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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303554

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303554

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 mars 2023, le 3 avril 2023 et le 25 août 2023, M. G F, M. H E, Mme C E et Mme D F, représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 8 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran refusant un visa d'entrée et de séjour pour M. H E, Mme C E et Mme D F, en qualité de membres de famille de réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Guilbaud, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle se fonde sur le motif tiré de ce que les demandeurs de visas n'entraient pas dans le champ de la réunification ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que la demande de réunification partielle n'est pas contraire au principe d'unité familiale puisque l'enfant Seyman F a été confié depuis sa naissance à son oncle et à sa tante et n'est donc pas constitutif d'un motif d'ordre public ;

- le motif tiré de ce que la procédure de réunification familiale n'a pas été faite dans un délai raisonnable est entaché d'erreur de droit ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision attaquée doit être fondée sur le non-respect d'un délai raisonnable pour solliciter la procédure de regroupement familial et que le réunifiant ne justifie pas de liens familiaux stables et établies avec les demandeurs de visas ;

- les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,

- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public,

- les observations de Me Guilbaud, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. G F, ressortissant afghan, né le 21 août 2000, s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié le 31 octobre 2018, par une décision du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il est issue d'une fratrie de sept enfants. Il a sollicité la procédure de réunification familiale à l'égard de ses parents, M. H E, Mme C E et de l'une de ses sœurs, Mme D F, née le 22 avril 2004. Le 25 novembre 2021, ils ont sollicité auprès de l'ambassade de France à Téhéran des visas de long séjour en qualité de membres de famille de réfugié, demandes qui ont été rejetées par l'autorité consulaire française. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision du 8 mars 2023, dont les requérants demandent l'annulation, rejeté le recours formé contre ces décisions.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée, d'une part sur le motif tiré de ce qu'aucune demande de visa n'a été déposée pour l'enfant B F, méconnaissant ainsi le principe d'unité familiale, et d'autre part, que la procédure de réunification familiale n'a pas été faite dans un délai raisonnable.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite.".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux membres de la famille d'un réfugié en vertu des dispositions de l'article L. 561-4-2 du même code, citées au point 2 : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Il résulte de ces dispositions que la réunification doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'une réunification partielle ne peut être autorisée à titre dérogatoire que si l'intérêt des enfants le justifie.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'aucune demande de visa de long séjour n'a été faite pour l'enfant B F au titre de la procédure de réunification familiale. Le requérant justifie cette demande de réunification partielle au motif que le jeune B F a été recueilli depuis sa naissance par son oncle, M. J A E. Il verse au débat une attestation sur l'honneur de M. A dans laquelle il indique s'occuper de l'enfant B F depuis sa naissance ainsi qu'un certificat de scolarité indiquant que le père du jeune B est M. A. En outre, l'intérêt de la jeune D, mineure à la charge de ses parents à la date de la demande de visa, justifiait son départ d'Afghanistan avec ceux-ci. Ces circonstances, dans les conditions très particulières de l'espèce, constituaient des motifs tenant à l'intérêt des enfants, de nature à justifier une réunification partielle de la famille des requérants.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F a obtenu la qualité de réfugié par une décision du 31 octobre 2018 et qu'à cette date, les ressortissants afghans rencontraient de grandes difficultés d'accès à l'administration française en vue de formaliser des demandes de visas, ce qui justifie que les demandes de visa n'ont pu être déposées avant le 25 novembre 2021. En tout état de cause et dans les circonstances très particulières de l'espèce, il convient de considérer que le délai pour introduire les demandes de visa était raisonnable.

7. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. F est fondé à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité, au profit de M. H E, Mme C E et Mme I dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. En l'absence de demande d'aide juridictionnelle présentée par les requérants, leur conseil ne peut utilement se prévaloir des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 8 mars 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G F, M. H E, Mme C E, Mme D F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Ravaut, conseiller,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La rapporteure,

A. FESSARD

La présidente,

H. DOUET

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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