vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2303599 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | GAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, M. D E, représenté par Me Gay, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2022 par laquelle l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo a refusé de délivrer aux enfants J E B et H E F des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 25 novembre 2022, contre les décisions de refus de visas opposées aux enfants J E B et H E F ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer les demandes de visas ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Gay au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision consulaire est entachée d'un vice d'incompétence ;
- les décisions sont entachées d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, depuis le décès de la mère de ses enfants, il est le seul détenteur de l'autorité parentale sur eux, et que les actes de naissance des deux enfants permettent d'établir leur identité et leur filiation ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute pour la commission d'avoir enregistré un recours contre les décisions de refus de visa litigieuses ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par décision du 28 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. D E au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 %.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Une note en délibéré présentée pour le requérant a été enregistrée le 12 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant de République démocratique du Congo né en 1964, reconnu réfugié en France en 2012, demande au tribunal d'annuler la décision du 23 septembre 2022 de l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo refusant de délivrer aux enfants J E B et H E F, nés en 2008 et 2009 des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale, et d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre ces refus de visa.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer :
2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ".
3. Le requérant soutient avoir présenté un recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France contre les deux décisions diplomatiques et joint à ses écritures la copie d'un avis de réception postal d'une lettre recommandée sur lequel il apparaît comme l'expéditeur du courrier auquel l'avis de réception postal est renvoyé, et la commission de recours comme la destinataire du courrier. Le cachet de la sous-direction des visas est apposé sur l'avis de réception avec la date du 25 novembre 2022 et la mention " arrivée ". La commission doit donc être regardée comme ayant bien enregistré le recours de M. E. Le silence gardé par cette commission pendant les deux mois suivant la réception de ce recours a fait naître une décision implicite de rejet du recours. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'absence d'exercice du recours administratif préalable obligatoire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission s'est substituée à la décision de l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo. Les conclusions de la requête doivent donc être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de recours. Il s'ensuit que le moyen de la requête tiré de l'incompétence du signataire de la décision diplomatique, sans incidence sur la légalité de la décision de la commission, doit être écarté comme inopérant.
5. La commission doit être regardée comme ayant fondé sa décision sur les mêmes motifs que ceux opposés par l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo, à savoir les trois motifs tirés, en premier lieu de ce que " les documents produits lors du dépôt de la demande de visa ne permettent pas de justifier que le lien de filiation n'est établi qu'à l'égard de la personne [réunifiante] ou que l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux, ou que [les demandeurs] auraient été confiés à la personne [réunifiante] au titre de l'autorité parentale en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère ", en deuxième lieu de ce que les déclarations des demandeurs " conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale ", et en dernier lieu de ce que les actes d'état civil présentés ne sont pas conformes à la législation locale.
6. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code prévoit que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "
7. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
8. Pour justifier de l'identité et de la filiation des demandeurs de visas, le requérant produit deux " actes de naissance " apparaissant comme ayant été établis par l'officier d'état civil de la commune de Kadutu en République démocratique du Congo. Le premier acte apparaît dressé le 27 mai 2008 et indique que l'enfant E B J est né le 4 mai 2008 de l'union de M. E K D et de Mme G. Le second acte apparaît dressé le 8 mai 2009 et indique que l'enfant E F H est né le 19 avril 2009 et qu'il est issu de la même union. Ainsi que le relève le ministre en défense, des erreurs d'écriture dactylographiées apparaissent de façon répétée dans les deux actes, à savoir les mentions " lecture de l'acte a été faire ", " traduction de l'acte a acte faite en français ", " en foi de quoi avons dressé la pressente acte ". Il ressort par ailleurs d'une note du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 février 2022 que M. E a déclaré à cette administration être le père des enfants " C E B " et " I E F ". A ces conditions, eu égard à la présentation générale des actes et aux différences de prénoms apparaissant entre les documents produits pour justifier de l'état civil des deux enfants et les déclarations faites par M. E, et en l'absence d'explications sur ce point, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'administration a considéré ces actes comme étant dépourvus de caractère probant et insusceptibles d'établir l'identité et la filiation des deux enfants.
9. Il résulte de l'instruction que ce motif justifiait à lui seul la décision de rejet du recours formé contre les deux décisions de refus de visas devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
10. Le requérant ne justifiant pas suffisamment de l'identité et de la filiation des deux demandeurs de visas, les moyens de la requête tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant le recours formé contre les décisions de refus de visas.
Sur les conclusions accessoires :
12. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026