mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304477 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête et un mémoire enregistrés, sous le numéro 2304477, le 27 mars 2023 et le 21 décembre 2023, M. C A I et Mme M I D, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs F et B C A ainsi que M. L C A et M. E C A, représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal :
1°) d'admettre provisoirement M. A I au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 14 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'autorité consulaire française en Ethiopie du 10 mai 2022 refusant à Mme I D, à M. L C A, à M. E C A et aux enfants F et B C A la délivrance de visas d'entrée et de long séjour demandés au titre de la réunification familiale ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas demandés dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut, de procéder au réexamen des demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle procède d'un défaut d'examen particulier de la situation des demandeurs de visas ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que le lien familial est établi entre le réunifiant et les demandeurs de visas tant par les actes d'état civil que par les éléments de possession d'état dont il est justifié, que la réunification familiale ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant et qu'elle ne présente pas un caractère partiel dès lors qu'à la date de la décision attaquée, une demande de visa pour la jeune H avait été déposée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
II- Par une requête et des mémoire enregistrés, sous le numéro 2313235, le 8 septembre 2023, le 6 octobre 2023 et le 21 décembre 2023, M. C A I, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentant légal de son enfant mineur H, et Mme K C A, représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'admettre provisoirement M. A I au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 14 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'autorité consulaire française en Ethiopie du 20 mars 2023 refusant à Mme K C A et à la jeune H C A la délivrance de visas d'entrée et de long séjour demandés au titre de la réunification familiale ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas demandés dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen des demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;
- elle procède d'un défaut d'examen particulier de la situation des demandeurs de visas ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors, d'une part, que le lien de filiation est établi entre le réunifiant et les demandeuses de visas au regard du caractère probant des actes d'état civil produits et des éléments de possession d'état dont il est justifié, et d'autre part, que Mme K C A n'avait pas atteint l'âge de 19 ans au moment du dépôt de sa demande de visa ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée pouvait être également fondée sur un autre motif, dont il demande la substitution, tiré de l'absence de jugement de délégation parentale prononcée par une décision de justice lorsque Mme K A était mineure.
M. A I a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ronciere,
- les observations de M. Rosier, rapporteur public,
- et les observations de Me Guilbaud, représentant les requérants, en présence de
M. A I.
Considérant ce qui suit :
1. M. A I, ressortissant somalien, né le 1er janvier 1975, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 14 novembre 2019. Mme I D, son épouse, M. L C A, M. E C A, les jeunes H, F et B C A, que les requérants présentent comme leurs enfants, ainsi que Mme K C A, que le réunifiant présente comme sa fille née d'une union antérieure, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour auprès de l'autorité consulaire française en Ethiopie en qualité de membres d'une famille de réfugié. Par des décisions du 10 mai 2022, l'autorité consulaire française en Ethiopie a refusé de délivrer à Mme I D, M. L C A, M. E C A, et aux jeunes F et B C A les visas demandés, en raison du caractère partiel de la réunification familiale envisagée. Par des décisions du 20 mars 2023, cette même autorité a refusé de délivrer à Mme K C A et à la jeune H C A les visas sollicités. Par des décisions implicites puis par des décisions expresses du 14 décembre 2022 et du 14 avril 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre les décisions consulaires du 10 mai 2022 et du 20 mars 2023.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par des décisions du 25 juillet 2023 et du 7 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A I au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce qu'il soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur l'objet du litige :
3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête enregistrée sous le numéro 2313235 de
M. C A I et Mme K C A, tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours contre les décisions du 20 mars 2023 de l'autorité consulaire française en Ethiopie refusant à Mme K C A et à la jeune H C A des visas d'entrée et de long séjour en France doit être regardée comme dirigée contre la décision du
14 avril 2023 par laquelle la commission a expressément rejeté ce recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours du
14 décembre 2022 :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale :/ 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () / 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. "
6. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui s'applique aux membres de la famille d'un réfugié en vertu des dispositions de l'article L. 561-2 de ce code : " () / Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Il résulte de ces dispositions que la réunification doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'une réunification partielle ne peut être autorisée à titre dérogatoire que si l'intérêt des enfants le justifie.
8. Pour rejeter les recours formés devant elle contre les demandes de visas de long séjour présentées par Mme I D, M. L C A, M. E C A et les enfants F et B C A, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'aucune demande de visa n'a été présentée pour la dernière enfant du couple, à savoir, la jeune H, née le 1er janvier 2008, déclarée par M. A I à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, rompant ainsi le principe d'unité familiale dont s'était initialement prévalu ce dernier.
9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier du recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française en Ethiopie devant la commission de recours ainsi que de la quittance de frais de dossier et de récépissé de demande de visa du 17 novembre 2022 pour la jeune H, qu'à la date de la décision attaquée, une demande de visa d'entrée et de long séjour en France avait été déposée pour cette dernière auprès de l'autorité consulaire française en Ethiopie. Dès lors, en estimant, pour rejeter le recours dont elle était saisie, que la réunification familiale présentait un caractère partiel, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur des faits matériellement inexacts. Par suite, la décision attaquée du 14 décembre 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours du
13 septembre 2023 :
10. Pour rejeter les recours formés devant elle contre les demandes de visas d'entrée et de long séjour en France présentées par Mme K C A et à la jeune H C A, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que les documents d'état civils produits ne sont pas probants et ne permettant pas d'établir l'identité des demandeuses de visas et leur lien familial avec le réunifiant.
11. En premier lieu, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France comporte, avec suffisamment de précision, les considérations de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.
12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation des demandeuses de visas n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. K C A et de la jeune H C A doit être écarté.
13. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
14. Pour justifier de l'identité et du lien de filiation unissant Mme K C A, née le 1er janvier 2004, et l'enfant mineur H C A à M. A I, le réunifiant, les requérants ont produit d'une part, des documents intitulés " certificats de naissance " (" birth certificate ") et " certificat de confirmation d'identité ", délivrés respectivement le 26 octobre 2022 et le 22 juin 2022, par la municipalité de Mogadishu (République fédérale de Somalie) qui mentionnent, pour les premiers documents, le lien paternel avec M. A I et le lien maternel avec Mme J E, épouse de M. A I dont il est divorcé, en ce qui concerne Mme K C A et le lien maternel avec Mme M I D, et, pour les seconds documents, uniquement les liens maternels et les dates de naissance des demandeuses de visas et d'autre part, des passeports, délivrés respectivement le
1er novembre 2022 et le 14 juillet 2022. Les certificats, bien que délivrés par la mairie de Modgadishu, qui ne peuvent être qualifiés d'actes d'état civil étranger au sens des dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, peuvent cependant être pris en compte, le cas échéant, au titre d'éléments de possession d'état. A cet égard, les requérants versent également au dossier des preuves de transferts d'argent réalisés au profit de Mme K C A en 2022, ainsi que plusieurs photographies de famille et des échanges via une plateforme. Au vu de l'ensemble de ces éléments, qui permettent de tenir pour établi le lien de filiation unissant les demandeuses de visas au réunifiant, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une inexacte application des dispositions rappelées au point 8.
15. Toutefois l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
16. Le ministre de l'intérieur fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué aux requérants, que la décision attaquée pouvait être également fondée sur un autre motif tiré de l'absence de jugement de délégation parentale prononcée par une décision de justice lorsque Mme K A était encore mineure. Le ministre de l'intérieur doit ainsi être regardé comme demandant implicitement une substitution de motif.
17. Aux termes des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, rendus applicables à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ", et que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".
18. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, auxquelles l'article L. 561-4 renvoie, que le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié ou a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale, par ses enfants non mariés, y compris par ceux qui sont issus d'une autre union, à la condition que ceux-ci n'aient pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été présentée. Les demandes présentées pour les enfants issus d'une autre union doivent en outre satisfaire aux autres conditions prévues par les articles L. 434-3 ou L. 434-4, le respect de celles d'entre elles qui reposent sur l'existence de l'autorité parentale devant s'apprécier, le cas échéant, à la date à laquelle l'enfant était encore mineur.
19. Il est constant que les requérants ne justifient d'aucun jugement déléguant à
M. A I l'autorité parentale exclusive à l'égard de Mme K A. Par suite, il y a lieu d'accueillir la substitution de motif demandée par le ministre de l'intérieur.
20. En dernier lieu, les requérants n'établissent pas que Mme K A serait isolée dans son pays d'origine, où réside sa famille, et en particulier sa mère, et où elle a vécu la majorité de sa vie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par ailleurs, Mme K A, majeure à la date de la décision contestée, ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
21. Il résulte tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation des décisions contestées, en tant seulement qu'elles refusent la délivrance des visas à Mme I D, à M. L C A, à M. E C A et aux enfants F, H et B C A.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
22. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme I D, à M. L C A, à M. E C A et aux enfants F, B et H C A les visas d'entrée et de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
23. M. A I a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Guilbaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros).
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision du 14 décembre 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France est annulée.
Article 3 : La décision du 13 septembre 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas en France est annulée en tant seulement qu'elle rejette le recours formé contre le refus de visa de la jeune H C A.
Article 4 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à Mme I D, à M. L C A, à M. E C A et aux enfants F, H et B C hashi les visas sollicités dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : L'Etat versera à Me Guilbaud la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2304477 et n° 2313235 est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C A I, Mme M I D, M. L C A, M. E C A, Mme K C A, Me Guilbaud et au ministre de l'intérieur de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Roncière, première conseillère,
M. Revèreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
Le président,
P. BESSE
La greffière,
S. BRIAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2 et 2313235
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026