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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303574

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303574

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303574
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCHAUVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2023, Mme A E B, représentée par Me Chauvière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de sa situation administrative, et ce dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence du signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence du signataire ;

- l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de la décision portant fixant le pays de renvoi ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire de défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Benoist a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tchadienne, née le 1er janvier 1995, entrée en France le 11 septembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour " étudiant ", a bénéficié d'une carte de séjour en qualité d'étudiant renouvelée jusqu'au 6 décembre 2022. Par un arrêté du 9 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 9 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté du 19 septembre 2022 a été signé par Mme C D, cheffe du bureau du séjour, qui bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Loire-Atlantique en date du 30 janvier 2023, publiée le même jour au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. La décision portant refus de renouvellement de titre de séjour vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et fait également état d'éléments concernant la situation personnelle de Mme B. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait et ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est inscrite en première année de licence d'économie et gestion à l'université d'Angers au titre des années universitaires 2019/2020 et a été ajournée. Il en ressort également qu'elle s'est réinscrite au titre des années 2020/2021 et 2021/2022 et a été ajournée avec une moyenne respective de 2,72/20 et 6,14/20. Elle s'est ensuite réorientée au titre de l'année 2022/2023 pour s'inscrire en formation d'" assistante de vie aux familles ". Si la requérante soutient qu'elle souffre d'un état dépressif et d'une forme d'anémie ayant une incidence sur ses études, les certificats médicaux qu'elle produit, postérieurs à la décision attaquée mais faisant état d'une situation de fait antérieure, ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l'ampleur de l'incidence de son état de santé sur ses études. Par suite, le moyen selon lequel la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui garantit le droit au respect de la vie familiale, est inopérant à l'encontre d'une décision de refus de renouveler une carte de séjour portant la mention " étudiant ". Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, si Mme B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis quatre années, de la présence de sa demi-sœur de nationalité française et d'un cousin en situation régulière, de son état de santé ainsi que de son implication au sein de l'association des stagiaires et étudiants tchadiens aux Pays de la Loire, ces éléments, lesquels sont, au demeurant, corroborés de peu de pièces justificatives, ne peuvent suffire à établir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour n'étant pas établie eu égard à ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, Mme B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, la requérante ne peut se prévaloir utilement de ces dispositions à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et, d'autre part, si elle entend soulever ce moyen à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique son admission au titre de ces dispositions. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés.

13. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

14. Mme B ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Au demeurant, à supposer ces moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi, Mme B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait personnellement exposée à des risques pour sa vie ou sa liberté en cas de retour au Tchad. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Par suite, ce moyen doit être écarté.

17. En second lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de ces décisions, invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E B, à Me Chauvière et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

L.-L. BENOIST

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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