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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304366

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304366

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2023 et le 20 décembre 2023, Mme C D et M. B E A, représentés par Me Blin, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 15 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Lagos (Nigéria) du 19 juillet 2022 refusant à

M. B E A la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de donner instruction à l'autorité consulaire française à Lagos de délivrer le visa demandé dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761 1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision implicite attaquée n'est pas motivée, faute pour l'administration d'avoir répondu à sa demande de communication des motifs de cette décision ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait dès lors que M. A remplit toutes les conditions pour obtenir le visa ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le ministre de l'intérieur est réputé avoir acquiescé aux faits dès lors qu'il n'a pas produit de mémoire en défense avant la date de clôture d'instruction.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier adressé le 20 décembre 2023, Mme C D et M. B E A ont été invités, sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, par le tribunal à régulariser dans un délai de quinze jours leur requête en produisant la décision de la commission de recours contre les refus de visa ou, la pièce justifiant de la date du dépôt de leur demande devant la commission de recours.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 janvier 2023 :

- le rapport de Mme Roncière,

- les observations de M. Rosier, rapporteur public,

- et les observations Me Blin, représentant les requérants, en présence de Mme D.

Des notes en délibéré ont été enregistrées pour les requérants le 09 janvier 2024 et le

10 avril 2024 qui n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Lagos (Nigeria) pour rendre visite à son épouse, Mme D, résidant régulièrement en France. Par une décision du 19 juillet 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 15 novembre 2022, dont M. A et Mme D demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. En cas de décision implicite de la commission de recours et en l'absence de mémoire en défense de l'administration exposant devant le tribunal les motifs de cette décision de refus de visa, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par cette autorité, tiré en l'espèce du risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins et en particulier migratoires.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués.". Les requérants n'établissent pas, par la seule production du rapport d'émission d'une télécopie portant les mentions " refusée " et " mémoire est pleine ", avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a demandé à bénéficier d'une première demande de regroupement familial, qui a été rejetée le 15 octobre 2021 par le préfet de la Loire-Atlantique, qu'une seconde demande ayant le même objet est en cours d'instruction, et que les époux souhaitent " vivre ensemble en attendant l'instruction de cette nouvelle demande ". Par ailleurs, M. A, marié à Mme D depuis 2020, ne justifie pas, par la seule production d'une lettre de son employeur, d'attaches matérielles et familiales dans son pays d'origine de nature à garantir son retour au Nigéria. Dans ces conditions, en refusant de délivrer le visa demandé en raison de risque de détournement par M. A de l'objet du visa demandé, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. En dernier lieu, eu égard à la nature du visa demandé, et dès lors qu'il n'est pas établi ni même allégué que Mme D serait dans l'impossibilité de rendre visite à M. A, le moyen tiré de ce que la décision de la commission de recours porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale dont le respect est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D et de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D et de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, M. B E A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Blin.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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