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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304647

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304647

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantTHOUMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 avril 2023, M. A C, représenté par Me Thoumine, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 août 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation temporaire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié que le médecin rapporteur n'ait pas siégé au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ni du caractère collégial de la délibération des médecins de l'OFII, ni qu'elle ait été rendue dans le délai de trois mois en méconnaissance des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet de la Loire-Atlantique ne l'ayant pas informé du caractère incomplet de sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il justifiait de dix ans de présence sur le territoire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine du collège de médecins de l'OFII ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la demande de titre de séjour fondée sur l'article L. 429-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant été classée sans suite dès lors que M. C n'a pas complété cette demande de titre de séjour, il ne peut être regardé comme ayant déposé une demande de titre de séjour pour raisons de santé ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen né en mars 1990, est entré régulièrement en France en octobre 2012. Il a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée. A la suite de ce rejet, une obligation de quitter le territoire français a été prononcée à son égard. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Un titre de séjour valable d'avril 2017 à avril 2018 lui a été délivré. M. C a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision du 27 janvier 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a classé sans suite la demande de l'intéressé, qui n'avait pas transmis les documents médicaux sollicités. M. C a déposé une demande de titre de séjour en invoquant sa vie privée et familiale. Toutefois, la demande de titre de séjour de M. C a été rejetée par un arrêté du 9 août 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. C demande au tribunal d'annuler les décisions du 9 août 2022.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté attaqué du 9 août 2022 a été signé par M. D B, adjoint de la directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, habilité à exercer, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, la délégation de signature consentie à cette dernière par le préfet, selon un arrêté du 6 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi. Dès lors qu'il n'est ni soutenu ni même allégué que la directrice des migrations et de l'intégration n'aurait pas été absente ou empêchée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait et doit ainsi être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé () ". L'article R. 425-12 du même code prévoit que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 n'est pas délivré. Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès la réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa. / Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé. Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. Il peut être assisté d'un interprète et d'un médecin. Lorsque l'étranger est mineur, il est accompagné de son représentant légal. Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'office et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. Lorsque la demande est fondée sur l'article L. 431-2, le certificat médical est transmis dans le délai mentionné à ce même article ".

4. Ainsi qu'il a été rappelé au premier point du jugement, la demande de M. C tendant au renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré en raison de son état de santé, titre qui expirait en avril 2018, a été classée sans suite dès lors que l'intéressé n'avait pas adressé le certificat médical à l'intention de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui avait été demandé au moins à deux reprises en février 2020 et octobre 2020. Il ne ressort aucunement des pièces du dossier que M. C aurait déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile postérieurement, l'intéressé relevant dans ses écritures qu'il avait alors déposé une demande de titre de séjour en raison de sa vie privée et familiale après la naissance de son enfant. Dans ces conditions, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations ". Ces dispositions imposent à l'administration, à peine d'illégalité de sa décision, d'indiquer au demandeur, lorsque la demande de ce dernier est incomplète, les pièces ou informations manquantes dont la production est requise par un texte pour permettre l'instruction de sa demande. En revanche, elles n'ont pas pour objet d'imposer à l'administration d'inviter le demandeur à produire les justifications de nature à établir le bien-fondé de sa demande.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande d'admission au séjour de M. C, le préfet de la Loire-Atlantique ne s'est pas fondé sur l'absence de documents ou de justificatifs nécessaires à l'instruction du dossier de l'intéressé, dont la demande de titre de séjour en raison de l'état de santé avait été classée sans suite presque deux années auparavant, mais sur la circonstance qu'il ne justifiait pas de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour fondé sur la vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes des dispositions l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 () ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

8. L'intéressé entend se prévaloir de la durée de sa présence sur le territoire. Néanmoins, à supposer même que soit établie la continuité de son séjour en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait présent sur le territoire depuis plus de dix ans, l'intéressé indiquant être entré en France en octobre 2012, et la décision contestée datant d'août 2022. Il suit de là que le moyen tiré du vice de procédure qui entacherait la décision portant refus de séjour doit être écarté dans ses deux branches.

9. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L.423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

11. M. C entend se prévaloir de la durée de son séjour en France, de la présence sur le territoire français de son enfant, et de son intégration par le travail. Toutefois, s'il n'est pas contesté que M. C est entré régulièrement sur le territoire, il s'y est maintenu de manière irrégulière à l'exception d'une année en raison de son état de santé, et n'a pas non plus déféré aux mesures d'éloignement prises à son encontre. Par ailleurs, la continuité du séjour en France de l'intéressé depuis octobre 2012 ne ressort aucunement des pièces du dossier. En outre, l'intéressé est célibataire. La circonstance qu'il verse, au dossier, l'acte de naissance de son enfant, né le 2 janvier 2020, et reconnu quelques mois plus tard, et une attestation d'un multi-accueil petite enfance de Nantes, indiquant que l'intéressé est venu chercher son enfant, sans aucune autre précision n'est pas non plus de nature à établir la réalité, la stabilité et l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec son enfant, ni qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et l'éducation de son enfant. Au surplus, M. C n'est pas dépourvu de tout liens privés et familiaux dans son pays d'origine, où, d'après ses déclarations, résident ses parents et sa fratrie. Enfin, l'intéressé argue de ses expériences professionnelles. Si la réalité de ces expériences professionnelles, ponctuelles et en intérim, ne sont pas contestées par le préfet de la Loire-Atlantique, elles ne permettent pas, de par leur nature et leur fréquence, d'établir une intégration professionnelle particulièrement intense de l'intéressé sur le territoire. Le requérant n'apporte, par ailleurs, aucun autre élément complémentaire de nature à établir son intégration sociale sur le territoire national. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

13. Il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur ", répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

14. Eu égard aux motifs développés aux points 6, 8 et 11 ci-dessus, et en dépit des expériences professionnelles acquises par M. C, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait, dans l'exercice du large pouvoir qu'il tient de ces dispositions, commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission de l'intéressé au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie par des motifs exceptionnels. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

16. M. C se borne à produire un certificat médical d'une médecienne généraliste certifiant l'avoir vu en consultation sept fois en 2016, sept fois en 2017, cinq fois en 2018, trois fois en 2019 et 2 fois en 2021. Ces seuls éléments ne permettent d'établir ni que M. C aurait besoin d'un traitement médical, ni que le défaut de ce traitement médical serait susceptible d'avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni enfin, qu'il ne pourrait effectivement avoir accès à un traitement adéquat dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé n'avait pas complété son dossier médical à destination du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en 2020, les moyens tirés d'une part du vice de procédure en raison du défaut de consultation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et d'autre part de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

17. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français du même jour doit être annulée par voie conséquence doit être écarté.

18. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 11, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

19. Ainsi qu'il a été dit, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Thoumine.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,gf

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