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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304590

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304590

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2023, M. C B, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant libyen né le 7 juin 1988, a été interpellé le 30 mars 2023 par la gendarmerie nationale dans le cadre de la constatation d'une infraction. Par un arrêté du 31 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant douze mois. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté litigieux est signé par M. D, chef du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière. Par un arrêté du 22 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer, en l'absence de M. A, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, les décisions prises au nom de l'Etat dans les limites respectives des attributions du bureau sur lequel il a autorité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'immigration et des relations avec les usagers n'aurait pas été absent. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'attêté litigieux doit dès lors être écarté comme manquant en fait.

3. L'arrêté attaqué vise les stipulations conventionnelles et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et est ainsi suffisamment motivé en droit. Il mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prononcer son éloignement sans lui accorder de délai, en relevant que l'intéressé est entré irrégulièrement en France sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. L'arrêté, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, est ainsi suffisamment motivé. L'arrêté, qui indique par ailleurs que le requérant présente un risque de se soustraire à la décision l'obligeant à quitter le territoire français puisqu'il est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité de titre de séjour, est également suffisamment motivé en ce qu'il porte refus de délai de départ volontaire. L'arrêté indique par ailleurs que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, et est ainsi suffisamment motivé en ce qu'il porte fixation du pays de destination, le requérant n'établissant pas avoir porté à la connaissance de l'autorité préfectorale des éléments supplémentaires dont elle aurait dû tenir compte dans la motivation de cette décision. Enfin, l'arrêté mentionne la durée de présence de M. B sur le territoire français, relève que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ne sont pas établis, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et que si sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il s'est toutefois maintenu en France sous couvert d'une fausse identité et a exercé illégalement une activité salariée. L'arrêté, en ce qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français, satisfait ainsi aux exigences de motivation fixées pour cette décision par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit donc être écarté en ses différentes branches.

4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B était âgé de trente-trois ans lorsqu'il est entré irrégulièrement en France en 2021. Il s'est présenté comme célibataire et sans enfant lors de son interpellation et s'il fait valoir, dans la présente requête, la présence en France de sa compagne et de ses enfants mineurs, il ne produit au soutien de ses dires aucun élément de nature à établir la réalité et la continuité de la relation qu'il allègue. Le requérant n'établit pas davantage avoir noué en France des attaches personnelles d'une particulière intensité, alors même qu'il justifie de l'exercice d'une activité salariée dans le domaine de la restauration rapide depuis 2022, et n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations.

6. Le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les motifs précédemment exposés au point 5 du présent jugement.

7. Enfin, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen de ce que la décision lui refusant un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant douze mois seraient dépourvues de base légale ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILINLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

mc

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