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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303121

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303121

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPRELAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, M. B A, représenté par Me Prelaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2023 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la même date et sous la même astreinte ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de cette date et sous cette astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été prise à l'issue d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cantié,

- et les observations de Me Prelaud, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien né en 1996, entré en France le 21 août 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 6 juillet 2020 au 6 juillet 2021. Par la suite, il en a sollicité le renouvellement et a obtenu un titre de séjour portant la même mention, valable du 28 septembre 2021 au 27 novembre 2022. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 18 mars 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le recours formé par l'intéressé contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 10 janvier 2023. M. A a ensuite sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 2 février 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Vendée a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué fait mention des motifs de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions prises à l'encontre de M. A. Par suite, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que l'une ou l'autre de ces mesures est insuffisamment motivée.

Sur les autres moyens de la requête :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des mentions apposées sur l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre l'arrêté attaqué, notamment pour refuser son admission au séjour. Le moyen invoqué à ce titre doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que les énonciations de l'arrêté en litige témoignent de ce que le préfet n'a pas envisagé de sa propre initiative si l'intéressé pouvait être admis au séjour à ce titre. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.

5. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que si M. A réside en France depuis le 21 août 2020, soit depuis trois ans à la date de la décision attaquée, son séjour s'explique par l'instruction de sa demande d'asile et son parcours d'étudiant. L'intéressé, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de son existence. S'il se prévaut d'une promesse d'embauche pour un contrat de travail à durée indéterminée au sein de la société Maître Coq en qualité d'opérateur de production, en date du 18 juillet 2022, en produisant un certificat de travail de la même société attestant qu'il a été employé pour une durée de neuf mois entre l'année 2021 et l'année 2022 et des bulletins de salaire attestant de missions intérimaires, pour le mois de décembre 2020, en qualité d'ouvrier d'abattoir, pour les mois de mars à août 2021 en qualité d'agent de production, pour les mois de septembre à décembre 2021 en qualité d'opérateur de production, pour les mois de janvier à décembre 2022 en qualité d'agent de préparation des épices, et enfin pour le mois de janvier 2023 en qualité d'agent de réception des matières premières, il ne justifie pas d'une volonté caractérisée d'intégration par le travail. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Vendée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de celle-ci sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

7. En deuxième lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

8. Il suit de là que M. A, qui n'allègue pas au demeurant avoir vainement demandé un entretien pour faire valoir des observations orales, ni n'invoque une circonstance qui aurait pu conduire le préfet à ne pas assortir sa décision de refus de séjour d'une mesure d'éloignement, n'est pas fondé à soutenir qu'il a été irrégulièrement privé de son droit d'être entendu.

9. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre du requérant serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été ci-dessus, le moyen tiré de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

13. Si M. A soutient qu'il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations et dispositions précitées en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte toutefois aucun élément suffisamment précis et probant au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, les moyens invoqués à ce titre doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Prelaud et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le président-rapporteur,

C. CANTIÉL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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