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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304664

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304664

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 mars 2023 et 17 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Régent, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 24 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) du 29 novembre 2022 lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de travailleur salarié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de diplômes et d'expériences professionnelles dans le secteur de la plomberie, du chauffage et de l'électricité ;

- il n'a jamais commis une quelconque infraction, et n'entend pas mener en France des activités illégales ;

- si aucune information concernant les conditions matérielles de son séjour ne lui a été demandée lors du dépôt de sa demande de visa, il justifie que sa rémunération mensuelle s'élèvera à 1 918 euros bruts par mois, ce qui lui permet d'assurer ses besoins pendant son séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dubus,

- et les observations de Me Sachot substituant Me Régent et représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en France en qualité de travailleur salarié auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie). Par décision du 29 novembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 24 mars 2023, dont il demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer que, pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré du risque d'utilisation abusive ou frauduleuse du visa demandé, dès lors que l'adéquation entre les compétences de M. A et l'emploi auquel il postule n'est nullement démontrée.

3. L'article L. 5221-2 du code du travail dispose que : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".

4. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de la procédure de visa à des fins migratoires.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de travailleur salarié et a obtenu une autorisation de travail délivrée le 3 octobre 2022 afin d'occuper un emploi de plombier au sein de l'entreprise " F.B. Energie " dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Pour établir l'adéquation entre ses qualifications et compétences et l'emploi qu'il entend occuper au sein de cette société, le requérant produit un certificat d'aptitude professionnelle dans la spécialité plomberie, sanitaire et thermique délivré par le ministère de l'éducation et de la formation de la République tunisienne, un extrait du registre national des entreprises de la République tunisienne précisant qu'il détient une entreprise d'installation et de gaz depuis le 17 juin 2020, et une attestation de travail accompagnée de bulletins de salaire démontrant qu'il a été employé en qualité de plombier du 1er octobre 2021 au 31 mars 2022 au sein d'une entreprise de bâtiment. S'il est constant que M. A dispose ainsi de compétences professionnelles dans le domaine de la plomberie, ces documents ne permettent cependant pas d'établir que l'intéressé bénéficie d'une expérience professionnelle de cinq ans dans ce secteur, ainsi que l'exige l'offre d'emploi publiée par la société " F. B. Energie ", et ne permettent donc pas, par eux-mêmes, d'établir l'adéquation requise entre le profil et les compétences professionnelles de M. A et l'emploi projeté. Dès lors, en opposant le risque d'utilisation frauduleuse ou abusive du visa demandé en qualité de salarié par M. A, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.

6. En second lieu, si le requérant soutient qu'il justifie des conditions de son séjour en France et qu'il n'a jamais commis d'infractions, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif qui la fonde.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Dubus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

P. DUBUS

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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