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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2304704

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2304704

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2304704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantRACOUPEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 31 mars 2023 et 18 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Racoupeau, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) du 6 octobre 2022 lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'étudiant ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 2 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé ou, à défaut, de réexaminer la demande dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle procède d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son inscription au sein de l'école de management sportif WIN Sport School constitue une suite logique de son parcours scolaire ;

- il a passé un test d'entrée et un entretien afin d'être admis dans cette école, a réglé les frais de scolarité et obtenu un accord préalable de la part de campus France ;

- il sera pris en charge par sa mère et son beau-père, qui disposent de revenus réguliers.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du 7 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dubus a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'étudiant auprès de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire). Par décision du 6 octobre 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 2 février 2023, dont il demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'autorité consulaire française :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par l'autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, la décision implicite née le 2 février 2023 de cette commission s'est substituée à la décision du 6 octobre 2022 de l'autorité consulaire française à Abidjan. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de refus de la commission de recours et les conclusions à fin d'annulation de la décision consulaire rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. Il ressort des mentions de l'accusé de réception adressé au requérant par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse à son recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, le recours serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par la décision consulaire, que la commission, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motif retenus par cette autorité, tirés de ce que, d'une part, il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur de visa séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa et, d'autre part, les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour sont incomplètes ou non fiables.

4. En premier lieu, la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui doit être regardée comme s'étant approprié les motifs mentionnés au point 3, est suffisamment motivée en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du demandeur de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du point 2.4 de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " : " () l'autorité consulaire () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative peut, le cas échéant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A justifie d'une inscription en " bachelor 1 - management du sport ", dispensé au sein de l'établissement WIN Sport School pour les années universitaires 2022-2023 et 2023-2024. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. A a été déclaré admissible au diplôme de brevet de technicien supérieur option gestion commerciale sans toutefois, comme le fait valoir le ministre de l'intérieur et des outre-mer, présenter son mémoire afin d'obtenir ce diplôme. Si le requérant soutient qu'il n'a pas pu soutenir ce mémoire en raison de l'impossibilité de trouver un stage en entreprise afin de valider ce diplôme, notamment en raison de la crise sanitaire, il ne l'établit pas. M. A a ainsi interrompu ses études en 2019. Dans ces conditions, et alors même qu'il a réglé ses frais de scolarité, le sérieux et la cohérence du projet d'études du requérant n'est pas établie. Il suit de là qu'en rejetant le recours dont elle était saisie, en raison de l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne s'est pas fondée sur des faits matériellement inexacts, ni n'a commis une erreur d'appréciation. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Racoupeau.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Dubus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024

.

La rapporteure,

P. DUBUS

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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