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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303632

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303632

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303632
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2023, M. C D A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2023 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour les prive de base légale ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien né le 6 mai 1989, entré en France le 18 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant, s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", puis un titre de séjour portant la mention " étudiant en recherche d'emploi ou souhaitant créer une entreprise " valable jusqu'au 9 novembre 2022. Le 28 juillet 2022, il a sollicité du préfet de la Vendée la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 2 février 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Vendée a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur le moyen commun aux décision attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé pour le préfet par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée. Par un arrêté du 8 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 11 avril 2022, le préfet de la Vendée a donné à Mme B délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions, notamment ceux relatifs au séjour et à l'éloignement des étrangers, pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux manque en fait.

Sur les autres moyens de la requête :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué fait mention des motifs utiles de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette mesure doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". L'article L. 421-2 du même code dispose : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié" et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies./ () Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4. ". Enfin, aux termes de l'article L. 422-11 de ce code: " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" est délivrée en application du 7° de l'article L. 422-10, son titulaire est autorisé, pendant la durée de validité de cette carte, à chercher et à exercer un emploi en relation avec sa formation ou ses recherches () / A l'issue de cette période d'un an, l'intéressé pourvu d'un emploi ou d'une promesse d'embauche satisfaisant aux conditions énoncées au 1° de l'article L. 422-10 se voit délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" () sans que lui soit opposable la situation de l'emploi. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, après avoir été admis à suivre des études supérieures en France, a été mis en possession, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, d'un titre de séjour portant la mention " étudiant en recherche d'emploi ou souhaitant créer une entreprise " valable jusqu'au 9 novembre 2022. Il lui appartenait donc, en application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux fins d'obtenir un titre portant la mention " salarié ", de justifier d'un emploi ou d'une promesse d'embauche en relation avec ses études universitaires. Toutefois, le recrutement dont se prévaut M. A, qui invoque l'obtention d'un contrat de professionnalisation à durée indéterminée auprès l'entreprise ELIS, porte sur un poste d'opérateur de production débutant alors que l'intéressé est titulaire d'un master de sciences, technologiques, santé, mention génie civil. C'est donc sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Vendée, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. A, s'est fondé sur l'absence de lien entre la formation et l'emploi envisagé.

6. Cependant, il ressort de la demande de titre de séjour de M. A que l'intéressé s'est prévalu d'une réorientation professionnelle et devait être regardé comme sollicitant, ainsi qu'il en avait la faculté, son admission au séjour au titre des dispositions de portée générale de l'article L. 421-1 du code précité. Or, le motif mentionné au point 5, sur lequel s'est fondé le préfet pour refuser à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié ", n'est pas de nature à justifier légalement ce refus.

7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Dans son mémoire en défense, le préfet de la Vendée fait valoir que la décision en litige pouvait être légalement fondée sur un autre motif, tiré de l'absence de justification par M. A d'une autorisation de travail. Il doit ainsi être regardé comme formulant une demande de substitution de motifs. Une telle substitution n'est pas en l'espèce de nature à priver le requérant d'une garantie. M. A ne justifiant d'aucune autorisation de travail, alors que celle-ci est requise par les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de substituer le motif invoqué par le préfet, qui n'est entaché ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, à celui, énoncé dans l'arrêté contesté, qui est entaché d'erreur de droit. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus d'admission au séjour de M. A doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le séjour en France de M. A, célibataire et sans charges de famille, repose sur son projet d'y suivre des études supérieures. Si l'intéressé se prévaut de ce qu'il a occupé divers emplois depuis son entrée en France en 2019 et qu'il justifie d'une promesse d'embauche, il ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle particulière. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, en faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, le préfet de la Vendée n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a prescrit cette mesure d'éloignement. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commis le préfet dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, M. A n'est pas fondé, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus, à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

12. En second lieu, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le président-rapporteur,

C. CANTIÉ

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

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