vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304317 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2023 Mme A D et M. B C, agissant en leur nom et au nom de l'enfant M'Mahawa C, représentés par Me Le Strat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 24 novembre 2022, dirigé contre les deux décisions de l'autorité diplomatique française à Conakry refusant de délivrer à Mme A D et à l'enfant M'Mahawa C des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'enjoindre à l'autorité compétente, à titre principal de délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer les demandes de visas ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie dans des conditions respectueuses de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de cette commission ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article L. 811-2 de ce code, de l'article 47 du code civil et de l'article 311-1 du code civil dès lors que l'identité des demanderesses de visa est établie par leurs documents d'état civil et que leur lien de famille avec M. C est établi par ces documents d'état civil et par le mécanisme de la possession d'état ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2024 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 janvier 2024 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Nigues, substituant Me Le Strat, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né en 1998 en Guinée, réfugié en France, et Mme D demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 24 novembre 2022, dirigé contre les deux décisions de l'autorité diplomatique française à Conakry refusant de délivrer à Mme A D et à l'enfant M'Mahawa C des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Si les requérants font valoir que la réunion de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France dans une composition régulière n'est pas établie, la décision de cette commission étant née du silence gardé sur le recours formé par les demandeurs de visa, un tel moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
3. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre les deux décisions de refus de visa litigieuses comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité diplomatique française à Conakry à savoir, pour chaque décision de refus de visa, le motif reposant sur l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et tiré de ce que les demanderesses de visa n'ont pas justifié de leur identité et de leur situation de famille dès lors que les documents produits ne sont pas probants.
4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code prévoit que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "
5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Il ressort de la note du ministre guinéen de l'administration du territoire et de la décentralisation du 19 mai 2014 produite par le ministre en défense que, dans le cadre de la mise en œuvre des passeports biométriques en Guinée, un numéro d'identification national unique a été élaboré, lequel est composé de quinze chiffres, dont les 11ème, 12ème et 13ème chiffres doivent correspondre au numéro de l'acte de naissance présenté à l'appui de la demande du document de voyage. Cette note précise que " ce numéro d'identification unique est conçu en fonction des actes de naissance fournis par les demandeurs du passeport biométrique qui est le document de voyage par excellence en Guinée. Ces actes doivent être authentifiés par la Division des affaires administratives et juridiques de la Direction Nationale de l'Etat Civil, responsable de la gestion de ce numéro auprès de la police de l'air et des frontières au Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile " et que " le numéro de l'extrait de naissance doit être conforme à celui du numéro d'identification unique, élément clé du passeport c'est à dire le onzième, le douzième et le treizième chiffre ".
7. Pour justifier de l'identité et de la filiation de l'enfant M'Mahawa C, les requérants produisent une copie certifiée conforme, datée du 20 février 2018, d'un extrait d'acte de naissance délivré le 26 mars 2015 par l'officier de l'état civil d'une commune en Guinée (Conakry) dont il ressort que l'enfant M'Mahawa C est née le 15 mars 2015 de l'union de M. B C et Mme A D. Le passeport guinéen de l'enfant M'Mahawa C, délivré au mois d'octobre 2021, postérieurement à l'établissement de son acte de naissance, comporte un numéro d'identification unique dont les 11ème, 12ème et 13ème chiffres sont le numéro d'identification " 281 ", tandis que l'acte de naissance dressé le 26 mars 2015 dont les requérants produisent la copie certifiée conforme porte le numéro " 248 ". Il s'ensuit que le passeport de l'enfant a été délivré sur la base d'actes d'état civil autres que ceux présentés à l'appui de la demande de visa de long séjour. M. C et Mme D n'apportant pas d'explication précise et circonstanciée concernant cette anomalie, l'acte de naissance produits à l'appui de la demande de visa doit être regardé comme entaché d'irrégularité lui retirant son caractère probant. Si les requérants font valoir que M. C a déclaré au stade de sa demande d'asile être le père de l'enfant M'Mahawa C et s'est rendu au Mali pour y voir sa famille en août 2022, ces éléments et les photographies versées au dossier, au demeurant non datées et qui ne permettent pas de reconnaître clairement les intéressés, ne constituent pas des indices suffisamment forts permettant d'établir la filiation de l'enfant M'Mahawa par le mécanisme de la possession d'état. C'est donc sans commettre d'erreur d'appréciation que l'administration a refusé de tenir pour établies l'identité et la filiation de l'enfant M'Mahawa.
8. Afin de justifier de l'identité de Mme D, les requérants produisent un acte de naissance E daté du 18 septembre 2017, d'après lequel Mme A D, fille F D et Fatu Tamba, est née le 9 décembre 1998 en Guinée-Bissau, un passeport délivré en Guinée-Bissau le 22 janvier 2018 à Mme A D, née le 9 décembre 1998 et une carte d'identité délivrée à l'intéressée le 30 novembre 2017. Eu égard à la présentation générale des différents documents, et alors que les éléments permettant de conclure à leur irrégularité ne ressortent pas des pièces du dossier, l'identité de Mme D doit être tenue pour établie.
9. Pour justifier de leur lien de famille, les requérants joignent à leurs écritures un extrait d'acte de mariage de la République de Guinée (Conakry) d'après lequel M. B C et Mme A D se sont mariés le 20 juin 2014 en Guinée (Conakry). Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a informé M. C de ce que son mariage avec Mme D en 2014 ne pouvait être pris en compte dès lors que celle-ci était âgée de 15 ans à la date de la célébration du mariage. Il ressort par ailleurs de la carte d'identité de Mme D délivrée le 30 novembre 2017 par une autorité bissau-guinéenne que l'intéressée a pour état civil la mention " célibataire ". Si les requérants se prévalent d'une vie commune stable et continue au sens du 2° de l'article L. 561-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et antérieure à la demande d'asile de M. C, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la filiation de l'enfant M'Mahawa C ne peut être tenue pour établie. Les justificatifs de transferts d'argent à Mme D versés au dossier, concernant des virements récents, en tout état de cause postérieurs à la demande d'asile de M. C, ne sont pas de nature à révéler l'existence d'une vie commune antérieure à cette demande d'asile. Par ailleurs, ni les photographies jointes à la requête, non datées, et qui ne permettent pas d'identifier clairement les personnes représentées, ni les extraits d'échanges téléphoniques, qui ne permettent pas non plus d'identifier de façon fiable les personnes en communication ni la date des échanges, ne permettent davantage d'établir l'existence d'une vie commune stable et continue antérieure à la demande d'asile de M. C. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'administration a opposé à la demanderesse de visa l'absence de justification de son lien de famille avec la personne réunifiante. Ce motif justifiait à lui-seul la décision de refus de visa opposée à Mme D.
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la filiation de l'enfant M'Mahawa C et le lien de famille de Mme D avec M. C ne sont pas suffisamment établis. Il y a donc lieu d'écarter les moyens de la requête tirés de l'atteinte disproportionnée portée par la décision attaquée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'atteinte excessive portée à l'intérêt supérieur de l'enfant au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours dirigé contre les décisions de refus de visas opposées à Mme D et à l'enfant M'Mahawa C.
Sur les conclusions accessoires :
12. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C et Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026