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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304644

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304644

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mars 2023 et 16 janvier 2024, Mme I D, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de ses enfants mineurs J E B et G C, ainsi que Mme H C, représentées par Me Pronost, demandent au Tribunal :

1°) de les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 14 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours dirigé contre les décisions du 12 novembre 2021 de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant à Mme H C et aux jeunes J E B et G C la délivrance de visas d'entrée et de long séjour au titre de la réunification familiale ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas demandés dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à tout le moins, de réexaminer les demandes de visas dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée ou s'il n'y est que partiellement fait droit, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.

Elles soutiennent que :

- la décision implicite attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la réunification partielle est justifiée par le mariage forcé et les violences conjugales subis par Mme D ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Roncière,

- et les observations de Me Pronost, représentant les requérantes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante ivoirienne, née le 1er janvier 1982, s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 11 septembre 2020 de la Cour nationale du droit d'asile. Mme H C et les enfants mineurs J E B et G C, ses enfants, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire), en qualité de membres de la famille d'une protégée subsidiaire. Par des décisions du 12 novembre 2021, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Le 14 décembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours contre ces refus consulaires, a recommandé au ministre de l'intérieur de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite née le 14 février 2023, dont Mme D et Mme C demandent l'annulation, le ministre de l'intérieur a refusé de délivrer lesdits visas.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 10 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis

Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce qu'elle soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur :

3. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer que, pour rejeter le recours dont il était saisi, ce dernier s'est fondé sur les motifs tirés de ce que, d'une part, aucune demande de visa n'a été présentée pour le père des demandeurs de visas et de ce fait, la réunification familiale présente un caractère partiel ; et d'autre part, Mme D ne dispose pas d'un jugement de délégation lui transférant l'autorité parentale exclusive sur ses enfants.

4. En premier lieu, la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer comporte, avec suffisamment de précision, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. A termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ".

6. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 434-1 du même code : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". A termes de l'article L. 434-3 de ce code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 434-4 de ce code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ".

7. Par ailleurs, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il est constant qu'aucune demande de visa n'a été déposée pour M. F C, père des demandeurs de visas. S'il ressort des pièces du dossier, notamment des déclarations constantes, précises et circonstanciées de Mme D dans le cadre de sa demande d'asile, qu'elle a été soumise à un mariage forcé avec le père des demandeurs de visas et qu'elle a été victime de violences familiales dans le cadre de cette union, en particulier de la part de son propre père lorsqu'elle a fui le domicile conjugal, il n'est pas démontré que le caractère partiel de la réunification familiale envisagée, qui conduirait à la séparation des demandeurs de visas d'avec leur père et leur famille, répondrait à l'intérêt de Mme H C et des enfants J E B et G C. Dès lors, en refusant, par la décision contestée, la délivrance des visas d'entrée et de long séjour à Mme H C et aux enfants J E B et G C, en raison du caractère partiel de la réunification familiale projetée, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le ministre aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur ce motif.

9. En troisième lieu, eu égard au caractère partiel de la réunification familiale demandée, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait intervenue en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D et Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme D et Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme I D, Mme H C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pronost.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Dubus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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