vendredi 1 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 avril 2023 et le 22 janvier 2024, M. I J A et Mme H B, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentant des enfants mineurs E, G, C, D I A et F A, représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 12 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Dakar refusant un visa de long séjour pour Mme H B et les jeunes E, G, C, D I et F A au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de leur situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Guilbaud, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que Mme B ne peut pas être exclue de la procédure de réunification familiale au motif que le mariage civil est postérieur à la demande d'asile de M. A ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que les enfants du couple sont exclus de la procédure de réunification familiale puisqu'ils sont nés postérieurement à la demande d'asile de M. A ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que lien familial est établi par les actes d'état civil transmis et par les éléments de possession d'état ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision attaquée doit être fondée sur l'absence d'authenticité des actes d'état civil produits, par suite l'identité et le lien de filiation des demandeurs de visa avec le réunifiant ne peuvent être tenus pour établis ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 9 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 janvier 2024 :
- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,
- les observations de Me Guilbaud, représentant M. A et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant mauritanien, a obtenu le statut de réfugié par une décision du 16 septembre 2003 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il se déclare marié avec Mme B. De cette union sont nés cinq enfants, E née le 15 décembre 2005, G née le 10 décembre 2008, C né le 6 octobre 2013, D né le 26 octobre 2016 et F née le 8 octobre 2020. Mme B et ses cinq enfants ont sollicité auprès de l'ambassade de France à Dakar une demande de visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié qui ont été rejetées par l'autorité consulaire française. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision implicite puis explicite du 12 octobre 2022, dont les requérants demandent l'annulation, rejeté le recours formé contre ces décisions.
2. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France pour rejeter le recours de Mme B s'est fondée sur le motif tiré de ce que les requérants n'entrent pas dans le cadre du droit à réunification familiale prévue par l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le mariage entre Mme B et le réunifiant ainsi que les naissances des cinq enfants, ont été enregistrés par le bureau de l'état civil compétent, postérieurement à la date d'introduction de la demande d'asile de M. A.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Si les requérants soutiennent que la décision attaquée est insuffisamment motivée, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; () ". " °3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire ".
6. Il résulte de ces dispositions que la personne qui a obtenu une protection internationale peut demander à être rejointe par son conjoint et les enfants issus du couple qu'elle forme avec ce conjoint si le mariage est antérieur à la demande de d'asile ou son concubin et les enfants du couple qu'elle forme avec ce dernier si la vie commune est antérieure à cette même demande d'asile.
7. Il est constant que les requérants se sont mariés civilement le 15 novembre 2010 au Sénégal soit postérieurement à la demande d'asile de M. A. Si les requérants se déclarent mariés religieusement depuis le 18 mars 2002, soit avant l'octroi de la qualité de réfugié à M. A, ils se bornent à verser à l'instance des témoignages de leurs proches et du chef du village indiquant avoir participé au mariage religieux ainsi que quelques photos de la cérémonie difficilement visibles. Ces seuls éléments ne sont pas suffisants pour établir la relation de concubinage antérieure au dépôt de la demande d'asile, nécessairement antérieure au 16 septembre 2003. Il ressort par ailleurs de ces mêmes pièces que les cinq enfants du couple sont nés à compter de l'année 2005. Enfin, si les requérants produisent des photographies d'un voyage, des relevés de communications téléphoniques et des mandats de transfert d'argent, l'ensemble de ces éléments est très postérieur à la demande d'asile de M. A. Les demandeurs de visas n'entrent donc pas dans le champ de la réunification familiale, nonobstant leur droit, le cas échéant, à bénéficier de la procédure de regroupement familial. Dans ces conditions les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait méconnu les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En troisième lieu, comme il a été dit au point 6 du présent jugement, Mme B n'étant pas éligible à la procédure de réunification familiale, les cinq enfants des requérants ne peuvent donc, au cas d'espèce, se prévaloir des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
10. S'ils soutiennent qu'en les empêchant de réunir leur cellule familiale en France, la décision de la commission a porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, l'existence d'un concubinage antérieur à la demande d'asile de M. A n'est pas suffisamment établie, leur mariage étant, en tout état de cause, postérieur à la reconnaissance du statut de réfugié de M. A n'établit pas, par ailleurs, qu'il serait dans l'impossibilité de présenter une demande de regroupement familial afin de faire venir en France Mme B et leurs cinq enfants. Dans ces conditions, les moyens de la requête tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés, de même que celui-ci tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision litigieuse.
11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée n'aurait pas été prise à l'issue d'un examen particulier de la situation des demandeurs. Dès lors, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs sollicitée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I J A, à Mme H B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2024.
La rapporteure,
A. FESSARD
La présidente,
H. DOUET
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026