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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303403

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303403

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAVOCATS CONSEILS REUNIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 et 21 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Mpiga Voua Ofounda, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 7 février 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire a retiré son agrément d'assistante maternelle ;

3°) de mettre à la charge du département la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a formé un recours en annulation contre la décision en litige ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée a pour effet de la priver de son droit d'exercer une activité professionnelle et emporte la rupture de ses quatre contrats de travail, de sorte qu'elle est privée de ressources depuis le 11 février 2023, alors qu'elle justifie de charges importantes ; elle est séparée de son conjoint depuis le 1er février 2023 et n'a rien perçu de la part de la caisse d'allocations familiales (CAF) durant les derniers mois, pas plus qu'aucune aide de la part de Pôle Emploi, l'ouverture des droits étant rendue difficile par la lenteur des démarches à faire par chacun de ses employeurs, de sorte qu'à ce jour, aucun droit n'a pu être ouvert à son bénéfice ; l'échéance d'une commission paritaire le 29 mars 2023 ne fait pas disparaître l'urgence dès lors qu'elle se trouve maintenue en situation de précarité bien au-delà de la date à laquelle la commission aura lieu ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

* elle est insuffisamment motivée en fait, les seules références aux dispositions textuelles du code de l'action sociale et des familles et aux " informations parvenus au service de PMI " étant insuffisantes ; elle est fondée sur son comportement lors de la commission paritaire, lequel est justifié par le stress et ne se confond pas avec son comportement dans l'exercice de son activité ;

* elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que la commission paritaire était réunie dans une composition impartiale et régulière alors qu'étaient présents, au titre des représentants de l'administration, des agents ayant déjà eu à connaître de sa situation, notamment lors d'échanges en septembre et octobre 2022 ; alors qu'en principe, la commission du département de Maine et Loire est composée d'au moins 8 membres représentants à part égale les assistants maternels et le département, l'avis produit par le département fait apparaître que la composition de la commission qui s'est réunie le 18 janvier 2023 n'était pas complète, puisque 4 membres représentaient l'administration tandis que ne siégeait qu'un seul représentant des assistantes maternelles, l'avis faisant par ailleurs mention d'une absence excusée pour deux des trois autres membres et leurs suppléants et rien n'étant indiqué s'agissant du troisième, dont l'absence n'est pas indiquée et pour lequel aucune signature n'apparaît ; les membres présents n'assuraient donc pas à part égale la représentation du département et des assistants maternels et la présence majoritaire de représentants de l'administration ( 4 membres sur 5 ) est de nature à la priver d'une garantie d'équité et d'impartialité quant à la décision à prendre sur sa situation, tandis que deux personnes non membres de la commission, qui étaient présentes, ne sont pas mentionnées dans l'avis ; la présence de personnes tierces à la commission, même avec voix consultatives, n'est pourtant pas prévue par les dispositions des articles R. 421-27 et suivants du code de l'action sociale et des familles et la présence des deux intéressés, qui ont à plusieurs occasions eu à connaître de sa situation, notamment en 2019 alors qu'elle était injustement accusée par une autre assistante maternelle de faits de violence qui ont donné lieu à relaxe, méconnaît le principe général d'impartialité

* elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-6 et L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il n'est pas établi que les conditions d'accueil qu'elle propose constitueraient une menace à la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants accueillis, la seule circonstance qu'elle les force à manger et ne respecte pas leur rythme étant insuffisante alors que les parents des enfants qu'elle a à sa charge témoignent de l'épanouissement de ces derniers et que le dossier de dénonciation contient un mail de parents d'un enfant dont elle n'a pas la garde ainsi que des courriers relatifs aux départs d'assistantes maternelles qui sont antérieurs au départ de la requérante ; la décision de retrait ne précise aucun comportement daté et circonstancié qui serait inadapté à l'égard des enfants, alors qu'aucun autre élément de dénonciation ne lui a été communiqué suite à sa demande ;

* elle est manifestement disproportionnée dès lors qu'elle a pour effet l'arrêt brutal de la prise en charge de chaque enfant accueilli sans justification légale, alors qu'une mesure moins lourde comme la suspension ou l'avertissement aurait pu permettre à l'administration de vérifier la réalité des conditions matérielles d'accueil des enfants et de l'accompagner dans l'amélioration de sa pratique professionnelle ; doivent être écartés des débats et de l'analyse de la proportionnalité de la décision tous les courriers, notes ou autres éléments relatifs aux accusations de violence en 2019, faits pour lesquels une relaxe a été prononcée et pour lesquels le département n'a prononcé aucune sanction à son égard ; les attestations produites par ailleurs, qui émanent de parents employant une autre assistante maternelle qui nourrit de l'animosité à son égard, ne sont pas complétées en annexe des pièces d'identité de leurs auteurs ce qui rend nul ces témoignages, et sont très imprécises sur les accusations graves formulées à son encontre ; la déclaration, qui semble provenir d'une autre assistante maternelle, est fallacieuse, repose sur une opinion subjective et accusatrice et a été faite à la demande du département au mois de novembre 2022 seulement ; quant au courriel de parents d'un enfant qui lui était confié, il révèle en réalité une divergence d'opinion quant à l'organisation de la journée de l'enfant et le respect de son sommeil et ne saurait fonder une sanction aussi lourde qu'un retrait d'agrément ; il ne fait aucun doute que le sort qui lui a été réservé résulte du contenu de la note adressée à la commission paritaire préalablement à sa tenue le 18 janvier 2023, dont la première page la fait apparaître comme étant violente et omet de préciser la relaxe prononcée au sujet des accusations de violence en septembre 2019, un tel récit suffisant à créer dans l'esprit des membres de la commission une présomption de dangerosité à son égard et expliquant que, pour des faits similaires, les deux assistantes maternelles se soient vu infliger des sanctions différentes ;

* elle est entachée d'une rupture d'égalité et d'un détournement de pouvoir dès lors qu'une autre assistance maternelle de la structure ayant fait l'objet d'une procédure disciplinaire pour les mêmes faits n'a pas vu son agrément retiré, de sorte que le traitement différencié est uniquement justifié par le jugement subjectif de la personnalité de l'intéressée, notamment lors de la commission.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire enregistrés les 14 et 22 mars 2023, le département de Maine-et-Loire, représenté par Me Buffet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que, s'agissant des difficultés financières alléguées, l'intéressée, qui ne justifie pas d'éléments relatifs à la situation financière de son conjoint, salarié, est recevable à demander l'aide au retour à l'emploi auprès de Pôle emploi ; la requérante a formé un recours gracieux contre la décision en litige, pour lequel la commission de recours gracieux se prononcera le 29 mars 2023 ;

- aucun des moyens soulevés par Mme B n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle a été signée par une autorité compétente ;

* elle est suffisamment motivée dès lors qu'elle est fondée sur quatre motifs de faits : une prise en charge inadaptée, notamment au regard du respect du rythme des enfants ; l'absence de volonté de remise en question constatée lors de la commission ; l'absence de réponse claire sur des notions de bases relatives à la prise en charge d'un enfant ; l'agacement et les difficultés d'échange et de communication lors de la commission et des visites au sein de la maison d'assistants maternels (MAM) ; ces éléments ont été communiqués à l'intéressée, qui a été mise à même de présenter ses observations plusieurs fois mais n'a jamais réussi à convaincre qu'elle acceptait une remise en cause ;

* le moyen tiré du vice de procédure est sans incidence sur le sens de la décision au sens de la jurisprudence Danthony du Conseil d'Etat de sorte qu'il ne pourra qu'être écarté, alors, en tout état de cause, que les personnes désignées par la requérante ne sont pas membres de la commission mais y ont siégé à titre purement consultatif ;

* la décision n'est pas entachée d'une disproportion manifeste dès lors que, contrairement à ce que soutient l'intéressée, le mail de parent est postérieur à l'enquête administrative et n'est pas le seul élément de dénonciation : elle est justifiée par le courrier de dénonciation émanant d'une ancienne collègue relatant des faits incompatibles avec la profession d'assistance maternelle, notamment des retards répétés, l'absence de surveillance des enfants dans la pièce de vie qui a déjà pu conduire à deux accidents qui auraient pu être évités en présence d'un adulte, la circonstance que l'intéressée fume du tabac voire du cannabis dans le jardin public de la MAM, ou, à défaut, près de sa voiture, en laissant les enfants dont elle a la charge à ses collègues ; les faits relatés dans ce courrier sont corroborés par la visite et l'entretien qui se sont déroulés en avril et mai 2022, ainsi que par divers signalements ; le département n'a aucune obligation de procéder à une mesure de suspension avant de prononcer le retrait d'un agrément, alors, en tout état de cause, que l'enquête administrative a conclu aux insuffisances professionnelles de l'intéressée et à l'absence de modification de ses pratiques et de remise en cause durant ces deux dernières années, de sorte qu'il était impossible pour l'administration de maintenir un agrément ; l'agrément de la requérante ayant déjà été suspendu par le passé, il apparaissait peu probable qu'une telle mesure lui aurait été profitable ;

* elle n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir ni rupture d'égalité dès lors que la circonstance que sa collègue ne se soit pas vu retirer son agrément est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, alors que c'est bien le comportement de l'intéressée depuis 2018 qui a justifié le retrait de son agrément, notamment son incapacité à travailler en équipe.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 mars 2023 sous le numéro 2303400 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mars 2023 à 15 heures :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,

- les observations de Me Mpiga Voua Ofounda, avocate de Mme B;

- et les observations de Me Cavalier, substituant Me Buffet, représentant le département de Maine-et-Loire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Le département de Maine-et-Loire a produit le 22 mars 2023, après la clôture de l'instruction, une note en délibéré qui n'a pas été communiquée.

Mme B a produit, le 24 mars 2023, une note en délibéré qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, assistante maternelle agréé depuis 2018, exerce, depuis le 1er septembre 2020, au sein de la maison d'assistants maternels " Les minouches " à Angers. Par une décision du 31 janvier 2019, le département de Maine-et-Loire a suspendu son agrément pour une durée de quatre mois. Dans le cadre d'une enquête administrative diligentée par le département, Mme B a été convoquée, le 18 janvier 2023, à la commission consultative paritaire départementale, laquelle a rendu un avis favorable au retrait de son agrément. Par une décision du 7 février 2023, dont l'intéressée demande la suspension de l'exécution au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, le département de Maine-et-Loire a procédé au retrait de son agrément.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Et aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau () ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Mme B a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 en portant application, de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Aucun des moyens soulevés par Mme B, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, que les conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge solidaire du département de Maine-et-Loire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

8. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme que demande le département de Maine-et-Loire au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par le département de Maine-et-Loire sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au département de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 27 mars 2023

La juge des référés,

M. C

Le greffier,

J-F. MerceronLa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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