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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302690

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302690

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 février 2023 et le 5 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Perrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- la substitution de base légale ne peut être opérée ;

- le préfet n'a pas examiné la situation du requérant au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- elle méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- il sollicite l'ensemble des éléments précédemment soulevés et développés tant au regard de l'illégalité externe qu'interne du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'à la base légale constituée par l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de substituer celle formée par l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

Par un mémoire, enregistré le 13 avril 2023, M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, fait valoir que :

- les conditions de la substitution de base légale dont fait état le moyen relevé d'office communiqué aux parties ne sont pas réunies ;

- le refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

Les parties ont, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, été informées que le jugement à rendre est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, dont la délivrance, le 21 août 2023, d'une autorisation provisoire de séjour a emporté l'abrogation.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- l'accord-cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire et protocole relatif à la gestion concertée des migrations (ensemble deux annexes) entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signés à Tunis le 28 avril 2008 ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 21 avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 19 juin 2002, est entré en France le 12 juillet 2018, muni d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de court séjour valable du 4 juillet 2018 au 3 septembre 2018, à entrées multiples et pour une durée de trente jours, qui lui avait été délivré le 4 juillet 2018 par l'autorité consulaire française à Tunis. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, dans le cadre d'un recueil suivi d'une ordonnance de placement provisoire du 3 septembre 2018. Par la suite, il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant - élève " lui a été délivrée, valable du 8 juin 2021 au 7 juin 2022. Il a ensuite, au mois d'avril 2022, sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de ce titre de séjour à la faveur d'un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour, en indiquant vouloir " continuer à travailler et vivre en France ". Cette demande, compte tenu des pièces produites à son soutien, a été regardée comme tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ". Par l'arrêté du 20 décembre 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une ordonnance du 10 mars 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes, statuant au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du préfet de Maine-et-Loire du 20 décembre 2022 refusant de délivrer un titre de séjour à M. B et enjoint à ce préfet de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. B, dans les quinze jours de la notification de cette ordonnance, en lui délivrant dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'intervention de cette décision du juge des référés, le préfet de Maine-et-Loire a, le 23 mars 2023, délivré à M. B une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à occuper un emploi, valable jusqu'au 22 juin 2023. Cette autorisation provisoire a constitué une mesure d'exécution de cette décision du juge des référés. Il en ressort également qu'après même l'échéance, le 22 juin 2023, de cette première autorisation provisoire de séjour, le préfet de Maine-et-Loire a, le 21 août 2023, délivré à M. B une seconde autorisation provisoire de séjour, l'autorisant de même à occuper un emploi, valable jusqu'au 20 octobre 2023. Le préfet, ce faisant, ne s'est pas borné à prendre une mesure d'exécution de la décision du juge des référés du 10 mars 2023. La délivrance de cette seconde autorisation provisoire de séjour a eu pour effet d'abroger l'obligation faite le 20 décembre 2022 à M. B de quitter le territoire français. Il en résulte que les conclusions de la requête dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office sont, désormais, sans objet.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

4. Par un arrêté du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire du 31 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à Mme Daverton, secrétaire générale de cette préfecture, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire manque en fait.

5. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de faire droit à la demande de M. B. Cette décision est, par suite, régulièrement motivée. Conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il en va de même de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que le requérant est de nationalité tunisienne et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire a examiné la situation personnelle du requérant, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation.

7. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008 stipule, à son point 2.3.3, que " le titre de séjour portant la mention ''salarié'', prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi (.) ". Aux termes du premier alinéa de l'article 11 de l'accord du 17 mars 1988 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ".

8. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ".

9. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, sous réserve des conventions internationales. Dès lors que les stipulations de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988, complétées par celles du point 2.3.3 du protocole du 28 avril 2008, régissent la situation des ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, point traité par cet accord au sens de son article 11, ces stipulations font obstacle à l'application à ces ressortissants des dispositions, notamment, de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en procédant à l'examen de la demande de M. B par application de cet article L. 421-3, le préfet de Maine-et-Loire en a méconnu le champ d'application.

10. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

11. Il résulte des stipulations de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988, qui prévoient que le titre de séjour " salarié " n'est délivré que sur la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente, que les dispositions du code du travail relatives aux conditions de délivrance des autorisations de travail demeurent applicables aux demandes de titre de séjour portant la mention " salarié " et valable un an formulées par les ressortissants tunisiens, la réserve prévue au point 2.3.3 du protocole du 28 avril 2008 n'ayant pour effet que d'écarter, pour les seuls métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I de ce protocole, l'application des conditions relatives à l'emploi proposé prévues par le 1° de l'article R. 5221-20 du code du travail. Sont également applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obtention d'un nouveau titre de séjour avec changement de motif et dont le premier alinéa prévoit que " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire () sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour () , se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies () ".

12. La décision attaquée est motivée par la circonstance que M. B n'a pas justifié d'une autorisation de travail. Cette condition est commune tant à l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 qu'à l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; / () / II.- La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. / () / La demande peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur ou de l'entreprise. ". Aux termes de l'article R. 5221-2 du même code : " Sont dispensés de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1 : / () / 16° Le titulaire d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un document provisoire de séjour portant la mention " autorise son titulaire à travailler " ; / () ".

14. Le requérant se prévaut de la circonstance qu'à la suite du dépôt de sa demande de renouvellement, par changement de statut, de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant - élève " valable du 8 juin 2021 au 7 juin 2022 qui lui avait été délivrée, lui a été remis un récépissé de demande de carte de séjour valable du 12 juillet 2022 au 11 janvier 2023 portant la mention " Il autorise son titulaire à travailler à titre accessoire ". Toutefois, si un tel récépissé dispense le titulaire d'une carte de séjour en qualité d'étudiant ou d'élève et qui en a demandé le renouvellement en la même qualité, d'avoir à justifier d'une autorisation pour continuer à travailler à titre accessoire dans l'attente qu'il soit statué sur cette demande, ce récépissé, qui ne porte d'ailleurs pas la mention " autorise son titulaire à travailler " et qui n'est valable que jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande de renouvellement, ne constitue, pas, pour l'application du 16° de l'article R. 5221-1 précité, une autorisation provisoire de séjour ou un document provisoire de séjour dispensant un tel titulaire de l'obligation de justifier d'une autorisation de travail lorsqu'il demande un renouvellement de sa carte de séjour en qualité d'étudiant ou d'élève sous la forme de la délivrance d'une carte de séjour en qualité de salarié, en vue de travailler à titre principal et non plus accessoire.

15. Si le requérant fait état de la circonstance que, le 28 décembre 2022, il a, par un courrier électronique, adressé au préfet de Maine-et-Loire le contrat de travail à durée indéterminée à temps complet signé entre lui et un employeur le 3 novembre 2022, en vue de la délivrance de l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 du code du travail, d'une part, cette circonstance est postérieure à l'arrêté attaqué et, d'autre part, le II de cet article prévoit que cette demande est faite par l'employeur ou par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur ou de l'entreprise. Il ne ressort pas du dossier que le requérant aurait été habilité à cet effet par un mandat écrit, ce dont résulte que cette circonstance n'a pu donner lieu à la délivrance de cette autorisation.

16. S'il est fait état de la circonstance que, le 14 juin 2023, un employeur a déposé une demande d'autorisation de travail en vue de l'emploi du requérant, cette circonstance, postérieure à l'arrêté attaqué, est sans influence sur sa légalité.

17. Le requérant se prévaut de la circonstance que le contrat à durée indéterminée susmentionné signé le 3 novembre 2022 porte sur un emploi d'agent de restauration qui, selon lui, correspond aux emplois d'employé polyvalent de restauration ou de serveur en restauration qui, conformément à l'annexe I au protocole du 28 avril 2008 entre la France et la Tunisie, sont au nombre des métiers ouverts aux ressortissants tunisiens sans que leur soit opposable la situation de l'emploi, alors que, pour la région Pays de la Loire, un tel emploi n'est pas au nombre de ceux énumérés par l'annexe à l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers, pris pour l'application du a) du 1° de l'article R. 5221-20 du code du travail, selon lequel l'autorisation de travail est accordée lorsque, notamment et quant à l'emploi proposé, cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code du travail. Il soutient que, pour cette raison, le préfet de Maine-et-Loire ne dispose pas du même pouvoir d'appréciation lorsque, saisi par un ressortissant tunisien d'une demande de titre de séjour en vue d'exercer un tel emploi, il statue par application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou par application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 complété par le protocole du 28 avril 2008.

18. Il résulte des stipulations combinées de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de l'article 2.3.3 du protocole du 28 avril 2008, comme de celles de l'article R. 5221-20 du code du travail, que, si la circonstance qu'un ressortissant tunisien présente un contrat de travail pour exercer un emploi figurant dans la liste des métiers figurant à l'annexe I à ce protocole fait obstacle à ce que lui soit opposé la situation de l'emploi, cette circonstance ne le dispense toutefois pas de l'obligation de présenter l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 de ce code. Cette circonstance n'est, d'ailleurs, pas au nombre des cas de dispense de cette autorisation énumérés par l'article R. 5221-2 du code du travail. Elle a seulement pour effet de faire obstacle à ce que, pour la délivrance de cette autorisation de travail à l'employeur, comme ensuite d'un titre de séjour à l'étranger, l'administration puisse opposer la situation de l'emploi.

19. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour qu'il demandait, le préfet a retenu, d'une part, que l'intéressé n'a pas présenté d'autorisation de travail et, d'autre part, qu'il n'établit pas davantage poursuivre son activité professionnelle auprès d'agences d'intérim postérieurement à sa demande, ni davantage au 20 décembre 2022. En revanche, il n'a pas opposé la situation de l'emploi à M. B qui, comme il a été dit, ne s'est d'ailleurs prévalu du contrat de travail du 3 novembre 2022 que postérieurement à l'arrêté attaqué et alors que l'emploi dont fait état ce contrat ne dispensait en tout état de cause pas l'intéressé de justifier d'une autorisation de travail à l'appui de sa demande de titre de séjour. Il en résulte que, si l'emploi auquel correspond ce contrat est au nombre de ceux pour lesquels la situation de l'emploi n'est pas opposable à un ressortissant tunisien, cette circonstance est, compte tenu des motifs de la décision attaquée refusant un titre de séjour à M. B, sans influence sur l'appréciation de la possibilité de substituer l'article 3 de l'accord franco-tunisien à la base légale erronée de cette décision constituée par l'article L. 421-3 du code du travail.

20. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que, pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour en vue d'exercer une activité professionnelle salariée, le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé sur l'absence d'une autorisation de travail qui, à la date de l'arrêté attaqué, n'avait pas été demandée par un employeur. Compte tenu des motifs pour lesquels le préfet de Maine-et-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien n'investissaient pas cette autorité d'un pouvoir d'appréciation différent de celui qu'elle tient des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, à la base légale de la décision refusant la délivrance de ce titre de séjour constituée par ces dispositions, de substituer ces stipulations, cette substitution ne privant pas le requérant d'une garantie. Il en résulte que le moyen tiré de ce qu'à tort le préfet de Maine-et-Loire a examiné la demande au regard de cet article L. 421-3 n'est pas de nature à justifier l'annulation de cette décision.

21. Il résulte de l'instruction que le préfet de Maine-et-Loire aurait pris la même décision refusant à M. B la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié en se fondant sur le seul motif tiré du défaut d'autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré de ce le préfet aurait commis une erreur de fait en estimant que l'intéressé n'établit pas poursuivre son activité professionnelle à la date de cette décision n'est pas propre à justifier l'annulation de cette dernière.

22. Le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas applicable à un ressortissant tunisien.

23. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet, qui n'en avait pas l'obligation, n'a pas recherché d'office s'il y avait lieu de l'en faire bénéficier. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article est inopérant.

24. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L.423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

25. Il ressort des pièces du dossier que le séjour de M. B en France, remontant au 12 juillet 2018, n'est pas ancien. Il est célibataire et n'a aucune tierce personne à sa charge. Il ne justifie pas dans ce pays de liens personnels, en particulier familiaux, anciens, intenses et stables. Il peut poursuivre son existence dans le pays dont il est un ressortissant et où réside l'ensemble de sa famille, avec laquelle il ne justifie pas être sans lien. S'il a pu exercer une activité professionnelle en France, cette possibilité était seulement accessoire et liée à la détention d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Il ne ressort pas du dossier qu'il ne pourrait exercer une activité professionnelle en Tunisie, notamment similaire à celle qu'il souhaitait exercer en France dans une entreprise du secteur de la restauration, ni qu'il ne pourrait valoriser dans ce pays les savoirs et compétences qu'il a pu acquérir en France. Le visa de court séjour muni duquel il était arrivé en France en 2018 et la carte de séjour en qualité d'étudiant dont il était titulaire ne lui avaient pas été délivrés en vue d'une immigration définitive en France pour exercer une activité professionnelle. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. B en France, le préfet de Maine-et-Loire, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié n'a, en tout état de cause, pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels a été prise cette décision. Pour les mêmes raisons, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvrait droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", qu'il n'a d'ailleurs pas sollicitée. Il ne ressort pas du dossier que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de Maine-et-Loire du 20 décembre 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, il ne peut être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance et pour l'essentiel la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation des décisions du 20 décembre 2022 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Perrot.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère.

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMASLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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