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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302777

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302777

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2023 sous le numéro 2302777, complétée par une production de pièce le 9 mars 2023, M. C A, agissant tant en son nom qu'en qualité de représentant légal de sa fille mineure D A B, représenté par Me Blin, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 3 juin 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a confirmé sa décision du 31 mai 2021 déclarant irrecevable la demande de titre de séjour formée le 7 septembre 2020, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Blin, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision litigieuse le place dans une situation de grande précarité caractérisée par la perte de son emploi alors qu'il est le seul à assurer l'entretien de la famille, après l'épreuve qu'a constitué la perte, en janvier 2023, du second enfant, né sans vie, du couple qu'il constitue avec une ressortissante française ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée,

* le préfet refuse d'examiner les nouveaux documents d'état civil, légalisés par les autorités pakistanaises, qu'il a produit au soutien de sa demande,

* la situation personnelle de l'intéressé n'a pas été examinée au regard des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant,

* elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-7, L. 424-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

* elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. A par décision du 2 mars 2023.

Vu :

- la décision attaquée ;

- la requête n° 2302826 enregistrée le 23 février 2023 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision susvisée ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mars 2023 à 14h15, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :

- le rapport de Mlle Wunderlich, présidente,

- les observations de Me Blin, représentant M. A, en présence de l'intéressé, qui a pris la parole, et de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

2. M. C A, ressortissant pakistanais né le 1er octobre 1998 entré en France en mai 2015 dont la tutelle a été confiée au président du conseil départemental de la Loire-Atlantique par jugement du juge aux affaires familiales en date du 12 juin 2015, pris en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité et titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " délivrée le 20 avril 2017, a sollicité le renouvellement de ce titre. Sa demande a été rejetée par arrêté du préfet de la Loire-Atlantique en date du 26 septembre 2018 au motif du caractère apocryphe de l'acte de naissance qu'il a " initialement présenté ", révélé par " des investigations engagées par l'ambassade de France à Islamabad " dont il ressort que " l'intéressé se nomme A Tajamal Hussain né le 10 janvier 1994 ", de sorte qu'il ne peut légalement attester de son identité et a " bénéficié indument d'une prise en charge () alors qu'il était déjà majeur " et que le droit au séjour obtenu est " entaché de fraude ". M. A a vainement contesté cet arrêté devant ce tribunal puis la cour administrative d'appel de Nantes. Il a ensuite sollicité le 7 septembre 2020 du préfet de la Loire-Atlantique son admission exceptionnelle au séjour ou la délivrance d'un titre mention " vie privée et familiale ". Il lui a été répondu le 31 mai 2021 qu'il ne pouvait être procédé à l'enregistrement de cette demande, " considérée comme irrecevable ", dès lors qu'ont été produits à son soutien " un acte de naissance, un passeport et une carte nationale d'identité au nom de A Jamal Hussain, né le 1er octobre 1998 ", en contradiction avec les constatations, opérées en 2018, relatives à sa véritable identité. M. A, pacsé le 6 février 2020 avec Mme E B, une ressortissante française née le 7 novembre 1996, et père de Neïla, née le 20 juin 2021 à Nantes, de nationalité française, a, en dernier lieu, sollicité un titre de séjour en cette qualité. Il a été répondu à sa demande, par courrier du 3 juin 2022, que les éléments portés à la connaissance du préfet " ne remettent pas en cause le bien-fondé de sa décision du 31 mai 2021 ", l'intéressé persistant à " présenter les mêmes documents d'identité ". Ce courrier doit s'analyser comme valant refus, sur le fondement de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français à M. A. L'intéressé demande la suspension de l'exécution de ce refus.

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2 [par un demandeur d'asile], le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents. ".

4. Les moyens tirés de ce que le préfet commet une erreur de droit en refusant, dans les conditions décrites au point 2, d'enregistrer et en rejetant la demande de titre de séjour de M. A, à l'appui de laquelle ont été présentés des documents justifiant de l'état civil et de la nationalité de l'intéressé, et méconnaît les articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant sont de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.

5. Par ailleurs, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Dès lors que M. A se trouvait en situation régulière sur le territoire français lorsqu'il a sollicité pour la première fois le renouvellement de sa carte de séjour temporaire, qu'il risque de perdre son emploi alors qu'il est seul à subvenir aux besoins de sa famille et que les refus successifs qui lui ont été opposés pour le même motif le placent dans une situation d'incertitude et de précarité alors que sa qualité de parent d'enfant français fait obstacle à son éloignement en vertu du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

6. Dans ces conditions, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision attaquée et d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente de l'édiction d'une nouvelle décision sur la demande de titre de séjour de l'intéressé, de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour et de travail.

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Blin, son avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blin d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de la Loire-Atlantique en date du 3 juin 2022 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de munir sans délai l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour et de travail.

Article 3 : L'Etat versera à Me Blin une somme de 800 euros (huit cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Blin.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 21 mars 2023.

La présidente, juge des référés,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

G. PEIGNÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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