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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303635

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303635

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantMBA-N.KAMAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 mars 2023 et 6 avril 2023, M. A F A, M. D A et M. B A, représentés par Me Mba-N. Kamagne, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler les décisions du 24 octobre 2022 par lesquelles l'autorité consulaire française en Côte-d'Ivoire a refusé de leur délivrer des visas de long séjour en qualité d'enfants étrangers d'un ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au consul de France en Côte-d'Ivoire de leur délivrer des visas d'entrée en France sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les décisions sont entachées d'erreur d'appréciation dès lors que les actes d'état civil sont authentiques et permettent de prouver leur identité et leur filiation ;

- le motif lié à l'objet et aux conditions de séjour en France est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 5 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 juillet 2023.

Un mémoire en défense présenté par le ministre de l'intérieur et des outre-mer a été enregistré le 17 janvier 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A et M. B A, ressortissants ivoiriens nés en 2001 et 2003, demandent au tribunal d'annuler les décisions du 24 octobre 2022 par lesquelles l'autorité consulaire française en Côte-d'Ivoire a refusé de leur délivrer des visas de long séjour en qualité d'enfants étrangers d'un ressortissant français.

2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en raison des pouvoirs ainsi conférés à la commission, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent à celles des autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite les conclusions aux fins d'annulation dirigées, non contre la décision de la commission, mais contre les décisions initiales de refus prises par une autorité consulaire française, sont irrecevables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les requérants ont contesté les décisions de refus de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte-d'Ivoire) devant la commission de recours qui a accusé réception de leur recours le 23 novembre 2022 et de la régularisation de ce recours le 16 janvier 2023, et dont le silence a fait naître une décision implicite de rejet qui s'est substituée aux décisions de l'autorité consulaire. Les conclusions à fin d'annulation doivent donc être regardées comme dirigées contre cette dernière décision.

4. La commission doit être regardée comme s'étant approprié les motifs des décisions consulaires, à savoir, pour chaque décision de refus de visa, les motifs tirés d'une part de ce que " certaines données du document d'état civil présenté en vue d'établir la filiation remettent en cause son caractère authentique ", et d'autre part de ce que " les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables ".

5. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; () ".

6. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

7. Pour justifier de leur identité et de leur filiation avec M. A F A, de nationalité française, les requérants versent au dossier des " copies intégrales du registre des actes de l'état civil de la commune de Tiebissou " se présentant comme des copies conformes d'actes dressés le 31 décembre 2010 et le 16 décembre 2011, indiquant procéder à la transcription de jugements supplétifs rendus par le tribunal de première instance de Bouaké en Côte-d'Ivoire le 10 septembre 2010 et le 23 août 2011, d'après lesquels M. D A serait né le 14 avril 2001 de l'union de M. A F A et Mme C A, et M. B A serait né le 14 avril 2003 de l'union de M. A F A et Mme E. Les requérants ne produisent toutefois aucune copie des deux jugements supplétifs d'acte de naissance. Il ressort par ailleurs de la lecture des deux actes que les mentions concernant la date et le lieu de naissance des parents ne sont pas complétées. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'administration a considéré que les actes de naissance présentés par les deux demandeurs ne permettaient pas d'établir leur identité et leur filiation avec M. A F A.

8. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce motif, qui justifiait à lui-seul le rejet du recours formé contre les deux décisions de refus de visas.

9. Enfin, les requérants ne démontrant pas leur filiation avec M. A F A, les décisions leur refusant la délivrance de visas d'entrée en France ne peuvent être regardées comme portant une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les deux décisions de refus de visas opposées à M. D A et M. B A. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également les conclusions de leur requête tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte et leurs conclusions relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A F A, M. D A et M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F A, M. D A et M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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