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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303925

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303925

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantMOUBERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2023, Mme B A, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de l'enfant Joséphine II Mamno, représentée par Me Mouberi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 13 décembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'ambassade de France au Cameroun du 2 août 2022, refusant de délivrer un visa de long séjour en qualité d'enfant de ressortissante française à l'enfant Joséphine II Mamno, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ainsi que la décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'identité de Joséphine II Mamno et le lien de filiation les unissant sont établis par les documents d'état civil produits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Glize a été entendu au cours de l'audience publique du 29 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Une demande de visa de long séjour en qualité d'enfant de ressortissante française a été déposée auprès de l'ambassade de France au Cameroun au profit de l'enfant Joséphine II Mamno, ressortissante camerounaise, afin de rejoindre sa mère, Mme A, ressortissante française. L'autorité consulaire a rejeté cette demande par une décision du 2 août 2022. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire, formé contre cette décision de refus, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité par une décision née le 13 décembre 2022 laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée à la décision consulaire. La requérante doit donc être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette seule décision implicite de rejet.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Le ministre de l'intérieur, à qui incombe la charge de la preuve, n'établit pas la date à laquelle le courrier d'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire formé par la requérante, adressé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait été notifié à cette dernière. Dès lors, la date à laquelle la requérante aurait eu connaissance du délai de naissance d'une décision implicite de rejet n'étant pas établie, la requête enregistrée le 18 mars 2023 ne saurait être considérée comme tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Les autorités diplomatiques ou consulaires chargées de l'examen des demandes de visa ne peuvent refuser la délivrance d'un visa de long séjour au descendant de moins de vingt-et-un ans d'un ressortissant français que pour un motif d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation allégué ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.

4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. Il ressort de l'accusé de réception du recours par la commission que la décision attaquée doit être regardée comme fondée sur le même motif que le refus consulaire, à savoir d'une part, l'absence de preuve de la filiation entre l'enfant et la ressortissante française et d'autre part, de ce que le document d'état civil présenté en vue d'établir la filiation ne serait pas conforme au droit local.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a acquis la nationalité française par décret de naturalisation du 30 avril 2021. Pour justifier de l'identité de la demandeuse de visa, la requérante produit l'acte de naissance n° 68/2010, dressé le 27 mai 2010 par le centre d'état civil de Katsela (Cameroun) et qui mentionne des nom, prénoms, date et lieu de naissance qui coïncident avec l'attestation d'existence de souche d'acte de naissance établie le 13 septembre 2022 et le passeport de la demandeuse. Par ailleurs, cet acte de naissance indique que la demandeuse est la fille de Mme B A. Si le ministre fait valoir que le document d'état civil produit par la requérante ne serait pas conforme au droit civil camerounais, il ne produit, en tout état de cause, pas les dispositions du texte dont il se prévaut. Dans ces conditions, l'identité de Joséphine II Mamno et son lien de filiation avec Mme A doivent être considérés comme établis. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à Joséphine II Mamno. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 13 décembre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Joséphine II Mamno le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

Mme Glize, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

La rapporteure,

J. GLIZE

La présidente,

M. LE BARBIERLa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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