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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304591

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304591

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mars 2023 et le 23 décembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme D B et Mme C B épouse A, représentées par Me Cans, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 1er février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Minsk (Biélorussie) du 8 novembre 2022 refusant à Mme D B la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'ascendante à charge d'une ressortissante française ;

2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à Minsk de délivrer le visa demandé sans délai suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les ressources de la demandeuse de visa sont insuffisantes et qu'elle est effectivement à la charge de sa fille dont les ressources sont suffisantes pour la prendre en charge ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, ressortissante biélorusse, née le 3 février 1948, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'ascendante à charge de Mme C B épouse A, sa fille, auprès de l'autorité consulaire française à Minsk (Biélorussie). Par décision du 8 novembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 1er février 2023, dont Mme D B et Me C B épouse A demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

2. Il résulte des mentions de l'accusé de réception adressé aux requérantes par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, leur indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse à leur recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, le recours serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par la décision consulaire, que la commission, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce de ce que, d'une part, la demandeuse de visa ne dispose pas des ressources suffisantes pour faire face aux frais de toute nature liés à un séjour en France de plus de trois mois, et d'autre part, l'intéressée n'est pas à la charge de sa fille.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial () ".

4. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par une personne étrangère faisant état de sa qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français ou de son conjoint étranger, les autorités diplomatiques ou consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

5. Il ressort des pièces du dossier que si Mme C B épouse A et son époux auraient versé, en 2015, 12 500 euros à Mme F, seconde fille de Mme D B, selon les déclarations des requérantes, puis à compter de 2019, d'après leurs relevés d'imposition, 1 200 euros de pension alimentaire, aucune des pièces du dossier ne permet, en toute hypothèse, d'établir que ces sommes aient été destinées à Mme D E, qui, certes, perçoit une pension de retraite d'un montant annuel de 7 428 roubles représentant environ 73 euros par an mais dont il n'est pas établi qu'elle constituerait la seule source de revenu de l'intéressée. Dans ces conditions, Mme D B, qui ne justifie pas qu'elle ne dispose pas de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, ne peut être regardée comme étant effectivement à la charge d'une ressortissante française ou de son conjoint étranger. Par suite, en opposant ce motif, la commission de recours n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

6. En second lieu, eu égard à la nature du visa demandé, et dès lors qu'il n'est pas établi ni même allégué que Mme C B et ses enfants seraient dans l'impossibilité de rendre visite à la requérante en Biélorussie, le moyen tiré de ce que la décision de la commission de recours porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale dont le respect est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D E et de Mme C E épouse A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D B et Mme C B épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, Mme C B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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