lundi 19 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304095 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, M. B A, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de M. E A, et Mme C F A, représentés par Me Régent, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 9 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions du 13 décembre 2022 de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant de délivrer à M. E A et à Mme C F A des visas de long séjour en qualité d'enfants d'un ressortissant français ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour elle de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les documents d'état civil sont authentiques et que les éléments de possession d'état produits à l'appui des demandes de visas permettent d'établir le lien de filiation entre les demandeurs de visas et M. A ;
- Mme A est à la charge de son père ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle à ce titre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme André,
- et les observations de Me Régent, avocate des requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 20 février 1966 en Côte d'Ivoire, a obtenu la nationalité française. Des visas de long séjour ont été sollicités en qualité d'enfants d'un ressortissant français pour M. E A et par Mme C F A, nés respectivement les 17 octobre 2005 et 26 septembre 1994, auprès de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire), laquelle n'a pas fait droit à ces demandes le 13 décembre 2022. Par une décision implicite née le 9 mars 2023, dont les consorts A demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les décisions des autorités consulaires portant refus d'une demande de visa doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions. Si la décision consulaire est motivée, l'insuffisance de cette motivation peut être utilement soulevée devant le juge, sans qu'une demande de communication de motifs ait été faite préalablement.
3. Les décisions consulaires visent l'article L. 211-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont fondées sur les motifs tirés de ce que " certaines données du document d'état civil présenté en vue d'établir la filiation remettent en cause son caractère authentique. " et " les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables " et celle portant refus de la demande de Mme A l'étant également sur les circonstances qu'elle est âgée de plus de vingt-et-un ans et qu'elle n'établit pas être à charge de son parent français. Ces décisions et, partant, la décision attaquée, comportent un exposé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne M. E A :
4. S'il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer aux enfants de moins de vingt-et-un ans de ressortissants français les visas qu'ils sollicitent afin de mener une vie familiale normale, elles peuvent toutefois opposer un refus à une telle demande pour des motifs d'ordre public, au titre desquels figurent le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation allégué ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.
5. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit, en conséquence, se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. Pour justifier du lien de filiation entre M. A et M. E A, a été produite une copie intégrale d'un acte de naissance de ce dernier, délivrée par un officier d'état civil de la commune de Yamoussoukro le 29 octobre 2021, précisant qu'il est né le 17 octobre 2005 et qu'il est le fils de M. A, devenu ressortissant français. Si ce document ne comporte pas de cachet électronique, correspondant à un code-barre, mais un timbre avec un cachet standard, le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne démontre pas, par la seule production de l'adresse de la page d'accueil du site de l'Office national de l'état civil et de l'identification de la Côte d'Ivoire, qu'à la date de la décision attaquée, cette copie intégrale d'acte de naissance devait comporter un tel cachet électronique. En outre, les mentions portées sur ladite copie sont concordantes avec celles figurant sur le passeport de l'intéressé. Enfin, la circonstance que les autorités ivoiriennes n'aient pas répondu à la levée d'actes demandée par l'autorité consulaire française à Abidjan n'est pas de nature à établir que cette copie ne serait pas authentique. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en se fondant sur le motif énoncé au point 3 pour rejeter la demande de visa de M. A.
7. Les requérants ne contestent pas le motif de refus opposé par la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France tiré de que les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour sont incomplètes ou ne sont pas fiables. Toutefois, en l'absence de précisions sur ce point, tant par la commission que par le ministre, il résulte de l'instruction que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'aurait pas fondé son rejet sur ce seul motif.
En ce qui concerne Mme C F A :
8. Lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité d'enfant à charge de plus de vingt-et-un ans d'un ressortissant français, l'autorité compétente peut légitimement fonder sa décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son ascendant dès lors qu'il dispose de ressources propres, que le parent de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.
9. Si Mme A, âgée de vingt-huit ans, soutient qu'elle est à la charge de son père, ressortissant français et qu'il a procédé à des transferts d'argent au cours des années 2020 à 2022, elle ne produit aucune pièce sur sa situation actuelle permettant d'établir qu'elle serait dépourvue de ressources propres ou qu'elle poursuivrait, ainsi qu'elle l'indique, des études. Par suite, et alors qu'en outre son père ne serait pas à même de la prendre en charge en France, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de visa de Mme A en se fondant sur le motif tiré de ce qu'elle n'est pas à la charge de son parent français. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait empêché de rendre visite à Mme A en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, et compte-tenu également de son âge et de l'absence de précisions sur sa situation personnelle dans ce pays, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée, en tant qu'elle concerne Mme A, méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'intéressée étant âgée de plus de dix-huit ans, le moyen tiré de la méconnaissance de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant est inopérant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée qu'en tant seulement qu'elle rejette le recours présenté pour le compte de M. D.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Eu égard aux motifs d'annulation, le présent jugement implique qu'il soit procédé à la délivrance d'un visa de long séjour uniquement au profit de M. D dans un délai de deux mois suivant sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Regent, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 9 mars 2023 est annulée, en ce qui concerne M. D.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à M. D un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Regent la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A, à Me Régent, ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvet, présidente,
Mme André, première conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.
La rapporteure,
M. ANDRE
La présidente,
C. CHAUVET
La greffière,
A. VOISIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026