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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304343

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304343

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantCHELLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2023, et un mémoire, enregistré le 2 janvier 2024, qui n'a pas été communiqué, M. B A C, représenté par Me Chelly, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 16 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) du 28 décembre 2022 lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de travailleur salarié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de réponse à sa demande de communication de motifs ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors l'administration n'a pas sollicité de complément d'information ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose d'un diplôme et de l'expérience dans l'emploi proposé et d'une autorisation de travail ;

- qu'il n'y a pas de risque de détournement de l'objet du visa dès lors qu'il a respecté la durée de ses précédents visas ;

- la validité de l'autorisation de travail devra être prorogée le cas échéant d'un an dès lors qu'il se trouve involontairement privé d'emploi.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien, né le 14 octobre 1981, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de travailleur salarié auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie). Par décision du 28 décembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 16 mars 2023, dont le requérant demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur l'objet du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A C tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision implicite de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) lui refusant un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de travailleur salarié doit être regardée comme dirigée contre la décision du 23 mars 2023 par laquelle la commission a explicitement rejeté le recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

4. Le motif de la décision attaquée est tiré du risque de détournement par le demandeur de l'objet du visa, caractérisé par l'absence de justification d'expérience professionnelle de l'intéressé dans l'emploi proposé, et l'absence de production de justificatifs d'hébergement et d'un contrat de travail signé par les deux parties.

5. En premier lieu, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui vise L. 5221-1 du code du travail et les articles L. 311-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte, avec suffisamment de précision, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. () ". Les dispositions précitées n'imposent pas à l'administration d'inviter spontanément un demandeur de visa à produire des pièces de nature à justifier l'objet de sa demande. En outre, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée précédemment rappelée que la commission de recours aurait fondé sa décision sur le caractère incomplet de la demande de visa. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité consulaire aurait dû l'inviter à produire des pièces complémentaires pour justifier de l'objet et des conditions de séjour.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié est subordonnée à la production d'une autorisation de travail ou d'un contrat de travail visés par l'autorité administrative.

8. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de la procédure de visa à des fins migratoires.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A C a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour afin de travailler, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée, en qualité de frigoriste. Pour établir l'adéquation entre sa qualification et son expérience professionnelle et l'emploi auquel il postule, le requérant produit un " diplôme de preuve de qualification professionnelle " délivré le 6 novembre 2004 mentionnant une spécialité en " réfrigération et climatisation ". Si M. A C produit des justificatifs de son activité professionnelle en qualité de plombier chauffagiste, il ne justifie par aucune des pièces du dossier qu'il disposerait d'une expérience professionnelle en qualité de frigoriste. Dès lors, en l'absence d'autres justificatifs au dossier permettant de justifier de sa qualification professionnelle pour l'emploi projeté, le seul diplôme produit ne saurait suffire à démontrer l'adéquation entre ses compétences professionnelles et l'emploi envisagé en France. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter le recours formé contre le refus de visa d'entrée et de long séjour sollicité.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A C doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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