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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302860

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302860

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302860
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNEVEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 février 2023 et le 12 mai 2023, M. B C A, représenté par Me Neveu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer une carte de séjour portant la mention étudiant, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation du caractère sérieux de ses études ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entaché d'un défaut de motivation.

Par un mémoire enregistré le 26 avril 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 juin 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né en 2000, est entré régulièrement en France le 1er octobre 2019 sous le couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant. Ce titre de séjour a été renouvelé jusqu'au 25 septembre 2021. Par l'arrêté attaqué du 6 avril 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné.

2. Par un arrêté du 19 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle.". Le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare accomplir.

4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour " étudiant " de M. A, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le défaut de réalité et de sérieux des études suivies par l'intéressé.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'inscrit en première année de licence de droit pendant trois années universitaires successives, M. A, s'il a validé certaines unités d'enseignement, n'a pour autant obtenu aucun diplôme ni validé aucune année universitaire et qu'à l'issue de ces trois années, il s'est inscrit en licence de géographie, sans justifier de cette réorientation par un projet professionnel cohérent. Dans ces conditions, le préfet de la Sarthe a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, refuser de renouveler le titre de séjour du requérant en estimant que ses études n'étaient ni réelles ni sérieuses.

6. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en tant qu'il est dirigé contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour présenté en qualité d'étudiant, doit être écarté comme inopérant.

7. Compte tenu de ce qui a été dit, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'obligation de quitter le territoire français serait illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

8. M. A, célibataire et sans enfant, ne justifie que d'une durée de présence encore récente sur le territoire français. Par ailleurs, il n'établit pas disposer d'autres attaches familiales ou personnelles sur le territoire français suffisamment stables et durables ni en être dénué dans son pays d'origine. En outre, l'exercice d'activités professionnelles dans les conditions du titre de séjour dont il bénéficiait en qualité d'étudiant ne suffit pas à justifier de son insertion sociale et professionnelle durable en France. Dès lors, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Enfin, la décision fixant le pays de destination, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constate que l'intéressé est de nationalité congolaise et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, comporte, de ce seul fait, les éléments de fait et de droit qui la fonde. Il en résulte que cette décision est suffisamment motivée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Neveu et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Iselin, président du tribunal,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La rapporteure,

S. THOMASLe président,

B. ISELIN

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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