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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304552

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304552

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2023, Monsieur B A, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité, le préfet n'ayant pas effectué un examen complet et sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L 432-13 du CESEDA, le préfet s'étant senti en situation de compétence liée par l'avis de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur de fait sur la situation familiale du requérant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L 423-3 du CESEDA et de l'article 8 de la CEDH, en tant qu'il porte une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L 435-1 du CESEDA, M. A remplissant les conditions d'admission exceptionnelle au séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation du requérant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L 611-3 du CESEDA, le requérant pouvant être protégé au titre de son état de santé ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur A, ressortissant ivoirien né en 1973, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français en 2009, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour à entrées multiples valable pour un séjour de 365 jours du 9 avril 2009 au 8 avril 2010 et qui lui avait été délivré par l'autorité italienne à Abidjan le 9 avril 2009 au titre d'un regroupement familial. Par un arrêté du 9 mai 2017, le préfet du Val d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. S'étant maintenu sur le territoire, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre. L'arrêté du 14 août 2020 par lequel ce préfet avait rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a été annulé, comme intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 20 mai 2022. L'intéressé a sollicité la régularisation de son séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 2 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation de M. A avant de rejeter sa demande de titre de séjour.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ".

4. Il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique aurait estimé être tenu par l'avis émis par la commission du titre de séjour le 3 février 2023 de refuser au requérant la délivrance d'un titre de séjour et aurait, ce faisant, méconnu l'étendue de sa compétence d'appréciation.

5. En troisième lieu, si l'arrêté attaqué fait état de la présence d'une nièce ou d'une sœur de M. A et non d'une cousine sur le territoire français, cette circonstance, à la supposer inexacte, n'est pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté attaqué. De plus, si le requérant a déclaré devant la commission du titre de séjour n'avoir qu'une fille majeure en Côte d'Ivoire, il a déclaré lors d'une audition par les services de police le 9 mai 2017 avoir plusieurs enfants dans son pays d'origine et, faute de justifier de la composition de sa famille, n'établit pas n'être le père que d'un seul enfant. Enfin, si M. A a évoqué devant la commission du titre de séjour une relation personnelle naissante, la circonstance que l'arrêté attaqué n'en fasse pas état ne constitue pas une erreur de fait.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si le requérant, qui n'établit pas la date de son entrée, irrégulière, sur le territoire français, y séjourne depuis une durée, importante, d'environ treize ans, le simple écoulement du temps n'ouvre pas en lui-même droit à la régularisation du séjour et n'a pas pour effet de prescrire la possibilité pour l'autorité compétente de refuser cette régularisation. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est demeuré en situation irrégulière sur le territoire français et n'a sollicité pour la première fois la délivrance d'un titre de séjour qu'au mois de septembre 2019, après s'être soustrait à une obligation de quitter le territoire français décidée à son encontre par le préfet du Val d'Oise en 2017, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Melun. Le requérant est célibataire et n'a en France aucune tierce personne à sa charge. Il n'est pas dépourvu d'attaches en Côte d'Ivoire, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans et où réside encore son ou ses enfants. Il ne justifie pas d'une impossibilité de poursuivre son existence dans le pays dont il est le ressortissant. En dépit de la durée de son séjour en France, il n'y justifie pas de liens personnels intenses, anciens et stables. S'il fait état de la présence en France d'une cousine, une telle circonstance ne caractérise pas des liens familiaux intenses, anciens et stables. Il ne justifie pas de ses conditions d'existence, ni d'une insertion particulière dans la société française. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à prétendre que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvraient droit à la délivrance d'un titre de séjour. Il n'est pas davantage fondé à soutenir qu'en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le refus de lui délivrer un titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, alors qu'il fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français décidée en 2017 et qui demeure exécutoire.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Ces dispositions laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

9. Il ressort des pièces du dossier que M A ne justifie pas d'un motif d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, non plus que de considérations humanitaires. La circonstance qu'il réside en France depuis 2009 ne suffit pas en elle-même à justifier la délivrance d'un titre de séjour pour ce motif. Il en résulte que, dans l'exercice du pouvoir d'appréciation qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur manifeste en lui refusant le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour.

10. En sixième lieu, si M A fait état de problèmes de santé, les documents médicaux produits sont pour la plupart anciens et ne montrent pas l'existence d'une pathologie grave ni le suivi d'un traitement médical spécifique. Ainsi, le requérant n'établit pas que le défaut de prise en charge en France pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'un refus de séjour sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

12. En septième lieu, aux termes de l'article L 611-3 du CESEDA : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'art R 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

13. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage d'éloigner un étranger du territoire national, de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences exceptionnelles sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait une éventuelle interruption des traitements suivis en France. Dans ce cadre, et dès lors qu'elle dispose d'éléments d'informations suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elle prévoit des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration ou le médecin de l'Office pour avis dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait disposé d'éléments d'informations suffisamment précis permettant d'établir que le requérant présenterait un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie que prévoit le 9° de l'article L. 611-3 des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait, faute de recueil préalable d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé du requérant nécessiterait une prise en charge médicale à défaut de laquelle il pourrait en résulter pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination

16. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français que M. A n'est pas fondé à soutenir que celle fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de ces décisions.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,

E. BREMOND

Le président,

A. DURUP de BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au préfet de la Loire-Atlantique

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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