mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304962 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BOISSIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 février 2023, le 29 mars 2023, le 23 mai 2023 et le 18 octobre 2024 sous le n° 2301840, la SCI Le Sémaphore, représentée par Me de Baynast, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le maire de l'Île d'Yeu a autorisé la SCIC ODCVL à effectuer des travaux de rénovation et d'extension d'un centre de vacances et la construction d'une piscine, sis 8, chemin des Cupules à l'Ile d'Yeu ;
2°) de mettre à la charge de la commune de l'Ile d'Yeu la somme de 2 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir ;
- le dossier de demande est incomplet et méconnaît les articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles N3 et UH3 du règlement du plan local d'urbanisme de l'Île d'Yeu ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles N13 et UH13 du règlement du plan local d'urbanisme de l'Île d'Yeu ;
- le projet méconnaît les dispositions des article N12 et UH 12 du règlement du plan local d'urbanisme de l'Île d'Yeu ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles R. 151-27 et R. 151-28 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- l'article 4 de l'arrêté attaqué est illégal, dès lors que l'étude hydraulique prescrite devait être réalisée en amont du projet et que la commune ne pouvait autoriser le projet sans vérifier le dimensionnement du réseau actuel ;
- le projet de construction des immeubles dits " la maison des violettes " et " l'escale des insolites " méconnaît les dispositions de l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme de l'Île d'Yeu ;
- le projet de construction des immeubles dits " la maison des violettes " et " l'escale des insolites " méconnaît les dispositions des articles N10 et N11 du règlement du plan local d'urbanisme de l'Île d'Yeu ;
- le projet de construction de l'immeuble " agora des loisirs " méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de l'Île d'Yeu applicable à la zone N ;
- le projet de construction de l'immeuble " le clos des violettes " méconnaît les dispositions de l'article UH1 du règlement du plan local d'urbanisme de l'Île d'Yeu.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 mars 2023, le 13 avril 2023, le 5 juin 2023 et le 6 septembre 2023, la commune de l'Île d'Yeu, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive et de ce fait irrecevable ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 avril 2023, le 7 novembre 2023 et le 21 octobre 2024, la SCIC ODCVL Comptoir de Projets Educatifs, représentée par Me Boissier, conclut, à titre principal, au rejet de la requête comme étant irrecevable, à titre subsidiaire, au rejet de cette requête comme non fondée, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, en l'absence de preuve d'une notification régulière d'un recours contentieux à la SCIC ODCVL, et en raison de sa tardiveté ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 avril 2023, le 18 juillet 2023 et le 27 septembre 2023 sous le n° 2304962, Mme D J et M. E J, Mme P A et M. H A, Mme L G, Mme I C et M. N C, Mme K B et M. O B, représentés par Me Viaud, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le maire de l'Île d'Yeu a autorisé la SCIC ODCVL à effectuer des travaux de rénovation et d'extension d'un centre de vacances et la construction d'une piscine, sis 8, chemin des Cupules à l'Île d'Yeu, ainsi que la décision du 16 février 2023 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de l'Île d'Yeu la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir, en leur qualité de propriétaires de parcelles voisines du projet ;
- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles R. 111-33 du code de l'urbanisme, UH1 et N1 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles N1 1.2 et N2 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles N1 1.2 et N2 2.4 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles UH11 et N11 du règlement du plan local d'urbanisme, et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;
- la prescription dont est assortie le permis de construire est illégale.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 mai 2023 et le 29 août 2023, la commune de l'Île d'Yeu, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête, à titre principal comme irrecevable, à titre subsidiaire comme non-fondée, et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, les requérants n'ayant pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 juin 2023, le 20 novembre 2023 et le 21 octobre 2024, la SCIC ODCVL Comptoir de Projets Educatifs, représentée par Me Boissier, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête comme étant irrecevable ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de cette requête comme non fondée ;
3°) en toute hypothèse, de faire application des dispositions des articles L.600-5 et suivants du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer ;
4°) à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, les requérants n'ayant pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Les requêtes ont été communiquées au préfet de la Vendée, qui n'a pas produit de mémoire en défense ni d'observations.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Brémond, premier conseiller
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Lenfant, substituant Me de Baynast, avocat de la SCI Le Sémaphore,
- les observations de Me Noury, substituant Me Viaud, avocate de M. et Mme J,
- les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocate de la commune de l'Île d'Yeu,
- en présence de M. M, gérant de la SCI Le Sémaphore
Considérant ce qui suit :
1. La SCIC ODCVL a déposé, le 16 décembre 2021, une demande de permis de construire portant sur la rénovation et l'extension d'un centre de vacances, ainsi que la création d'une piscine, sur un terrain situé 8, chemin des Cupules à l'Île d'Yeu (Vendée), pour une surface de plancher totale de 3212, 90 m². Par un arrêté du 17 octobre 2022, dont les requérants demandent l'annulation, le maire de l'Ile d'Yeu a délivré le permis de construire sollicité.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2301840 et 2304962 présentent des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu d'y statuer par un seul jugement.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
S'agissant de la requête n°2301840
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. ()
4. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire du 17 octobre 2022 a fait l'objet d'un affichage régulier sur le terrain d'assiette du projet du 29 novembre 2022 au 31 janvier 2023. M. M, gérant de la SCI Le Sémaphore, a adressé le 17 janvier 2023, dans le délai du recours contentieux, un courrier à la commune de l'Ile d'Yeu indiquant que la construction située sur la parcelle 133 AW42 ne respectait pas les dispositions du plan local d'urbanisme applicables à la zone N, et demandant une intervention de la commune auprès du pétitionnaire pour modifier son projet. Cette lettre par laquelle il conteste expressément le permis de construire accordé à la SCIC ODCVL doit être regardée comme un recours gracieux. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que ce recours gracieux a été notifié au pétitionnaire le 27 janvier 2023, dans le délai de quinze jours prévu par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme précitées. Il en résulte que les fins de non-recevoir opposées par la commune de l'Ile d'Yeu et la SCIC ODCVL doivent être écartées.
S'agissant de la requête n°2304965. Aux termes de de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne () n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / (). ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet en cours de construction.
7. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont propriétaires de parcelles voisines du terrain d'assiette, situées à proximité des parcelles AW 13, AW 14, et AW 274 sur lesquelles le projet prévoit la construction de six studios destinés au personnel saisonnier, l'extension du second bâtiment existant dans cette zone pour accueillir des ateliers partagés ainsi qu'un local de maintenance et le maintien d'une activité de camping avec une augmentation de la surface dédiée à l'accueil des tentes. Par ailleurs, la propriété de Mme G est contiguë à la parcelle AW 42, sur laquelle le permis de construire attaqué prévoit l'extension importante du bâtiment "Agora des Loisirs", qui doit notamment accueillir un bar et une piscine ouverte au public. La densification du site et la création de nouvelles activités ouvertes au public entraineront des nuisances sonores et un flux de circulation plus important autour du site. Les nouvelles modalités de fonctionnement du centre de vacances " Les Violettes " sont ainsi susceptibles d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens des requérants. Dans ces conditions, ceux-ci justifient d'un intérêt leur donnant qualité à agir contre le permis de construire attaqué.
8. Il résulte de ce qui précède que les requêtes présentées par la SCI Le Sémaphore et par M. et Mme J et les autres requérants sont recevables.
Sur les conclusions en annulation :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ".
10. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes littorales, ne peuvent être autorisées que les constructions réalisées en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions ou, sous certaines conditions, au sein des secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, se distinguant des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages ou de ces secteurs déjà urbanisés.
11. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit des constructions nouvelles pour une surface de plancher de 1 258 m², et ne constitue ainsi pas le simple agrandissement d'une construction existante. Le terrain d'assiette, situé à environ 800 mètres du rivage, est bordé à l'ouest par un secteur comprenant une quarantaine d'habitations, au nord par une vaste zone naturelle, à l'est et au sud par quelques maisons. La zone entourant le terrain d'assiette ne se caractérise ainsi pas par un nombre et une densité significatifs de constructions. Dans ces conditions, elle correspond à une zone d'urbanisation diffuse éloignée des villages et agglomérations existants, dans laquelle aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres. Il en résulte que les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
13. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
14. Il ressort des pièces du dossier que le projet est situé dans le périmètre du site inscrit de l'Île d'Yeu, espace protégé faisant l'objet d'une servitude d'utilité publique, et s'implante dans un site paysager de très grande qualité faiblement construit. Le volume et la densité des constructions prévues porteront atteinte à la qualité paysagère du site, en conduisant notamment à une artificialisation importante des sols. Par ailleurs, l'architecte des bâtiments de France a émis un avis défavorable au projet le 9 février 2022. Dès lors, en délivrant le permis de construire en litige, le maire de l'Île d'Yeu a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article N4 4.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de l'Ile d'Yeu : " 4.2. Assainissement/ 4.2.1.1 Lorsqu'il existe, le raccordement au réseau collectif est obligatoire pour toute construction ou installation nouvelle engendrant des eaux usées, dans les conditions définies par l'autorité compétente concernée/ 4.2.1.2. Le raccordement doit respecter les caractéristiques techniques du réseau public/ 4.2.1.3. Toute évacuation des eaux ménagères ou des effluents non traités dans les fossés, cours d'eau et égouts pluviaux est interdite / 4.2.1.4 En l'absence de réseau collectif, un dispositif d'assainissement autonome doit être mise en place conformément à la législation en vigueur sur une surface suffisante, tout en réservant la possibilité d'un raccordement ultérieur au réseau public. / 4.2.2. Eaux usées non domestiques/ 4.2.2.1 Les constructions et installations destinées à un autre usage que l'habitat, doivent être dotées d'un dispositif de traitement des effluents autres que domestiques adapté à l'importance et à la nature de l'activité et assurant une protection satisfaisante du milieu naturel / 4.2.2.2 / L'évacuation des eaux usées autres que domestiques dans le réseau public d'assainissement doit être préalablement autorisé par le maire ou le président de l'établissement public d'assainissement compétent en matière de collecte (la mise en place d'un pré-traitement pourra être imposée suivant les caractéristiques des eaux rejetées)".
16. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
17. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté de permis de construire du 17 octobre 2022 prescrit la réalisation d'une étude hydraulique avant travaux afin de connaître le dimensionnement des installations internes à la propriété mais aussi et surtout pour permettre de vérifier que le réseau public et ses installations (poste de relevage du camping) sont suffisamment dimensionnées pour collecter des eaux usées supplémentaires. Si l'étude hydraulique prescrite ne fait pas partie des pièces devant être obligatoirement jointes au dossier de permis de construire, le dimensionnement insuffisant du réseau public et de la station de relevage du centre de loisir remettrait en cause la réalisation des travaux prévus et nécessiterait la présentation d'un nouveau projet. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir que la vérification du dimensionnement du réseau public aurait dû être effectuée durant l'instruction de la demande de permis de construire, et que celui-ci aurait dû être refusé en l'absence d'indications suffisantes sur ce point. Il en résulte que le permis de construire attaqué est illégal et doit être annulé.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2022, et du rejet du recours gracieux formé par M. et Mme J contre cette décision. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme aucun autre moyen n'est en l'état de l'instruction de nature à fonder l'annulation de cette décision.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
19. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
20. Eu égard à leur nature, les vices entachant les arrêtés attaqués ne sont pas régularisables. Il en résulte qu'il ne peut être fait droit aux conclusions subsidiaires présentées par la SCIC ODCVL tendant à l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, celles de l'article L. 600-5-1 n'étant pas davantage applicables.
Sur les frais liés au litige :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par la commune de l'Île d'Yeu et la SCIC ODCVL. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de l'Île d'Yeu la somme de 1 500 euros à verser à la SCI Le Sémaphore et la somme de 1 500 euros à verser solidairement à M. et Mme J et aux autres requérants à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le maire de l'Île d'Yeu a délivré un permis de construire à la SCIC ODCVL est annulé, ainsi que la décision du 16 février 2023 rejetant le recours gracieux formé par M. et Mme J et les autres requérants.
Article 2 : La commune de l'Île d'Yeu versera à la SCI Le Sémaphore la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La commune de l'Île d'Yeu versera solidairement la somme de 1 500 euros à M. et Mme J et aux autres requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Le Sémaphore, à Mme D J et M. E J, représentants uniques des requérants dans l'instance 2304962, à la commune de l'Île d'Yeu, à la SCIC ODCVL et au préfet de la Vendée.
Copie en sera adressée au procureur de la République du tribunal judiciaire des Sables-d'Olonne.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
E. BRÉMOND
La présidente,
H. DOUETLe greffier,
F. LAINÉ
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2301840,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026