lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304921 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LACHAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 avril et 26 juillet 2023, Mme A D épouse C, représentée par Me Lachaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " conjoint E ", sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ou, à défaut, du 2° de l'article 6 du même accord, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- le préfet a méconnu les stipulations du 2° de l'article 6 et de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ; en effet, elle n'est pas séparée de son mari ; en affirmant le contraire, le préfet a commis une erreur de fait ; la communauté de vie est toujours effective ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et familiale ; son frère et sa sœur résident régulièrement en France ; seule sa mère vit en Algérie ; elle était mariée depuis quatre ans à la date de la décision attaquée ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A D épouse C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 février 2024 :
- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,
- les observations de Me Lachaux, représentant Mme D épouse C, ainsi que les explications de cette dernière.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante algérienne née le 1er mars 1994, a épousé, le 24 février 2019, à Oran, M. B C, ressortissant français. Elle est entrée en France le 23 octobre 2020 munie d'un visa portant la mention " famille E ". Elle s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien, valable jusqu'au 17 février 2022, sur le fondement du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 24 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler ce titre de séjour, a fait obligation à Mme D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé l'Algérie comme pays de renvoi. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de la requérante, le préfet de la Loire-Atlantique a considéré, d'une part, qu'il ressortait de l'enquête de police diligentée au domicile de l'intéressée, aux fins de vérifier l'effectivité de la communauté de vie entre les époux, que si M. C déclarait vouloir reprendre la vie commune avec son épouse, il vivait seul au domicile, que le couple était séparé de sorte que Mme D ne pouvait solliciter le renouvellement de son titre de séjour en qualité de " conjointe E ", d'autre part, que rien ne s'opposait à ce que Mme D, dont l'établissement de la vie privée et familiale sur le territoire français auprès de ses deux frères et de sa sœur était très récent, poursuive sa vie privée et familiale dans son pays d'origine où réside sa mère.
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2. Au ressortissant algérien marié à un ressortissant de nationalité française à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres d'état civil français () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2 est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Il résulte de ces stipulations que le premier renouvellement du certificat de résidence délivré à une ressortissant algérienne conjointe E est subordonnée à la condition que la communauté de vie entre les époux soit effective.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est rendue à Paris, au mois de novembre 2022, au chevet de son frère malade, qu'après le décès de celui-ci, intervenu le 23 novembre 2022, elle s'est rendue, avec les membres de sa famille présents en France, à Oran où a eu lieu l'inhumation, qu'elle est rentrée en France le 8 décembre suivant, qu'à cette même date, son mari s'est rendu en Algérie pour se recueillir sur la tombe de son beau-frère, présenter ses condoléances à sa belle-mère et rendre visite aux membres de sa propre famille, qu'il est rentré en France le 15 décembre 2022 tandis que Mme D est restée encore une quinzaine de jours en région parisienne auprès de sa famille avant de rentrer à Nantes auprès de son époux. Le 15 décembre 2022, à 15h20, un policier de la police aux frontières s'est rendu au domicile des époux à Nantes et a constaté que les noms des deux époux figuraient bien sur la boite aux lettres. La porte lui a été ouverte par M. C, lequel a indiqué qu'il revenait d'Algérie suite aux obsèques du frère de son épouse. A la question du policier sur l'absence de Mme D du domicile, M. C a répondu qu'en ce moment, elle était sur Paris et qu'elle aussi était partie en Algérie pour les obsèques. Si le policier a fait état, dans son rapport, de l'absence de vêtements féminins dans les espaces de rangement du logement et de ce que M. C lui a indiqué que son épouse était partie avec ses affaires, qu'ils s'étaient réconciliés, qu'elle devait revenir au domicile et qu'il ne savait pas s'ils allaient divorcer, il résulte des explications fournies par Mme D qu'une " embrouille " avait opposé les deux époux, après que la requérante avait annoncé à son conjoint qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfant naturellement mais seulement après un traitement médical. Il suit de là qu'eu égard aux circonstances très particulières de l'espèce, en se fondant sur l'absence de Mme D du domicile conjugal le 15 décembre 2022 et sur la brouille passagère intervenue entre les deux époux pour conclure à l'absence de communauté de vie effective, le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions, contenues dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique, eu égard au motif de l'annulation qu'il prononce et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement de circonstances serait survenu depuis la date de la décision annulée, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à Mme D un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises à verser à Me Lachaux, son avocate, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté attaqué du 24 février 2023 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à Mme D un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Lachaux la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Claire Lachaux.
Délibéré après l'audience du 7 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSE
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
gf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026