jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2302850 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP PIGEAU CONTE MURILLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, M. B A, représenté par Me Murillo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a commis une erreur d'appréciation en retenant une menace à l'ordre public qui n'est pas d'actualité, reposant sur des faits très anciens ; les faits de violence relevant du tribunal correctionnel, puisqu'il a été acquitté par la cour d'assises de faits de viol, remontent à l'année 1997 ; il réside en France depuis presque trente ans, y a toutes ses attaches privées et familiales et n'a plus qu'une sœur en Tunisie avec laquelle les relations sont distendues ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;
- l'illégalité de la décision portant refus de séjour la prive de base légale ;
S'agissant de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- le préfet de la Sarthe n'était pas tenu de le priver d'un délai de départ volontaire, la menace à l'ordre public n'étant pas caractérisée ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale et méconnait l'intérêt supérieur de ses enfants qui seraient privés de leur père pendant deux années, tandis que son fils ainé de nationalité française n'a pas de titre pour séjourner en Tunisie ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- l'accord franco-tunisien relatif aux échanges de jeunes professionnels du 4 décembre 2003 ;
- l'accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, ensemble le protocole relatif à la gestion relatif à la gestion concertée des migrations et le protocole en matière de développement solidaire du 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né en novembre 1961, déclare être entré en France en 1993. En 1999, il a été condamné à trois ans d'emprisonnement pour des faits de violences volontaires aggravées commise sur son épouse. Par un arrêté du 9 avril 2001, le ministre de l'intérieur a prononcé l'expulsion de M. A du territoire français. Cet arrêté a cependant été annulé par la cour administrative d'appel de Marseille par un arrêt du 26 novembre 2007. Une demande de titre de séjour de M. A présentée en février 2013 a fait l'objet d'un rejet assorti d'une obligation de quitter le territoire français en août 2013. Son recours contre ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Marseille du 4 juin 2014 et son appel contre ce jugement rejeté par un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 9 avril 2015. Installé dans le département de la Sarthe, M. A a demandé en mai 2016 la délivrance d'un titre de séjour. Sa demande a été rejetée par une décision du 20 février 2017 portant en outre obligation de quitter le territoire français. Ces décisions du 20 février 2017 ont été annulées par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 6 juillet 2017, enjoignant en outre au préfet de la Sarthe de réexaminer la situation de M. A, qui s'est vu dans l'intervalle délivrer des autorisations provisoires de séjour entre août 2017 et mars 2020. Après deux réunions de la commission du titre de séjour en février 2020, puis postérieurement à la crise sanitaire en septembre 2022, le préfet de la Sarthe a décidé de rejeter la demande de titre de séjour de M. A par un arrêté du 23 février 2023, portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 23 février 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" ". Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
3. Pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", le préfet de la Sarthe s'est fondé sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, l'intéressé ayant été condamné à deux reprises, pour une durée totale de trois ans et un mois d'emprisonnement, le 21 février 1997 à un mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel d'Aix-En-Provence pour aide à l'entrée et au séjour irrégulier et le 12 octobre 1999 à trois ans d'emprisonnement par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour des faits de violences volontaires aggravées commis sur son épouse. Toutefois, ces faits sont antérieurs de vingt-quatre ans à la date de la décision attaquée et M. A n'a fait l'objet, depuis, d'aucune condamnation, à l'exception de deux amendes pénales en 2013, condamnations elles-mêmes antérieures de dix années à la décision attaquée, pour des faits commis en 2009 et 2012, onze et quatorze ans avant le refus de séjour litigieux. M. A soutient qu'il réside habituellement en France depuis 1993, soit depuis près de trente ans à la date de la décision attaquée. Il ressort des pièces du dossier que M. A est père de sa première union d'un jeune homme de nationalité française, né en 1997. S'il est constant que pendant de nombreuses années, il n'a pas eu de lien avec cet enfant français, qui est désormais majeur, il ressort des pièces du dossier que des liens forts ont été renoués à l'adolescence de ce dernier, et que la mère du jeune homme étant décédée en 2019, M. A est désormais le seul parent de son fils français majeur. Des témoignages soulignent également l'influence positive de M. A sur son fils. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a constitué sur le territoire français une nouvelle cellule familiale avec trois enfants, de nationalité tunisienne mais nés sur le territoire français respectivement le 7 octobre 2014, le 26 mars 2020 et le 12 juillet 2022. Ses trois plus jeunes enfants ont toujours résidé sur le territoire français. Si la nouvelle compagne de M. A est de nationalité tunisienne comme lui, elle est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en 2024. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la commission du titre de séjour, saisie par le préfet de la Sarthe, a émis deux avis favorables à la délivrance d'un titre de séjour à M. A en raison de l'intensité des liens privés et familiaux dont l'intéressé dispose sur le territoire français et de son temps de présence en France. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, M. A est ainsi fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et compte tenu de l'ancienneté des faits reprochés, l'intéressé est également fondé à soutenir que le préfet de la Sarthe a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 février 2023 portant refus de titre de séjour, et par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement implique nécessairement, compte tenu du motif d'annulation retenu, qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de munir l'intéressé d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Murillo renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, a assorti ce refus d'obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Murillo, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Sarthe et à Me Murillo.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
R. HANNOYER
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
mc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026