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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304551

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304551

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantCHAUVIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 mars, 7 avril et 1er novembre 2023, M. C B, représenté par Me Chauvin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie de la renonciation de cette dernière à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé en droit et en fait ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, en ce qu'il peut obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article L.435-1 du même code ;

- elle méconnaît également l'article 3 de la convention européenne européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de République démocratique du Congo, déclare être entré en France le 28 février 2022. Il a sollicité l'admission au statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 juillet 2022, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 25 janvier 2023. Par un arrêté du 17 février 2023 pris sur le fondement des 1 et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il a la nationalité comme pays de destination. C'est l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

3. Par un arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. E A, directeur de la citoyenneté et de la légalité, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

4. L'arrêté litigieux énonce les considérations de droit et de fait qui le fondent et satisfait, par suite, aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La circonstance que l'arrêté ne vise pas l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est sans incidence sur la motivation, dès lors qu'en l'absence de demande de titre de séjour présentée par M. B sur ce fondement, le préfet de la Sarthe n'était pas tenu d'examiner d'office si le requérant pouvait prétendre à la délivrance d'un tel titre. Si l'arrêté évoque, par ailleurs, les déclarations et éléments produits par le requérant, alors qu'il n'a pas saisi la préfecture d'une demande de titre de séjour, cette maladresse rédactionnelle n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En se bornant à évoquer sa présence en France depuis un an, M. B n'établit pas que la décision par laquelle le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, le requérant ne faisant état d'aucune attache personnelle ou familiale en France. Si le requérant entend se prévaloir de son inscription en section de BTS au Mans pour l'année 2023-2024, cette circonstance est, en tout état de cause, postérieure à la date à laquelle l'arrêté litigieux a été pris. Le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ne peut qu'être également écarté.

7. Il résulte ce qui a été dit au point précédent que M. B, qui n'a au demeurant pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne démontre pas qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un tel titre, ni que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale pour ce motif.

8. Si M. B allègue que sa situation aurait justifié la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article L.435-1 du même code, il est constant que le requérant a seulement sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Le préfet n'était pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au motif qu'il entrerait dans un cas d'attribution de plein droit d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. L'obligation de quitter le territoire français n'ayant pas, en elle-même, pour effet de renvoyer M. B dans son pays d'origine, le moyen tiré de ce qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans ce pays, que le requérant déclare avoir fui en raison des accusations mensongères de sorcellerie dont il faisait l'objet, est inopérant à l'encontre de cette décision. A supposer que M. B puisse être regardé comme invoquant les stipulations précitées à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par décision de l'OFPRA du 29 juillet 2022, confirmée par la CNDA le 25 janvier 2023, n'apporte aucun élément personnalisé permettant d'établir qu'il courrait, en cas de retour dans son pays d'origine, des risques de persécutions ou de mauvais traitements. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

11. Enfin, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché de détournement de pouvoir n'est pas sérieusement étayé.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'exécution du présent jugement n'impliquant aucune mesure, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Sarthe et à Me Marion Chauvin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La magistrate désignée,

V. D

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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