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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303137

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303137

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2023, Mme B, représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 21 novembre 2020 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 30 juillet 2020 de l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun) lui refusant la délivrance d'un visa dit " de retour " en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui faire délivrer le visa sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision de la commission est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été empêchée de revenir sur le territoire français avant la fin de validité de sa carte de résident, du fait de soucis de santé et de la pandémie du Covid-19, et qu'elle justifie d'un nouveau titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du 25 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise titulaire d'un certificat de résidence valable du 5 mars 2010 au 4 mars 2020, est retournée au Cameroun à la suite du décès de sa grand-mère, survenu le 16 octobre 2019. Elle a sollicité la délivrance d'un visa dit " de retour " afin de rentrer en France le 21 juillet 2020, auprès de l'autorité consulaire française à Douala, qui a rejeté sa demande. Par une décision implicite née le 21 novembre 2020, dont Mme B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il résulte des mentions de l'accusé de réception transmis à la requérante par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse à son recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, le recours serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par la décision consulaire, que la commission, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce de ce que, d'une part, Mme B ne justifie pas d'un droit au séjour et d'autre part, les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables.

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour ou du document de circulation délivré aux mineurs en application de l'article L. 414-4 sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage ". Aux terme des dispositions de l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ". En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers et étrangères titulaires d'un titre de séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, titulaire d'un certificat de résidence valable du 5 mars 2010 au 4 mars 2020, est retournée au Cameroun à l'occasion du décès de sa grand-mère, survenu le 16 octobre 2019, et n'a sollicité un visa de retour que le 21 juillet 2020, après l'expiration de la durée de validité de son titre de séjour. Toutefois, l'intéressée justifie avoir déposé auprès de la préfecture du Val d'Oise une demande de renouvellement de son certificat de résidence, et avait produit devant la commission de recours, d'une part, un récépissé de ce dépôt et, d'autre part, un courriel de la sous-préfecture de Sarcelles daté du 31 août 2020 l'invitant à venir retirer une nouvelle carte de séjour le 15 septembre 2020, soit antérieurement à la date de la décision de la commission. Dès lors, alors même que ce titre de séjour n'avait pas encore été remis en mains propres à l'intéressée, la commission de recours ne pouvait pas légalement refuser de lui délivrer un visa dit " de retour " en France.

5. En outre, le ministre ne justifie pas, dans le cadre de la présente instance, des raisons pour lesquelles les informations communiquées par Mme B à l'appui de sa demande de visa puis de son recours devant la commission de recours, étaient incomplètes ou pas fiables. Dans ces conditions, en rejetant le recours dont elle était saisie au motif que les informations communiquées par la requérante à l'appui de sa demande de visa n'étaient pas complètes et/ou fiables, alors qu'aucun élément du dossier ne permet de l'établir, la commission de recours a commis une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa de long séjour sollicité par Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Petit, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 21 novembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer un visa d'entrée et de long séjour dit " de retour " à Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Petit, avocate de Mme B, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Petit renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Petit et au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Dubus, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P.BESSE La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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