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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304530

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304530

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantMOUTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2023, Mme E B, représentée par Me Moutel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie de la renonciation de cette dernière à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce que le préfet a considéré qu'elle n'avait déposé aucune demande de titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il lui est impossible de retourner dans son pays d'origine, le Congo, ou en Ukraine où elle poursuivait des études jusqu'en 2022 ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête ou à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet fait valoir qu'il a décidé de délivrer à la requérante une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " et que dans l'attente de la fabrication du titre, un récépissé lui a été délivré.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise, est entrée irrégulièrement en France le 3 mars 2022. Elle a sollicité le bénéfice de la protection subsidiaire le 27 avril 2022. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 15 septembre 2022, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 février 2023. Par un arrêté du 17 février 2023 pris sur le fondement des 1 et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont elle a la nationalité comme pays de destination. C'est l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. D A, directeur de la citoyenneté et de la légalité, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L.542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

4. Si Mme B soutient que c'est à tort que le préfet de la Sarthe a estimé qu'elle n'avait pas déposé de demande de titre de séjour, il ressort des pièces du dossier que sa première demande de titre, formulée le 26 octobre 2022, a été retournée par le préfet à l'intéressée au motif que cette demande n'avait pas été formulée dans un délai de trois mois suivant l'enregistrement de sa demande d'asile. Sa seconde demande, tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant n'a pas davantage été enregistrée, la requérante n'ayant pas transmis, à l'appui de cette demande, l'ensemble des pièces justificatives requises. Par suite, aucune des demandes de titre formulées par Mme B n'étant recevable, le préfet de la Sarthe a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de fait, considérer que la requérante n'avait pas formulé de demande de titre de séjour pour l'obliger à quitter le territoire français.

5. L'arrêté litigieux n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer Mme B en République d'Ukraine, où la requérante n'établit pas être légalement admissible. Par suite, les craintes qu'elle allègue concernant la situation de conflit prévalant dans ce pays ne sont pas de nature à démontrer que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Si Mme B fait par ailleurs état de craintes de persécutions en cas de retour au Congo, en évoquant l'assassinat présumé de sa mère en 2019 du fait de ses liens avec un opposant au régime et en insistant sur l'isolement dans lequel elle se trouverait dans ce pays, ces allégations ne sont pas assorties du moindre élément probant. La circonstance que la requérante serait admise en BTS à la rentrée prochaine n'est pas davantage de nature à établir l'erreur manifeste d'appréciation alléguée.

En ce qui concerne le moyen relatif à la décision fixant le pays de destination :

6. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur depuis le 1er mai 2021, qui s'est substitué à l'article L. 513-2 invoqué par la requérante : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

7. En se bornant à faire état, en termes généraux, de ses craintes en cas de retour au Congo, la requérante, dont la demande de protection subsidiaire a été rejetée par décision de l'OFPRA du 15 septembre 2022, confirmée par la CNDA le 10 février 2023, n'établit pas qu'elle courrait, en cas de retour dans son pays d'origine, des risques de persécutions ou de mauvais traitements. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme B.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement au conseil de Mme B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B,au préfet de la Sarthe et à Me Moutel Cécile

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La magistrate désignée,

V. C

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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