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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304640

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304640

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2023, M. A C, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans les deux mois de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de deux cent euros par jour de retard, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas régulièrement motivé ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu et le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus d'accorder un délai de départ volontaire est illégal en conséquence ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence ;

- il va de même de celle portant interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né en 1999, est, selon ses déclarations, arrivé sur le territoire français en 2020. Par l'arrêté du 31 mars 2023 dont M. C, qui a été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et dont la demande d'aide juridictionnelle provisoire est ainsi sans objet, demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 22 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. B, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, à l'effet de signer les arrêtés attaqués, en toutes les décisions qu'ils comportent et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce directeur, à M. D, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté attaqué, dans la limite des attributions de ce bureau, lesquels attributions comportent la prise de telles décisions. Il ne ressort pas du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire manque en fait.

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a décidé de faire obligation au requérant de quitter sans délai le territoire français, ce dont résulte que ces décisions sont motivées. En outre, cet arrêté, qui vise notamment les articles L.721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que le requérant est, d'après ses déclarations, ressortissant tunisien et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il se trouve ainsi dans le cas prévu au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet de Maine-et-Loire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, lui faire obligation de quitter le territoire français.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il se trouve ainsi dans le cas, prévu au 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le risque que l'étranger se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, mentionné au 3° de l'article L. 612-2 de ce code, peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, qui ne ressort pas du dossier. Dès lors, c'est sans erreur d'appréciation et par une exacte application de ce 3° que le préfet de Maine-et-Loire a refusé d'accorder au requérant un délai de départ volontaire.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français, à une date dont il ne justifie pas et, selon lui, au cours de l'année 2020. Son séjour demeure, ainsi, récent. Le requérant est célibataire et n'a personne à charge. Il ne justifie d'aucune attache personnelle, notamment familiale, particulière sur le territoire français, ses parents, son frère et sa sœur résidant en Tunisie. S'il se prévaut de la circonstance qu'il exerce une activité salariée depuis le mois de décembre 2021, l'activité dont s'agit est très récente, elle est irrégulière l'intéressé n'étant pas autorisé à travailler en France et ayant utilisé une pièce d'identité espagnole contrefaite. Rien ne s'oppose à ce que le requérant travaille dans le pays dont il est le ressortissant. Compte tenu de la durée et des conditions du séjour du requérant en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire, en faisant obligation au requérant de quitter sans délai le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance par ces décisions des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Le requérant ne justifie d'aucune impossibilité de poursuivre son existence ailleurs qu'en France, en particulier en Tunisie, ou il a vécu pendant environ vingt ans et où réside l'ensemble de sa famille. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de M. C.

9. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal en raison de l'illégalité de cette décision.

10. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction qui lui faite de retour sur le territoire français pendant douze mois est illégale en raison de l'illégalité de cette décision.

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". En outre, l'article L. 613-2 de ce code dispose : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".

12. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. L'arrêté attaqué portant obligation de quitter sans le territoire français comporte l'indication des considérations de droit et de fait fondant, tant en son principe qu'en sa durée, la décision de son auteur de faire interdiction à M. C de retour sur le territoire français pendant douze mois. Cette motivation, qui permet au requérant à sa seule lecture de comprendre les motifs de cette interdiction, atteste de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que la décision portant interdiction de retour est régulièrement motivée.

14. Le requérant ne justifiant d'aucune vie privée ou familiale particulière en France, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant interdiction de retour en France pendant douze mois.

15. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays destination en cas d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation. En outre, cette décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions aux fins d'injonction qu'il présente doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ces titres.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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