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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303097

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303097

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mars et 19 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Kone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an et, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte, à titre infiniment subsidiaire, de l'admettre au séjour à titre dérogatoire ou pour des motifs exceptionnels ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité compétente ;

- la motivation de l'arrêté attaqué est insuffisante ; le préfet n'indique pas les raisons pour lesquelles il a décidé d'écarter l'autorisation de travail délivrée par le ministre de l'intérieur ; en outre, depuis sept ans qu'il travaille dans le secteur professionnel de la sécurité, il y a acquis une expérience avérée ;

- en ne tenant pas compte de la délivrance de l'autorisation de travail, le préfet a méconnu les articles L. 421-1, L.421-4 et L. 414-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article R. 5221-20 du code du travail et a commis une erreur de droit ; parallèlement à ses études juridiques, il a travaillé et suivi des formations dans le secteur de la sécurité ; il est titulaire de la carte d'agent de sécurité et de prévention ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen préalable de de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 6 février 1989, est entré en France le 1er septembre 2014, muni d'un visa de de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a bénéficié de titres de séjour portant cette même mention, de septembre 2015 à décembre 2022. Il a, pendant cette période, suivi ses études en Lorraine puis en Vendée, à l'institut catholique d'études supérieures de La Roche-sur-Yon. Il a obtenu dans cet établissement, en 2022, un master de droit économie gestion, mention gestion des ressources humaines. Parallèlement à ses études, il a régulièrement travaillé dans des sociétés de sécurité après avoir obtenu, en 2016, un diplôme d'agent de prévention et de sécurité. Le 22 novembre 2022, il a demandé à changer de statut, afin de passer de celui d'étudiant à celui de salarié. La société SAMA Sécurité, qui l'avait recruté en tant qu'agent de sécurité, a sollicité une autorisation de travail. Celle-ci a été délivrée le 27 janvier 2023. Toutefois, par un arrêté du 13 février 2023, le préfet de la Vendée a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1 autorise l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions définies aux articles R. 5221-1 et suivants du code du travail. ". Ensuite, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Selon les dispositions de l'article R. 5221-1 de ce code : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur () ". Puis, s'agissant des conditions auxquelles est subordonnée la délivrance d'une autorisation de travail au sens des dispositions du 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail et de l'article R. 5221-1 de ce code, l'article R. 5221-20 du même code précise : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / 1° S'agissant de l'emploi proposé : / a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; / b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; / 2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : / a) Il respecte les obligations déclaratives sociales liées à son statut ou son activité ; / b) Il n'a pas fait l'objet de condamnation pénale pour le motif de travail illégal tel que défini par l'article L. 8211-1 ou pour avoir méconnu des règles générales de santé et de sécurité en vertu de l'article L. 4741-1 et l'administration n'a pas constaté de manquement grave de sa part en ces matières ; / c) Il n'a pas fait l'objet de sanction administrative prononcée en application des articles L. 1264-3, et L. 8272-2 à L. 8272-4 ; / 3° L'employeur, l'utilisateur ou l'entreprise d'accueil et le salarié satisfont aux conditions réglementaires d'exercice de l'activité considérée, quand de telles conditions sont exigées ; / 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil ; / 5° Lorsque l'étranger est titulaire d'une carte de séjour portant les mentions "étudiant" ou "étudiant-programme de mobilité" prévue à l'article L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-26 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a achevé son cursus en France ou lorsqu'il est titulaire de la carte de séjour portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" prévue à l'article L. 422-14 du même code, l'emploi proposé est en adéquation avec les diplômes et l'expérience acquise en France ou à l'étranger. ". Enfin, aux termes de l'article L. 3123-27 du code du travail : " Le salarié à temps partiel bénéficie d'une durée minimale de travail hebdomadaire déterminée selon les modalités fixées aux articles L. 3123-19 et L. 3123-27. Le premier alinéa du présent article n'est pas applicable :1° Aux contrats d'une durée au plus égale à sept jours ; 2° Aux contrats à durée déterminée conclus au titre du 1° de l'article L. 1242-2 ; 3° Aux contrats de travail temporaire conclus au titre du 1° de l'article L. 1251-6 pour le remplacement d'un salarié absent. 4° Aux contrats de travail à durée indéterminée conclus dans le cadre d'un cumul avec l'un des contrats prévus aux articles L. 5132-5, L. 5132-11-1 ou L. 5132-15-1, afin d'atteindre une durée globale d'activité correspondant à un temps plein ou au moins égale à la durée mentionnée à l'article L. 3123-27. Une durée de travail inférieure à celle prévue au premier alinéa du présent article peut être fixée à la demande du salarié soit pour lui permettre de faire face à des contraintes personnelles, soit pour lui permettre de cumuler plusieurs activités afin d'atteindre une durée globale d'activité correspondant à un temps plein ou au moins égale à la durée mentionnée au même premier alinéa. Cette demande est écrite et motivée () ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la société SAMA Sécurité s'est vu délivrer, le 27 janvier 2023, une autorisation de travail, au sens de l'article L. 5221-2 du code du travail, pour l'emploi de M. A, laquelle autorisation a été délivrée sur la base du contrat à durée indéterminée établi par cette société pour un poste d'agent de sécurité. D'autre part, le préfet de la Vendée a refusé de délivrer le titre de séjour demandé par le requérant au motif que son emploi d'agent de sécurité n'était pas en relation avec sa formation de juriste, soldée par l'obtention d'un master en juillet 2022.

4. En procédant de la sorte, alors que l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile conditionne la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " à la seule détention préalable d'une autorisation de travail, laquelle autorisation est délivrée après vérification, par le service compétent, que les dispositions générales du code du travail et les conditions spécifiques posées par l'article R. 5221-20 de ce même code sont respectées, le préfet de la Vendée a commis une erreur de droit. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 février 2023 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il y a lieu, dès lors, sauf changement dans les circonstances de droit et de fait, d'enjoindre au préfet de la Vendée de délivrer à M. A ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué du 13 février 2023 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de délivrer à M. A, sauf changement dans les circonstances de droit et de fait, un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSELa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Malingre

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