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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303561

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303561

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) d'admettre provisoirement Mme B épouse C au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger rejetant la demande de visa d'entrée et de séjour dit de " retour " ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée ou s'il n'y est que partiellement fait droit, à son profit en application des dispositions de ce dernier article.

Elle soutient que :

- il appartiendra au ministre de l'intérieur de démontrer que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est bien réunie et qu'elle était régulièrement composée ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée en ce que la Cour administrative d'appel de Nancy a enjoint au préfet du Bas-Rhin de délivrer un certificat de résidence mention vie privée et familiale d'une durée d'un an ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B épouse C ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,

- les observations de Me Le Floch, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante algérienne, née le 19 novembre 1945, demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née le 23 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire Française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 23 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B épouse C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que Mme B épouse C soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ne résulte pas des dispositions des articles D. 211-5 et D. 211-9 (repris aux articles D. 312-3 et D. 312-7) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'aucune autre disposition de ce code ou d'un autre texte, que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est tenue de se réunir pour statuer par décision expresse sur un recours formé devant elle.

4. En vertu des dispositions des articles L. 231-1 et L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France pendant deux mois vaut décision de rejet du recours dont elle est saisie.

5. Si la requérante soutient qu'aucun élément ne permet de démontrer que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est effectivement réunie pour examiner son recours en étant composée conformément aux dispositions prévues par les dispositions de l'article D. 211-7 (repris à l'article D. 312-5) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du second alinéa de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, un tel moyen ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une décision implicite.

6. En deuxième lieu, si la demanderesse a été avertie par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa litigieuse comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité diplomatique française à Alger, à savoir le motif tiré de ce que la demandeuse ne justifie pas d'un droit au séjour. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit en visant notamment les dispositions de l''article L. 312-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 411-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () une carte de résident est valable 10 ans ". Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour ". Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 () ". L'article L. 312-5 du même code précise que : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour ou du document de circulation délivré aux mineurs en application de l'article L. 414-4 sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage ". Enfin, aux termes de l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ".

8. Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions l'étranger qui, bien qu'ayant égaré son titre de séjour, produit des pièces établissant la validité de ce titre. En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.

9. Par un arrêt du 1er décembre 2020, la cour administrative d'appel de Nancy a enjoint au préfet du Bas-Rhin de délivrer à Mme B épouse C un certificat de résidence d'un an, dans un délai d'un mois. Si la requérante se prévaut de la méconnaissance de la chose jugée, les conditions prévues à l'article 1355 du code civil tenant à l'identité des personnes, de l'objet et de la cause du litige ne sont pas réunies. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Mme C ne conteste pas, par les moyens soulevés, le motif de la décision attaquée, tiré de son absence de droit au séjour à la date de la décision attaquée. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que la requérante rendue en Algérie en 2019 alors qu'elle disposait d'un simple récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, lequel était expiré depuis le 17 octobre 2017 et a sollicité un visa de long séjour dit de retour le 25 août 2022. Si elle soutient que la fermeture des frontières en conséquence de l'épidémie de coronavirus l'a empêchée de rentrer en France, elle ne justifie d'aucune démarche intentée pour retourner en France avant le 25 août 2022, soit postérieurement à l'expiration de son titre de séjour. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas davantage de la saisine, durant son séjour en Algérie, des autorités préfectorales, en vue de solliciter l'exécution de l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Nancy qui enjoignait au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un certificat de résidence algérienne d'un an. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme C au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la commission a rejeté le recours de l'intéressée.

11. En dernier lieu, si la requérante se prévaut de circonstances exceptionnelles liées à sa situation, à son âge et à son état de santé, elle ne verse au débat aucun élément permettant d'apprécier réellement sa situation. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B épouse C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de Mme B épouse C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Ravaut, conseiller,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

A. FESSARD

La présidente,

H. DOUET

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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