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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304363

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304363

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantMALIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2023, Mme A D, représentée par Me Malik, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) du

21 novembre 2022 lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour en France ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 27 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire du 21 novembre 2022 ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de réexaminer la demande de visa dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en fait ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a justifié des conditions et de l'objet de son séjour ;

- il n'y a pas de risque de détournement de l'objet du visa dès lors qu'elle dispose de garanties de retour au regard des études de médecine engagées dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante tunisienne, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie). Par décision du 21 novembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 27 février 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. La requérante demande l'annulation de la décision consulaire et de la décision implicite de la commission de recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'autorité consulaire française :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par l'autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, la décision implicite née le 27 février 2023 de cette commission s'est substituée à la décision du 21 novembre 2022 de l'autorité consulaire française à Tunis. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de refus de la commission de recours et les conclusions à fin d'annulation de la décision consulaire rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. Il résulte des mentions de l'accusé de réception adressé à l'époux de la requérante par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse à son recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, le recours serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par la décision consulaire, que la commission, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce, d'une part, de ce que " l'objet et les conditions du séjour n'ont pas été justifiés " et d'autre part, de la circonstance qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins et notamment migratoires.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum ()". Aux termes de l'article 21 du règlement n° 810/2009 du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas : " () 3. Lorsqu'il contrôle si le demandeur remplit les conditions d'entrée, le consulat vérifie : () b) la justification de l'objet et des conditions du séjour envisagé fournie par le demandeur () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : / a) si le demandeur : () ii) ne fournit pas de justification quant à l'objet et aux conditions du séjour envisagé () ".

5. Mme D a sollicité la délivrance d'un visa de court séjour afin de rendre visite à son époux, résidant en France, entre le 20 novembre 2022 et le 25 novembre 2022. Elle a produit à l'appui de sa demande une attestation d'accueil, validée par le maire de Fresnes, par laquelle son époux s'engage à subvenir à tous ses besoins et à l'héberger pendant toute la durée de son séjour. Dans ces conditions, et eu égard aux montant des ressources de son époux, la commission de recours, en lui opposant que l'objet et les conditions du séjour envisagé n'étaient pas justifiées, a commis une erreur d'appréciation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, âgée de 27 ans, mariée à

M. B C, résidant et travaillant régulièrement en France en qualité d'ingénieur, est étudiante en médecine, en spécialité " ophtalmologie ", au sein de la faculté de médecine de Tunis. La requérante fait en outre valoir sans être contredite, qu'elle souhaite achever son cursus universitaire en Tunisie et venir rendre visite à son époux, dans le cadre d'un court séjour, qui souffre de problèmes de santé en raison desquels il n'a pas pu lui-même se rendre en Tunisie. Dans ces conditions, en opposant le risque de détournement de l'objet de visa à la requérante, qui serait au demeurant fondée à solliciter un visa de long séjour en France, la commission de recours a commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa d'entrée et de court séjour sollicité, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 27 février 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme D le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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