mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2302897 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 3ème chambre |
| Avocat requérant | GUERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 février 2023 et le 8 mai 2023, M. C B, représenté par Me Guérin, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;
2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la décision de la Cour nationale du droit d'asile soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de procéder à un nouvel examen de sa situation et de renouveler son attestation de demandeur d'asile jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, en violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure pour avoir méconnu les dispositions de l'article R.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet s'est estimé lié à tort par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait, dès lors que le préfet ne justifie pas du caractère définitif de la décision de l'OFPRA et qu'il a saisi la Cour nationale du droit d'asile d'un recours (CNDA) ; en tout état de cause, son attestation de demandeur d'asile était valable jusqu'au 30 mars 2023 ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), en raison de ses problèmes de santé, qui ont fait obstacle à son transfert ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- à titre subsidiaire, il justifie d'éléments sérieux de nature à démontrer, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour, compte tenu de sa région d'origine de Nangarhar en Afghanistan et de la situation sécuritaire très défavorable dans ce pays ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de la reconduite :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Degommier, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
-Le rapport de M. Degommier, magistrat désigné,
-Les observations de Me Guérin, avocate de M. B et les observations de M. B, assisté de M. A, interprète.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, enregistrée le 15 mai 2023, a été présentée pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant afghan, né le 21 avril 1987, est entré en France le 27 mars 2022. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée, par décision du 22 novembre 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Ayant considéré que cette décision est devenue définitive, le préfet de la Sarthe, par arrêté du 3 février 2023, a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, en application du 4° de l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions principales à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ;
2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. " Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 611-2 de ce code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".
3. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elles prévoient des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France le 27 mars 2022, a fait l'objet d'une décision de transfert vers les autorités bulgares et que le tribunal, par jugement du 13 juin 2022, a annulé cet arrêté, au motif que compte tenu de la grave pathologie du requérant, le préfet de Maine-et-Loire a entache´ la décision portant transfert aux autorités bulgares d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la faculté´ d'instruire sa demande d'asile en France en application du 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le tribunal a notamment relevé que M. B a été hospitalisé au sein du centre hospitalier du Mans du 25 avril au 10 mai 2022 en raison d'un aspergillome sur des séquelles de tuberculose, le compte rendu de cette hospitalisation mentionnant une anorexie avec douleurs abdominales diffuses et une toux fébrile depuis trois mois et la présence d'hémoptysie lorsque la toux s'intensifie. M. B produit en outre dans la présente instance un certificat établi par un praticien du centre hospitalier du Mans, qui indique qu'il est suivi pour une pathologie respiratoire chronique sévère justifiant un traitement prolonge´ et un suivi médical, biologique et scannographique et que les soins nécessaires pour la pathologie ne sont pas disponibles dans son pays d'origine et justifient une prise en charge sur le territoire français. L'administration avait nécessairement connaissance de ces éléments, le jugement du tribunal ayant annulé le transfert de M. B lui ayant été notifié. Dès lors, il est établi qu'a été porté à la connaissance de l'administration, préalablement à l'intervention de la décision litigieuse, des éléments précis et circonstanciés quant à la nature et la gravité des problèmes de santé de M. B et à une impossibilité de prise en charge dans son pays d'origine, justifiant que le préfet de la Sarthe saisisse pour avis le collège de médecins de l'OFII avant d'édicter l'obligation de quitter le territoire français. Ce collège de médecins n'ayant pas été saisi, M. B, qui a été ainsi privé d'une garantie, est fondé à soutenir que la décision du 3 février 2023 du préfet de la Sarthe l'obligeant à quitter le territoire français est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière et à en demander pour ce motif, l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de réexaminer la situation administrative de M. B, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII, qu'il appartient au préfet de saisir à cet effet. Il est également enjoint au préfet de munir le requérant d'une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur sa situation administrative.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Guérin renonce à la part contributive de l'Etat dans le cadre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 février 2023 du préfet de la Sarthe est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de réexaminer la situation administrative de M. B, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII, qu'il appartient au préfet de saisir à cet effet, et de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur sa situation administrative.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Guérin renonce à la part contributive de l'Etat dans le cadre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Guérin et au préfet de la Sarthe.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
Le magistrat désigné,
S. DEGOMMIER
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026