entrée et de long séjour, auprès de l'autorité consulaire française à I, en qualité de membres de famille d'un réfugié. Par une décision du 10 août 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 20 décembre 2022, dont M. G E et de Mme J demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, pour rejeter les demandes de visas d'entrée et de long séjour présentées par Mme J et les enfants A, H, C et M G E, la commission de recours s'est fondée, outre sur les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle vise expressément, sur un premier motif tiré du caractère non établi de l'identité des demandeurs et de leur lien familial allégué avec le réunifiant, du fait du caractère inauthentique des actes d'état civil produits, résultant d'une part, de ce que Mme J a déposé une précédente demande de visa sous une autre identité et a produit un acte de naissance transcrit suivant un jugement supplétif rendu après ceux rendus pour ses enfants allégués, au demeurant tous postérieurs à la date d'obtention du statut de réfugié par le réunifiant, et des irrégularités et incohérences qui affectent ces actes, et sur le motif tiré de ce que la production de tels actes relève d'une intention frauduleuse. Une telle motivation, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui servent de fondement à la décision attaquée, satisfait aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas du dossier que la commission de recours n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation des demandeurs de visas.

4. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ". Enfin, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ", ce dernier disposant que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

S'agissant de Mme J :

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour établir son identité et son lien matrimonial avec M. G E, Mme J a produit, tant devant l'autorité consulaire que devant la commission de recours, un acte de naissance n° 221/020 volume III folio 63 du 9 juin 2020 établi par un officier de la commune de Kasa Vubu (RDC) portant transcription d'un jugement supplétif rendu le 17 février 2020 par le tribunal de paix de Kinshahsa/ pont Kasa Vubu, ainsi qu'un passeport délivré le 2 février 2021. S'il est fait état, dans ces documents, de sa nationalité congolaise et de sa naissance le 10 juillet 1990 à I, la numérotation figurant sur l'acte de naissance présente des incohérences avec celle mentionnée sur les actes de naissance de ses enfants allégués, portant transcription de jugements supplétifs établis antérieurement à celui de la requérante. Mme J produit également un second acte de naissance n° 052/023, volume V, Folio LXXX délivré le 23/01/2023 dont elle ne conteste pas qu'il porte également transcription du jugement supplétif précité de 2020, alors même que les mentions figurant dans les deux actes de naissance sont incohérentes. En outre, au regard de l'ensemble des incohérences relevées, la circonstance que l'acte de naissance établi en janvier 2023, a été ensuite annulé par un jugement supplétif n°RC 8426/G du 6 février 2023 du tribunal de paix de I/ Pont Kasa-Vubu ne saurait permettre de remettre en cause le caractère apocryphe des actes d'état civil produits. Ainsi, l'identité de Mme J ne peut être tenue pour établie par les pièces du dossier. Dès lors, en estimant que l'identité et, partant, le lien matrimonial de l'intéressée n'était pas établi, la commission de recours n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision, s'agissant de Mme J, en se fondant sur ce seul motif.

S'agissant des enfants A, H, C et M G E :

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier des identités des enfants mineurs demandeurs de visas et de leur lien de filiation avec le réunifiant, ont été produits devant la commission de recours quatre actes de naissance, référencés n°s 2019/20, 2020/20, 2021/20 et 2022/20, volume III, datés du 13 mars 2020 et établis par un officier d'état civil de la commune de Kasa-Vubu (RDC) portant transcription de jugements supplétifs rendus par le tribunal pour enfants de I D, également produits, et respectivement référencés n° RC 3370/II, n° RC 3371/II, n° RC 3372/II et n° RC 3374/II, tous datés du 13 novembre 2019. Il est cependant constant que ces actes de naissances portent transcription de jugements supplétifs rendus sur requête de Mme J, alors que, d'une part, l'intéressée n'a signé aucun d'entre eux et, d'autre part, que lesdits jugements ont été rendus postérieurement à l'obtention du statut de réfugié par M. G L. Les actes d'état civil produits présentent en outre des incohérences s'agissant des numéros de folio, et il ressort des pièces du dossier que le numéro 1 du volet de ces actes aurait été " gratté ", ce qui n'est pas sérieusement contesté par les requérants. Enfin, si M. K E et Mme J ont produit, postérieurement à la décision attaquée, des actes de naissance portant transcription de jugements supplétifs établis en 2023, leurs mentions divergent de ceux datés de 2020 et produits tant à l'appui des demandes de visas que devant la commission de recours. Ainsi, eu égard à l'ensemble de ces incohérences, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours a pu estimer que l'identité des enfants A, H, C et M G E et leur lien de filiation avec le réunifiant n'étaient pas établis par les actes produits. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

7. Enfin, aux termes de l'article 311-2 du code civil : " La possession d'état s'établit par une réunion suffisante de faits qui révèlent le lien de filiation et de parenté entre une personne et la famille à laquelle elle est dite appartenir. () ". En outre, aux termes de l'article 311-2 du même code : " La possession d'état doit être continue, paisible, publique et non équivoque. ".

8. Il ressort des pièces versées à l'instance, à savoir des photographies, des captures d'écran d'échanges par voie de messagerie électronique dont il n'est pas possible d'apprécier le contenu dès lors qu'ils ne sont pas transcrits en langue française, des bulletins scolaires et des virements bancaires effectuées par M. G E essentiellement sur les années 2021 et 2022, ne suffisent pas à établir le lien de filiation allégué par possession d'état.

9. En quatrième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, faute d'établissement de l'identité des demandeurs de visa et de leur lien de filiation avec M. G E, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. K E et Mme J doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. K E et Mme J est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F K E et Mme B J et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P.BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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