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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2303961

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2303961

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2303961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 4ème chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2023, M. C A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, moyennant la renonciation de cette avocate à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, s'il n'obtient pas l'aide juridictionnelle, que cette somme soit versée au requérant en application du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire à trente jours :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été prise sans que le préfet de la Vendée n'ait examiné sa situation personnelle ; elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Allio-Rousseau, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Allio-Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté du 14 mars 2023, dont M. C A, ressortissant tunisien né le 11 novembre 1999, demande l'annulation, le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2023. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant à être admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par arrêté du 2 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Vendée a donné délégation à M. B, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de la Vendée, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, avec ou sans délai de retour volontaire, les décisions relatives au pays de renvoi et celles relatives à l'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

4. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en 2016 alors qu'il était déjà âgé de dix-sept ans et qu'il n'a pas déposé de demande de titre de séjour. Il a été interpellé et placé en garde à vue le 13 décembre 2021 pour détention de produits stupéfiants. Il n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 14 décembre 2021 par le préfet de l'Orne. Le 14 mars 2023 il a été interpellé par les forces de l'ordre à l'occasion d'un contrôle dans le cadre de la lutte contre le travail dissimulé. S'il fait état de ce qu'il a en France une compagne avec laquelle il vit depuis le 14 février 2021, laquelle a produit une attestation en ce sens, ses allégations sont contradictoires avec ses déclarations devant les forces de l'ordre lors de ses deux interpellations du 13 décembre 2021 et du 14 mars 2023, au cours desquelles il a déclaré respectivement être célibataire puis résider aux côtés de cette dernière depuis deux mois. Il n'établit pas qu'il aurait tissé d'autres liens personnels en France ni qu'il y aurait de la famille proche à part l'un de ses frères alors que ses parents et les autres membres de sa fratrie résident en Tunisie. Dans ces conditions, quand bien même il n'a pas été pénalement condamné et il aurait travaillé en France, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les moyens dirigés contre les décisions de refus de délai de départ volontaire et d'interdiction de retour pendant une durée de deux ans :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions du 3° de l'article L. 612-2, celles des 1° et 4° de l'article L. 612-3 et celles de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise, d'une part, que M. A n'a pas justifié de son entrée régulière en France et a explicitement fait part de son intention de ne pas exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre, ce qui justifie le risque qu'il se soustraie à cette mesure, d'autre part, les circonstances justifiant l'interdiction de retour sur le territoire français que sont les conditions d'entrée en France et de maintien en situation irrégulière, son absence d'attaches en France, le fait qu'il n'établisse pas être dépourvu d'attaches en Tunisie, enfin que la circonstance qu'il est connu des services de police pour les faits rappelés au point 5. Cet arrêté comporte ainsi l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire et de prendre à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Ces deux décisions sont donc régulièrement motivées.

7. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de la Vendée a examiné la situation individuelle de M. A avant d'édicter les décisions attaquées et ne s'est pas estimé en situation de compétence liée pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de droit doivent être écartés.

8. En troisième lieu, les circonstances que M. A réside depuis six ans en France et y travaillerait depuis son arrivée ne sont pas suffisantes pour établir que le préfet de la Vendée aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions de refus de délai de départ volontaire et d'interdiction de retour qu'il a prises sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par conséquent, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

La magistrate désignée,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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