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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304450

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304450

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2023, Mme D F B et M. C E B, représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 8 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française en Ethiopie et auprès de l'union africaine refusant un visa d'entrée et de séjour à M. E B au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de M. E B dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Guilbaud, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne la méconnaissance du principe d'unité familiale ;

- la décision méconnaît les article L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur la requête puisque des instructions en vue de la délivrance du visa ont été adressées au poste consulaire.

Mme F B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 janvier 2024 :

- le rapport de M. Ravaut, rapporteur,

- les observations de Me Sachot, substituant Me Guilbaud, représentant Mme F B et M. E B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F B, ressortissante somalienne, bénéficie de la protection subsidiaire depuis une décision de la cour nationale du droit d'asile en date du 13 décembre 2019. Elle a formulé une demande de visa au titre de la réunification familiale pour son fils M. E B, ressortissant somalien né le 20 décembre 2002. L'autorité consulaire française en Ethiopie a refusé la demande de visa. Par une décision du 8 décembre 2022, dont l'annulation est demandée au tribunal, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

2. Il ressort des pièces produites en défense que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a donné instruction au poste consulaire français en Ethiopie de délivrer le visa litigieux, par instruction du 10 janvier 2024. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le visa d'entrée en France ait effectivement été délivré à M. E B. Par suite, et contrairement à ce que soutient le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense, il y a lieu de statuer sur la requête H F B et M. E B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La commission a rejeté le recours H F B et M. E B au motif que la demande de réunification était partielle en l'absence de demande de visa pour le père de l'enfant et au motif que l'identité de M. E B n'était pas prouvée ce qui ne permettait pas d'attester du lien de filiation.

4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Aux termes de l'article L. 434-1 du même code, rendu applicable par l'article L. 561-4 : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ".

5. A ressort des pièces du dossier que Mme F B s'est déclarée mariée avec M. E B G lors de sa demande de protection auprès de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides en précisant toutefois que ce dernier avait disparu. Ces déclarations ont été réitérées lors de son entretien et elle a précisé que le véhicule de son mari avait été attaqué par les Shabab en mars 2011 et qu'il était disparu depuis sans qu'elle n'ait eu de nouvelles. Enfin, cette circonstance de fait a également été reprise par la cour nationale du droit d'asile lorsque Mme F B a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Dans ces circonstances, le fait que la demande de réunification familiale soit partielle n'est pas contraire à l'intérêt de l'enfant ni au principe d'unité familiale. Au surplus, le fils aîné H Mme F B, dont le père est identique, bénéficie d'ores et déjà d'un visa de long séjour, attestant d'une rupture de l'unité familiale préexistante. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation en considérant que la demande de réunification familiale partielle méconnaissait le principe d'unité familiale.

6. Aux termes de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

7. Il ressort des pièces du dossier que pour justifier de l'identité de M. E B, les requérants produisent un certificat de naissance établi le 11 octobre 2020 ainsi qu'un passeport établi le 27 septembre 2020, tous deux mentionnant la filiation maternelle à l'égard H F B., laquelle doit, dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardée comme suffisamment établie. Ainsi, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation en considérant que les documents produits ne permettaient ni d'établir l'identité de M. E B, ni sa filiation avec Mme F B.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme F B et M. E B sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. E B le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. Si Mme F B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, elle est dépourvue de qualité lui donnant intérêt à agir contre la décision refusant la délivrance d'un visa d'entrée en France à son fils majeur, requérant à l'instance. Les conclusions accessoires tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 8 décembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F B, à M. C E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

Le rapporteur,

C. RAVAUT

La présidente,

H. DOUET

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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