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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302939

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302939

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantFLOCH

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2303217, les 21 février 2023, 23 mars 2023, 29 mars 2023 et 25 juillet 2023, Mme B H C, représentée par Me Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 2 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 11 janvier 2022 de l'autorité consulaire française à F (Congo) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour sollicité en qualité d'enfant étranger majeur de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jours de retard, ou à défaut, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Elle soutient que l'appréciation portée par la commission de recours sur les actes d'état civil produits pour justifier de son identité et de son lien de filiation avec M. I C, de nationalité française, est manifestement erronée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme H C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2302939, les 21 février 2023, 23 mars 2023, 29 mars 2023 et 25 juillet 2023, Mme E G C, représentée par Me Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 2 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 11 janvier 2022 de l'autorité consulaire française à F (Congo) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour sollicité en qualité d'enfant étranger majeur de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jours de retard, ou à défaut, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Elle soutient que l'appréciation portée par la commission de recours sur les actes d'état civil produits pour justifier de son identité et de son lien de filiation avec M. I C, de nationalité française, est manifestement erronée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme G C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- l'ordonnance n° 2304516-2304548 du 20 juillet 2023 par laquelle le juge des référés a rejeté les requêtes de Mmes H C et G C.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H C, née le 18 septembre 1999, et Mme G C, née le 24 juin 2002, ressortissantes congolaises, ont sollicité auprès de l'autorité consulaire française à F (Congo) la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en qualité d'enfants étrangers de M. I C, de nationalité française. Cette autorité consulaire ayant opposé des refus à ces demandes par des décisions du 11 janvier 2022, Mmes H C et G C ont contesté ces décisions devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui a rejeté leur recours par des décisions implicites nées le 2 mai 2022, dont Mmes H C et G C demandent l'annulation, puis par des décisions expresses du 31 août 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2303217 et 2302939 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde, et, par suite, que les conclusions à fin d'annulation dirigées par les requérantes contre les décisions implicites par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leurs recours doivent être regardées comme dirigées contre les décisions du 31 août 2022 par lesquelles la commission a expressément rejeté ces recours.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé de dix-huit à vingt et un ans, ou qu'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, ou qu'il est à la charge de ses parents, l'enfant étranger d'un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. / Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".

S'agissant de Mme H C :

5. Pour rejeter, par la décision attaquée du 31 août 2022, la demande de visa de long séjour présentée par Mme H C, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'identité et le lien de filiation avec l'ascendant allégué, de nationalité française, ne sont pas établis, dès lors que l'acte de naissance produit par la requérante n'est pas conforme à l'article 106 du code de la famille congolais et qu'il comporte des discordances avec un autre acte d'état civil produit lors d'une précédente demande de visa, d'autre part, ces éléments sont de nature à révéler une intention frauduleuse, et enfin, Mme H C n'établit pas être à la charge de son père allégué, en l'absence de prise en charge financière régulière et sur une période significative de son entretien et de son éducation par l'intéressé, avec qui elle ne justifie pas, par ailleurs, maintenir des liens.

6. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour demandé en qualité d'enfant majeur à charge d'un ressortissant français, les autorités consulaires et la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son ascendant dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son ascendant de nationalité française ne pourvoient pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme H C ne justifie pas, ni même n'allègue, entretenir de liens avec M. I C, qu'elle présente comme son père. En outre, en l'absence de copies de relevés ou de justificatifs de virements bancaires à son profit, elle n'établit pas que l'intéressé pourvoit régulièrement à ses besoins, alors de surcroît que le ministre oppose que M. C ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours a pu rejeter le recours dont elle était saisie au motif que l'intéressée n'établit pas être à la charge d'un ascendant de nationalité française. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.

S'agissant de Mme G C :

8. Pour rejeter, par la décision attaquée du 31 août 2022, la demande de visa de long séjour présentée par Mme G C, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'identité et le lien de filiation avec l'ascendant allégué, de nationalité française, ne sont pas établis, dès lors que l'acte de naissance produit par la requérante n'est pas conforme à l'articles 106 du code de la famille congolais et qu'il comporte des discordances avec un autre acte d'état civil produit lors d'une précédente demande de visa, d'autre part, ces éléments sont de nature à révéler une intention frauduleuse.

9. Il résulte des dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la vérification des actes d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Aux termes de cet article : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

10. Pour établir son identité et son lien de filiation avec son père allégué, Mme G C produit, à l'appui de sa demande de visa, un acte de naissance, établi le 27 juillet 2020 par un officier d'état civil de la commune de Gombe (Congo), portant transcription d'un jugement supplétif du 24 juin 2020 du tribunal de paix de F. Les informations contenues dans cet acte d'état civil, relatives au lieu de naissance de l'enfant, sont toutefois discordantes avec celles figurant dans la copie intégrale d'acte de naissance produit par le ministre, datée du 24 mai 2016 et établie par l'officier d'état civil de la commune de Kintambo (Congo), en exécution d'un jugement supplétif rendu le 7 avril 2016 par le tribunal pour enfants de F, en méconnaissance de l'article 106 du code de la famille congolais. Si les requérantes font valoir que la production d'un nouveau jugement supplétif fait suite à la perte du volet n° 1 de l'acte de naissance du 24 mai 2016, elles n'expliquent pas les discordances constatées dans les actes de naissance à disposition de l'administration, alors par ailleurs que le ministre relève également des divergences de mention s'agissant de la déclaration du décès de Mme A D, mère alléguée des demandeuses. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours a pu rejeter le recours dont elle était saisie et refuser la délivrance d'un visa à Mme G C au motif tiré que l'identité et le lien de filiation avec son ascendant allégué, de nationalité française, n'est pas établi. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mmes H C et G C doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application combinée de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D É C I D E :

Article 1 : Les requêtes n° 2303217 de Mme H C et n° 2302939 de Mme G C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H C, Mme E G C, à Me Floch et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Dubus, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

Le rapporteur,

P. REVEREAULe président,

P. BESSE

Le greffier,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N° 2303217, 2302939

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