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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304324

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304324

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304324
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantHERRIOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2304324 le 22 mars 2023 et un mémoire enregistré le 4 janvier 2024, Mme D F C, représentée par Me Herriot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 10 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 25 novembre 2022 de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de court séjour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire n'est pas motivée en droit ;

- la décision attaquée porte atteinte aux droits de la défense ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle produit une réservation d'hôtel s'agissant des conditions d'hébergement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a aucune intention migratoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2304325 le 22 mars 2023, et un mémoire enregistré le 4 janvier 2024, Mme D F C, agissant en qualité de représentante légale de l'enfant E B A, représentée par Me Herriot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 10 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 25 novembre 2022 de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de court séjour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire n'est pas motivée en droit ;

- la décision attaquée porte atteinte aux droits de la défense ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle produit une réservation d'hôtel s'agissant des conditions d'hébergement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a aucune intention migratoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le n° 2304324.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Heng,

- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public,

- et les observations de Me Herriot, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D F C, ressortissante guinéenne, a présenté, pour elle et son fils mineur E B A, des demandes de visa d'entrée et de court séjour auprès de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée). Par deux décisions du 25 novembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer ces visas. Par une décision implicite née le 10 mars 2023, puis par une décision expresse du 9 mars 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires. Mme C demande l'annulation du rejet implicite qui lui a été opposé le 10 mars 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2304324 et 23034325 de Mme C sont dirigées contre la même décision. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'objet du litige :

3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

4. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de Mme C qui tendent à l'annulation de la décision implicite née le 10 mars 2023 par laquelle la commission de recours a rejeté le recours contre les décisions du 25 novembre 2022 de l'autorité consulaire française à Conakry doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 9 mars 2023 par laquelle la commission a confirmé ce refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Pour refuser de délivrer les visas sollicités, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de ce que Mme C n'a pas produit l'attestation d'accueil prévue par l'article L. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en cas de visite privée ou familiale et sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.

6. En premier lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'annexe II du même règlement : " Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l'article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : () / B. DOCUMENTS PERMETTANT D'APPRÉCIER LA VOLONTÉ DU DEMANDEUR DE QUITTER LE TERRITOIRE DES ÉTATS MEMBRES : / 1) un billet de retour ou un billet circulaire, ou encore une réservation de tels billets; 2) une pièce attestant que le demandeur dispose de moyens financiers dans le pays de résidence; 3) une attestation d'emploi: relevés bancaires; 4) toute preuve de la possession de biens immobiliers; 5) toute preuve de l'intégration dans le pays de résidence: liens de parenté, situation professionnelle. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a sollicité la délivrance de visas de court séjour, dit de circulation, afin de rendre visite, accompagnée de son fils né le 21 août 2021, à son frère entre le 21 décembre 2022 et le 4 janvier 2023. Il ressort encore des pièces du dossier que Mme C est mariée au père de son fils, et que celui-ci l'a autorisé à quitter le territoire guinéen aux côtés de sa mère dans le cadre de ce séjour. Mme C est salariée en Guinée, où elle occupe un emploi d'auditrice interne pour un projet géré par le ministère de l'industrie des petites et moyennes entreprises et financé par la banque mondiale. Elle produit également une attestation de congés de cet employeur, ainsi que des billets d'avion aller-retour, des réservations d'hôtel, et des attestations d'assurance dont les dates concordent avec celles du voyage envisagé, ainsi que des documents bancaires justifiant de ses moyens financiers. Elle produit en outre les visas délivrés à son fils et elle-même par les autorités des Etats-Unis d'Amérique et valables jusqu'au 31 octobre 2025. Enfin, s'il est constant que Mme C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 2 décembre 2016, cette décision est d'une part relativement ancienne, et d'autre part, a été exécutée volontairement par l'intéressée. Celle-ci démontre, ainsi, par les pièces produites, disposer désormais d'attaches familiales et professionnelles en Guinée. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa n'a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, lui opposer un risque de détournement de l'objet des visas sollicités à des fins migratoires.

8. En second lieu, aux termes de l'annexe II du règlement du 13 juillet 2009 : " pour des voyages à caractère touristique ou privé : / a) les justificatifs relatifs à l'hébergement : / - l'invitation de l'hôte, en cas d'hébergement chez une personne privée, / - une pièce justificative de l'établissement d'hébergement ou tout autre document approprié indiquant le type de logement envisagé ; (). ". Aux termes de l'article L. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger qui déclare vouloir séjourner en France pour une durée n'excédant pas trois mois dans le cadre d'une visite familiale ou privée doit présenter un justificatif d'hébergement. Ce justificatif prend la forme d'une attestation d'accueil signée par la personne qui se propose d'assurer le logement de l'étranger, ou son représentant légal, et validée par l'autorité administrative. Cette attestation d'accueil constitue le document prévu par la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 pour justifier les conditions de séjour dans le cas d'une visite familiale ou privée. ".

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment, de la réservation qu'a effectuée Mme C auprès d'un établissement hôtelier correspondant aux dates des demandes de visas et de billets d'avion, soit, comme dit précédemment, du 21 décembre 2022 au 4 janvier 2023, qu'elle sera, durant son séjour en France, hébergée dans un tel établissement. En conséquence, ce séjour doit être regardé, au sens de l'annexe II du règlement du 13 juillet 2009, comme à caractère touristique ou privé et la réservation produite comme constituant le justificatif d'accueil de l'établissement d'hébergement au sens de cette même annexe II, dont elle remplit, ainsi les conditions. Il s'en suit que c'est à tort que lui a été opposé l'absence de production de l'attestation d'accueil prévue à l'article L. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme C et à son fils E B A les visas d'entrée et de court séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 mars 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme C et à son fils E B A les visas d'entrée et de court séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

La rapporteure,

H. HENGLa présidente,

C. CHAUVETLa greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2 ; 2304325

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