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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303774

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303774

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantNGUIYAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Nguiyan, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de jeune au pair, a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'oppose à sa demande aucun des motifs figurant dans l'instruction du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du Parlement Européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle remplit l'ensemble des conditions auxquelles la délivrance du visa sollicité est subordonnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 4 mars 2019 relatif aux modalités de séjour des jeunes au pair prévues par l'article L. 313-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 janvier 2024 :

- le rapport de M. Tavernier, rapporteur,

- les conclusions de M. Barès, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de jeune au pair auprès de l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc), laquelle a rejeté sa demande. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision du 20 avril 2023 dont la requérante doit être regardée comme demandant l'annulation au tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation France :

2. Si un ressortissant d'un pays tiers peut être admis en France et y séjourner pour y effectuer un séjour en qualité de jeune au pair, en vue notamment d'améliorer ses compétences linguistiques et sa connaissance de la France en échange de petits travaux ménagers et de la garde d'enfants, sous couvert d'un visa de long séjour délivré, en l'absence de dispositions spécifiques relatives à la délivrance d'un tel visa, dans les mêmes conditions que celles prévues par les articles L. 426-22 et R. 426-13 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour " jeune au pair " en se fondant sur le risque de détournement de l'objet du visa sollicité, lorsque la finalité réelle du séjour du ressortissant étranger en France ne correspond manifestement pas au motif indiqué dans la demande.

3. La décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de ce que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour ne sont pas fiables et de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa sollicité à d'autres fins, dès lors, d'une part, que la requérante avait justifié lors d'une précédente demande de visa d'un niveau C1 en langue française et, d'autre part, que l'intéressée, âgée de vingt-quatre ans, célibataire, ne justifiant d'aucune formation ou d'exercice d'une activité professionnelle depuis son baccalauréat en 2018, a déjà fait l'objet de quatre précédents refus de visas de long séjour pour études.

4. Il ressort de la convention conclue entre la requérante et la famille d'accueil que Mme B a été embauchée en vue de réaliser des " travaux ménagers liés à la vie quotidienne d'enfants de plus de trois ans ", à raison de vingt-cinq heures par semaine et qu'elle percevra à ce titre, une rémunération d'un montant de 330 euros par mois. Il ressort également de cette même convention que l'intéressée sera accueillie au domicile de sa famille d'accueil, laquelle compte deux enfants, et disposera d'une chambre individuelle meublée d'une surface de onze mètres carrés. Mme B établit, en outre, s'être inscrite en qualité d'étudiante au pair au sein de l'institut international langues et affaires, afin d'y suivre un programme de cent heures en " français et culture française ". La circonstance que l'intéressée aurait, lors d'une précédente demande de visa, justifié d'un niveau C1 en français, n'est pas de nature à remettre en cause la finalité du séjour envisagé par Mme B, dont la demande est également motivée par le souhait d'améliorer sa connaissance de la France, objectif corroboré par le choix de la formation concernée, la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de jeune au pair n'étant au demeurant pas subordonnée au suivi d'études. A cet égard, le ministre ne saurait utilement formuler de critiques, au demeurant non fondées au regard des pièces du dossier, à l'endroit de ladite inscription. Enfin, la circonstance que M. E D et Mme C F, signataires de la convention conclue avec la requérante, se sont respectivement déclarés " agent de nettoyage " et " femme au foyer " ne permet pas davantage de remettre en cause la finalité du séjour envisagé par la requérante, dont l'âge, la situation personnelle et familiale et la circonstance qu'elle s'est vu refuser à quatre reprises la délivrance de visas de long séjour pour études, ne sont pas de nature à infléchir cette analyse. Il suit de là qu'en se fondant sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'objet et les conditions du séjour envisagé par la requérante ne sont pas fiables et, d'autre part, de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa, la commission de recours a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à Mme B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de faire délivrer à l'intéressée le visa sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 20 avril 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

Mme Glize, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIERLa greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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