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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303048

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303048

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er mars 2023 et le 26 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans les huit jours du jugement à intervenir ou, à défaut et dans le même délai, de réexaminer sa situation en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- la réserve prévue par l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été examinée ;

- sa situation n'a pas été examinée ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante azerbaïdjanaise née en 1996, est entrée sur le territoire français le 22 octobre 2019, selon ses déclarations. La demande d'asile qu'elle avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 6 mai 2021 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 décembre 2022. Par l'arrêté du 27 janvier 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 8 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vendée, le préfet de la Vendée a donné délégation à Mme Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de faire obligation à la requérante de quitter le territoire français, ce dont résulte que cette décision est régulièrement motivée. Cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce que la requérante est de nationalité azerbaïdjanaise et constate également qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office est, de ce seul fait, régulièrement motivée. La régularité de la motivation d'une telle décision n'est, contrairement à ce qui est soutenu, pas subordonnée au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'énoncé de motifs s'y rapportant, ce texte et un tel énoncé ne constituant pas les considérations de droit et de fait constituant le fondement d'une telle décision.

4. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a présenté une demande d'asile, l'a fait en vue d'obtenir une protection à ce titre et ainsi d'être autorisée à demeurer en France, sans devoir ou être contraint de quitter la France et, en particulier, de retourner dans le pays dont elle est la ressortissante. Elle ne pouvait ainsi ignorer, à la suite de la notification, le 29 décembre 2022, de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 décembre 2022, être susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Elle a, ainsi, été mise à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur sa situation de séjour et les raisons qui seraient susceptibles que l'autorité compétence s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Elle n'établit pas ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée de s'exprimer avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français contestée. Par suite, le moyen tiré de la violation par l'arrêté attaqué du droit d'être entendue doit être écarté.

6. Il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Vendée se serait abstenu d'examiner la situation de la requérante et aurait, ce faisant, méconnu l'étendue de sa compétence d'appréciation.

7. Il ressort des pièces du dossier que le droit de la requérante au maintien sur le territoire français en qualité de demandeur d'asile a pris fin le 23 décembre 2022 à la suite de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 décembre 2022, conformément aux prévisions du second alinéa de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La situation de la requérante, qui n'a pas présenté une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen, ne relevant pas des prévisions de l'article L. 542-2 de code, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du dernier alinéa de cet article ne peut qu'être écarté comme inopérant.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le séjour de la requérante, remontant, selon ses déclarations, au mois d'octobre 2019, est récent, la durée de ce séjour ne s'expliquant, jusqu'à la fin du mois de décembre 2022, que par l'examen et l'instruction de la demande d'asile présentée par l'intéressée. Les demandes d'asile présentées par son époux et ses parents ont également été rejetées et ils font l'objet d'obligations de quitter le territoire français, en date du 27 janvier 2023 quant à son époux et du 22 octobre 2021 quant à ses parents. La requérante ne justifie pas de liens personnels intenses, anciens et stables sur le territoire français. Elle n'est pas dans l'impossibilité de poursuivre son existence ailleurs qu'en France, en particulier dans le pays dont elle est la ressortissante, où la cellule familiale qu'elle forme avec son époux et les deux enfants nés à La Roche-sur-Yon le 4 août 2022, tous trois de même nationalité, peut se reconstituer, cellule qui s'y est initialement constituée par le mariage le 30 janvier 2018. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de Mme A en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Vendée, en lui faisant obligation de quitter le territoire français et en fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

11. L'arrêté attaqué n'a pas pour effet de séparer les deux enfants nés en France le 4 août 2022 de leurs parents, qui en assurent à titre habituel l'entretien, la garde et l'éducation et ces enfants sont de nationalité azerbaïdjanaise. Ils peuvent accompagner leurs parents dans le pays dont ils sont les ressortissants. Il ne ressort pas du dossier que l'obligation faite à leur mère de quitter le territoire français les exposerait à un risque particulier pour leur santé, leur sécurité, leur éducation ou leur moralité, alors que ces enfants, âgés de six mois à la date de l'arrêté attaqué, ne sont pas scolarisés mais pourront l'être en Azerbaïdjan. Dès lors, cette obligation ne méconnaît pas leur intérêt supérieur. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 précité doit être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant la destination en cas d'éloignement d'office est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie ou la liberté de la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, seraient menacées dans le pays dont elle est une ressortissante ou qu'elle risquerait effectivement et actuellement d'y être soumise à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination, qui n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'elle présente ne peuvent, par suite, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Vendée et à Me Béarnais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le magistrat désigné,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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