vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2305032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | NOMBRET |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 6 avril 2023 sous le numéro 2305032 et des mémoires enregistrés les 11 et 18 octobre 2023, Mme E C ainsi que H C, J C, F B C et D C, représentés par leurs parents, Mme I C et M. G C, et par Me Nombret, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les cinq décisions de l'autorité diplomatique française à Téhéran refusant de délivrer à Mme E C et aux enfants H, J, F B et D C des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer leur situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire puis, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou en cas de rejet de leur demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la même somme à leur verser directement.
Ils soutiennent que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors que le caractère partiel de la demande de réunification familiale est bien conforme à l'intérêt supérieur des enfants ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par décision du 2 octobre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. G C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Une note en délibéré présentée pour les requérants a été enregistrée le 6 novembre 2023.
II. Par une requête enregistrée le 6 avril 2023 sous le numéro 2305043 et des mémoires enregistrés les 11 et 18 octobre 2023, Mme I C, représentée par Me Nombret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Téhéran refusant de lui délivrer un visa de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire puis, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la même somme, à lui verser directement.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors que le caractère partiel de la demande de réunification familiale est bien conforme à l'intérêt supérieur des enfants ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Une note en délibéré présentée pour les requérants a été enregistrée le 6 novembre 2023.
Par décision du 2 octobre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme I C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 novembre 2023 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Arnal, substituant Me Nombret, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C, ressortissant afghan né en 1974, réfugié en France, est marié à Mme I C avec laquelle il a eu six enfants nés entre 2004 et 2019. Par les requêtes nos 2305032 et 2305043, les requérants demandent au tribunal d'annuler les deux décisions du 8 février 2023 par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre les décisions de l'autorité diplomatique française à Téhéran refusant de délivrer à Mme I C, à la fille aînée du couple, Mme E C, et à quatre des enfants mineurs du couple, H, J, F B et D C, des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.
2. Les requêtes nos 2305032 et 2305043 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Par ses deux décisions, la commission a rejeté les recours formés contre les décisions de refus de visas au motif qu'aucune demande de visa n'avait été déposée pour l'un des enfants des époux C, rompant ainsi le principe d'unité familiale prévalant dans la procédure de réunification familiale.
4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ".
5. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la procédure de la réunification familiale en vertu des dispositions précitées de l'article L. 561-4 du même code : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". A résulte de ces dispositions que si la demande de réunification familiale doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier, une réunification familiale partielle peut être autorisée à titre dérogatoire si l'intérêt des enfants le justifie.
6. Il est constant qu'aucune demande de visa n'a été déposée pour l'enfant Hidayat Khan C que les époux C déclarent comme étant né le 15 juin 2005. Les requérants soutiennent que leur fils ne disposait pas de passeport au moment où la famille a fui l'Afghanistan pour l'Iran et qu'il a dès lors été confié à un oncle. Les requérants produisent à l'appui de leurs écritures un courrier d'Hidayat Khan à " la direction du passeport ", assorti de sa traduction en français datée du 16 juin 2022, par lequel celui-ci indique qu'une erreur figure sur son passeport s'agissant de l'orthographe de son prénom, que le document a expiré et qu'il souhaite disposer d'un nouveau passeport, lequel lui a été délivré postérieurement à la décision attaquée. Les demandeurs de visas ayant présenté leurs demandes au mois d'octobre 2022 auprès de l'autorité diplomatique française en Iran, pays pour lequel ils indiquent avoir obtenu un visa et où il se sont rendus avec leur passeport, et le maintien d'Hidayat Khan en Afghanistan ne présentant qu'un caractère temporaire, les requérants doivent être regardés comme justifiant de ce que, dans les circonstances très particulières de l'espèce, le caractère partiel de la procédure de réunification familiale est bien conforme à l'intérêt supérieur de l'ensemble des enfants du couple C. Il y a donc lieu d'accueillir le moyen de la requête tiré de l'erreur d'appréciation entachant les décisions attaquées.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, qu'il y a lieu d'annuler les décisions du 8 février 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme I C, à Mme E C, et aux enfants H, J, F B et D C les visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur faire délivrer ces visas dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Les requérants ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans la présente affaire. Par suite, Me Nombret peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Nombret de la somme globale de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les deux décisions du 8 février 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme I C, à Mme E C, et aux enfants H, J, F B et D C les visas de long séjour sollicités.
Article 3 : L'Etat versera à Me Nombret une somme globale de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la contribution de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme I C, à Mme E C, à M. G C, pour les enfants H, J, F B et D C, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2305032,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026