vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2303951 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 4ème chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 14 mars 2023 sous le numéro 2303942, M. C, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai et lui a prescrit de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi :
- il n'est pas établi que les décisions aient été signées par une autorité compétente ;
- les décisions ne sont pas suffisamment motivées ;
- les décisions méconnaissent les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision l'astreignant à se présenter à la gendarmerie pour indiquer ses diligences dans la préparation de son départ :
- l'obligation de se présenter aux services de police méconnaît l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
II. Par une requête enregistrée le 14 mars 2023 sous le numéro 2303951, Mme C, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai et lui a prescrit de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soulève les mêmes moyens que M. C à l'appui de sa requête n° 2303942.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
M. C et Mme C ont été admis à l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 7 septembre 2023.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Allio-Rousseau, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Allio-Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2303942 et 2303951 de M. D C et de Mme B C sont dirigées contre des arrêtés identiques pris simultanément à l'égard des membres d'une même famille et elles présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
2. M. et Mme C, ressortissants albanais nés respectivement le 7 juillet 1989 et le 2 octobre 1995, sont entrés en France, selon leurs déclarations, le 14 août 2022. Leurs demandes d'asile qu'ils avaient présentées ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 décembre 2022, qui ont été confirmées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 2 mai 2023 et du 28 avril 2023. Par les arrêtés du 1er mars 2023 dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Vendée leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office et leur a prescrit de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte. M. et Mme C ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, leurs demandes d'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.
3. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée, à laquelle le préfet a, par un arrêté du 8 avril 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 50 le 11 avril suivant, donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière de droit au séjour et d'éloignement des étrangers prises dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces arrêtés manque en fait.
4. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a décidé de faire obligation à M. et Mme C de quitter le territoire français, ce dont résulte que ces décisions sont régulièrement motivées. Ces arrêtés, qui visent notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constatent que les intéressés sont de nationalité albanaise et qu'il leur est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que les décisions fixant le pays de destination sont, de ce seul fait, régulièrement motivées.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont entrés le 14 août 2022 avec leurs enfants mineurs, nés le 27 janvier 2016 et le 29 décembre 2020, sur le territoire français et que leur séjour sur ce territoire est très récent. En produisant deux attestations de leurs voisins et de la scolarisation de leur fille âgée de six ans en France depuis le mois de septembre 2022, ils ne justifient pas de l'existence d'un lien familial ou d'une intégration particulière en France. Eu égard à la durée et aux conditions du séjour des intéressés en France, comme de la nature et de la portée d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Vendée, en faisant obligation à M. et Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et en fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office, n'a pas porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises ces décisions.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
8. Au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les requérants se bornent à renvoyer aux éléments dont ils se sont prévalus à l'appui de leur demande d'asile. Ces dernières ont, toutefois, été rejetées, comme mal fondées, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. En particulier, le caractère contrarié de leur union et les menaces et violences subies de la part de leurs familles ainsi que les discriminations et persécutions dont ils auraient été victimes ainsi que leurs filles à A en raison de leur appartenance à la communauté égyptienne n'ont pas été établis. Les copies d'écran produites dans la présente instance dont l'origine est inconnue et la photographie non datée de l'une de leur fille avec une contusion au nez ne sont pas de nature à établir que la vie ou la liberté des requérants seraient menacées en Albanie, ni qu'ils seraient effectivement exposés dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".
10. L'obligation de présentation à laquelle un étranger est susceptible d'être astreint sur le fondement du premier alinéa de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tend à assurer que l'étranger accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui est imparti et, à ce titre, concourt à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français lorsqu'elle est assortie d'un délai de départ volontaire. Dès lors, il résulte des dispositions de cet article L. 721-7, lues à la lumière du 3 de l'article 7 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier selon lequel " Certaines obligations visant à éviter le risque de fuite, comme les obligations de se présenter régulièrement aux autorités, de déposer une garantie financière adéquate, de remettre des documents ou de demeurer en un lieu déterminé, peuvent être imposées pendant le délai de départ volontaire ", qu'à l'instar de l'obligation de résidence prévue à l'article L. 721-6 , la décision imposant une obligation de présentation est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. Aucune règle n'impose à l'auteur d'une telle décision d'indiquer pour quelle durée cette obligation est imposée. Il en résulte que, sauf à ce que l'auteur d'une telle décision ait entendu ne l'imposer que pour une durée inférieure à celle du délai de départ volontaire auquel cas il lui appartiendrait nécessairement d'en faire état, et sans préjudice à défaut de la simple faculté pour lui de rappeler que cette obligation est prescrite pendant la durée du délai de départ volontaire, une telle obligation s'impose pendant la durée du délai de départ volontaire imparti à l'étranger pour quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'obligation de cette nature imposée à M. et Mme C serait illégale, faute pour l'arrêté attaqué de préciser la durée de cette obligation, doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme C à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. C et de Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à Mme B C, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Vendée.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.
La magistrate désignée,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2303942, 2303951
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026