lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304246 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | DELAVAY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 23 mars 2023 sous le numéro n° 2304246, M. C A et Mme D A, agissant en leurs noms et en qualité de représentants légaux de l'enfant mineur B A, représentés par Me Delavay, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 24 janvier 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar) du 27 septembre 2022 refusant de délivrer un visa de long séjour à B A au titre de l'adoption, a implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'ayant pas donné suite à leur demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet contestée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit et porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant B A.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l'Europe et des affaires étrangères, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
II. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 22 mai et 18 juin 2023 sous le numéro n° 2307191, M. C A et Mme D A, agissant en leurs noms et en qualité de représentants légaux de l'enfants mineur B A, représentés par Me Delavay, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar) du 27 septembre 2022 refusant de délivrer un visa de long séjour à B A au titre de l'adoption, a refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit et porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant B A, dès lors qu'ils justifient de la transcription du jugement d'adoption, ainsi que de la régularité de cette adoption et aucun motif ne saurait fonder le refus du visa sollicité.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l'Europe et des affaires étrangères, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Le Barbier a été entendu au cours de l'audience publique du 18 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes susvisées n° 2304246 et n°2307191 sont relatives à la même demande de visa de long séjour présentée pour l'enfant B A et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. A, ressortissant français, et Mme A, ressortissante malgache, se sont mariés à Madagascar en mars 2019. Ils ont sollicité la délivrance d'un visa de long séjour au titre de l'adoption pour l'enfant B A auprès de l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar), laquelle a opposé un refus par une décision du 27 septembre 2022. Ils ont formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont le silence de l'administration a fait naître une décision implicite de rejet, dont ils demandent l'annulation au tribunal par une première requête, enregistrée sous le numéro n° 2304246. La commission de recours leur a ultérieurement opposé une décision expresse de refus, datée du 22 mars 2023, dont les requérants demandent l'annulation par une seconde requête, enregistrée sous le numéro 2307191. Cette décision expresse s'étant substituée à la décision implicite de rejet, les requérants doivent être regardés comme sollicitant, par leurs deux requêtes, l'annulation de la seule décision expresse du 22 mars 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 22 mars 2023 s'étant substituée à la décision implicite de rejet née le 24 janvier 2023, les conclusions présentées par les requérants tendant à l'annulation de cette décision sont devenues sans objet, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
4. L'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. Ainsi, dans le cas où un visa d'entrée et de long séjour en France est sollicité en vue de permettre à un enfant de rejoindre un ressortissant français qui a reçu délégation de l'autorité parentale dans les conditions qui viennent d'être indiquées, ce visa ne peut en règle générale, eu égard notamment aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant, être refusé pour un motif tiré de ce que l'intérêt de l'enfant serait au contraire de demeurer auprès de ses parents ou d'autres membres de sa famille. En revanche, et sous réserve de ne pas porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, l'autorité chargée de la délivrance des visas peut se fonder, pour rejeter la demande dont elle est saisie, non seulement sur l'atteinte à l'ordre public qui pourrait résulter de l'accès de l'enfant au territoire national, mais aussi sur le motif tiré de ce que les conditions d'accueil de celui-ci en France seraient, compte tenu notamment des ressources et des conditions de logement du titulaire de l'autorité parentale, contraires à son intérêt ;
5. Il ressort des pièces du dossier qu'après vérification par l'unité " adoptions internationales " du service civil du parquet du tribunal judiciaire de Nantes, un acte d'état civil a été dressé pour B A, le 11 avril 2022. Dans ces conditions, et alors que l'administration ne remet en cause le caractère probant ni du jugement d'adoption ni de l'acte d'état civil pris pour sa transcription et ne formule, par ailleurs, aucune critique quant aux conditions dans lesquelles B A sera accueilli au sein du foyer des requérants, ces derniers sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant B A.
6. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve, toutefois, qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Dès lors que le ministre de l'intérieur et des outre-mer se borne, dans son mémoire en défense communiqué au requérant, à énumérer les textes relatifs à la nationalité française et à affirmer que " le jeune B A ne peut pas être considéré comme un enfant étranger de ressortissant français ", alors que le visa sollicité l'a été au titre de l'adoption internationale, la demande de substitution de motifs ainsi présentée en défense ne peut être accueillie.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 22 mars 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Eu égard aux motifs qui le fondent, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à B A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte
Sur les frais d'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à M. et Mme A de la somme globale de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 22 mars 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer un visa de long séjour à B A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. et Mme A la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme D A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Délibéré après l'audience du 18 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
Mme Glize, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.
La présidente-rapporteure,
M. LE BARBIER
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
T. TAVERNIERLa greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2304246, 2307191
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026