vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2303956 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LEUDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mars 2023 et le 7 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Leudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros à Me Leudet en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle est entachée de vices de procédures : l'existence de l'avis rendu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas établie ; il n'est pas démontré que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII, ni que l'avis a été pris à l'issue d'une délibération collégiale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 429-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions et de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'OFII, de leurs missions prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale, dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis 2014 et qu'une absence d'appareillage entraînerait pour lui une surdité profonde, dont résulterait un isolement social certain ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle est entachée de vices de procédures ;
- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de la décision fixant le pays de destination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Allio-Rousseau,
- et les observations de Me Leudet, représentant M. B, en présence de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 28 octobre 1995, déclarant être entré en France au cours du mois d'avril 2014, a sollicité le bénéfice de la qualité de réfugié, qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 mai 2014, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 mai 2015. M. B a ensuite demandé au préfet de la Loire-Atlantique son admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par une décision du 11 juillet 2018 portant également obligation de quitter le territoire français. M. B a enfin sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 27 juillet 2022, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'il peut voyager sans risque. Le préfet a par ailleurs relevé qu'il n'est pas établi, en tout état de cause, que le requérant ne puisse pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié.
3. M. B est entré en France en 2014 et y a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 19 mai 2015. Il ressort des pièces du dossier que depuis son entrée, M. B a résidé en France de façon continue. Par ailleurs, il ressort des documents médicaux produits à l'appui de sa demande de titre de séjour que M. B souffre d'une surdité bilatérale de transmission, qualifiée de profonde dans le rapport médical destiné au collège des médecins de l'OFII, nécessitant la mise en place d'un appareillage, et pour laquelle il est suivi dans un service d'ORL du centre hospitalier universitaire de Nantes. En outre, M. B souffre d'anxiété et de troubles du sommeil au titre desquels du Xanax, du Tercian et du Zopiclone lui ont été prescrits. Il ressort du certificat médical du 29 août 2022, qui s'il a été établi plus d'un mois après l'édiction de la décision attaquée, fait état de circonstances de fait existant à la date de l'arrêté préfectoral, que " l'absence d'appareillage peut amener des difficultés de communication, un isolement et un handicap dans la vie de tous les jours " et que " l'absence de suivi et de traitement de ses troubles anxieux pourrait être source d'une dépression plus sévère avec risque de suicide ou des troubles de l'attention avec troubles mnésiques ". Dans ces conditions, M. B, qui est en France depuis 9 ans à la date de la décision attaquée, souffre d'une altération significative de son ouïe, dont le caractère grave et invalidant est démontré, qui le place dans l'incapacité de comprendre et de se faire comprendre, entrainant ainsi un isolement social certain ayant des répercussions évidentes sur sa santé mentale ainsi que sur sa vie privée et familiale. Par suite, compte tenu de la durée de son séjour en France, de la gravité et de la nature des pathologies dont souffre le requérant, l'arrêt de prise en charge médicale serait de nature à entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, alors même qu'il n'est pas établi que le requérant ne peut pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a manifestement mal apprécié les conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ". Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être annulées en conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2022, le présent jugement implique que le préfet de la Loire-Atlantique délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
6. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leudet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 juillet 2022 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Leudet la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leudet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Leudet.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAUL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
M. BARES
La greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026