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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304149

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304149

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mars 2023 et 12 janvier 2024, M. D B et Mme C A, représentés par Me Blanc, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 24 janvier 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de délivrer à M. B un visa d'entrée ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa, à défaut, de réexaminer sa demande de visa sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à défaut au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, dès lors qu'il a la qualité de parent d'enfant de français ; il ne lui a pas été demandé de justifier de ses ressources, qui est une des conditions exigées pour délivrer le visa sollicité ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée est fondée sur le risque de détournement de l'objet du visa par le requérant et il ne justifie pas disposer de ressources suffisantes pour financer son séjour.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme André,

- et les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant sénégalais né le 24 février 1985, a sollicité un visa d'entrée auprès de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal), laquelle n'a pas fait droit à sa demande. Par une décision implicite née le 24 janvier 2023, dont M. B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 232-4 du même code précise cependant que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté deux demandes de visas, portant le n° FRA1DK20227065277, le 30 août 2022, puis le 31 août 2022, par lesquelles il a sollicité, s'agissant de la première, un visa de long séjour " parent d'enfant de français ", s'agissant de la seconde un visa de court séjour. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment d'un récépissé de prise d'empreintes, ainsi que d'un reçu de paiement correspondant à un visa Schengen, que la décision attaquée porte refus d'un visa de court séjour. En l'absence d'explications circonstanciées du requérant sur cette situation, et alors que le recours administratif préalable obligatoire a été formé contre cette même décision, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il vient de l'être constaté, que la décision de refus de visa de l'autorité consulaire portait sur une demande de visa de court séjour, le requérant ne peut, en tout état de cause, utilement soutenir que les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui, au demeurant, relèvent du droit au séjour et sont donc inapplicables en l'espèce, ont été méconnues.

5. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B contribuerait de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, ni que ceux-ci ne pourraient lui rendre visite au Sénégal. Dans ces conditions, eu égard au type de visa sollicité, il n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Blanc et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

M. ANDRE

La présidente,

C. CHAUVET

La greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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